Cachet du commissaire de police
de Montbrison en 1851

 
La police de Montbrison, autrefois


Police de Montbrison : guère mieux qu'un gros village...

1856, Montbrison perd son titre de Préfecture de la Loire au profit de Saint-Etienne en pleine expansion. Il s'en faut de peu que la ville ne retombe au rang d'un gros bourg. En 1866, avec 6 475 habitants elle est au creux de la vague.

Pour assurer la police, il suffit de trois personnes : le commissaire de police qui a sous ses ordres un agent de ville et, pour les vignes et les jardins qui abondent dans la campagne un garde champêtre. Et, jusqu'en 1884, ces trois hommes ne sont-ils armés que de leur simple courage.

Les frais engagés se montent à moins de 3 000 F : le traitement annuel du commissaire :
1 650 F, celui de l'agent de police, 600 F ; garde champêtre 500 F. Ajoutons 100 F pour vêtir l'agent et 75 F pour le chauffage du poste de police où il n'a pas le loisir de beaucoup musarder. C'est moins de 3 % du budget communal (1).

Monsieur le Commissaire est mal embouché

Ville sous-préfecture de moins de 7 000 habitants, Montbrison dispose d'un commissaire de police de 4e classe.

Ce fonctionnaire porte le costume de sa fonction : gilet de piqué blanc, pantalon uni bleu, écharpe tricolore avec frange en soie blanche, chapeau à la française avec torsade en argent et épée à poignée noire garde argentée (2).

En 1866, il s'agit, sous l'habit élégant, d'un personnage particulièrement mal embouché. Une plainte contre lui est à l'ordre du jour du conseil municipal du 18 avril 1866. Un conseiller expose au conseil que le Commissaire n'exerce pas d'une manière convenable la surveillance dont il est chargé sur les places de la ville les jours de foires et marchés.

Selon lui un grand nombre de personnes ont cessé d'y venir à cause de lui. Il craint que si l'on tolère plus longtemps les excès de langage et même les voies de fait auxquels il se livre journellement cela fasse du tort au commerce local parce que, dit-il, les gens de la campagne, craignant d'être victimes de ses vexations, iront porter leurs denrées dans d'autres localités (3).

Et M. S. (4) explique par le menu un incident qui a eu lieu sur le marché :

J'ai voulu intervenir dernièrement à l'occasion de propos extrêmement grossiers que M. le Commissaire de police adressait à des femmes de la campagne ; M. le Commissaire de police répondit à mes observations par des injures de la dernière inconvenance me disant d'aller me faire f... que j'étais une f... bête, que ça ne me regardait pas et d'aller cuver mon vin ailleurs... (5)

Et l'honorable conseiller de conclure : Il ne me paraît pas possible que le Commissaire de police, qui est salarié par la ville et qui n'est qu'un simple agent de l'Administration municipale lorsqu'il exerce la police des marchés et des foires, puisse insulter impunément tout le monde et compromettre la prospérité de nos foires et marchés...

Le conseil approuve M. S... et invite M. Majoux, le maire, à prendre les moyens qu'il jugera les plus utiles pour faire cesser une pareille situation. Le commissaire a-t-il été gourmande ? Châtia-t-il son langage pour ne pas nuire à la prospérité locale ? Nous ne savons pas - et c'est bien dommage - quelle suite fut donnée à l'affaire.



Cachet de la police en 1872


Avec une canne à la poursuite des chiens enragés

Lors de la séance du conseil municipal de 4 juin 1884, M. Huguet propose d'acheter deux revolver ou deux carabines. Ces armes qui appartiendraient à la ville seraient laissées à la disposition des agents de police. Ces derniers, dit-il, sont dépourvus d'armes pour se mettre à la poursuite des chiens enragés, et j'ai vu dans plusieurs circonstances, soit le commissaire, soit Caillot [l'agent de police] courir après ces chiens, munis d'une simple canne.

Le conseil renvoie la proposition à la commission du budget qui approuve l'achat de deux revolvers.


Quand le violon était près du Café de la Comédie

Un cachot, bonnement nommé "violon" par les autorités municipales, est installé dans un recoin de l'aile sud de la mairie. Il n'est jamais chauffé et ses malheureux locataires en pâtissent parfois fortement. Au cours de l'hiver 1884, arrive un incident fâcheux : un ivrogne mis au cachot dans l'après-midi y est trouvé le lendemain matin transi de froid. Il doit être admis d'urgence à l'hôpital où il passe plusieurs jours. Le commissaire de police demande alors que l'on fasse l'acquisition d'une paillasse et de couvertures de laine. Mais le conseil municipal rejette la demande faisant observer que ces fournitures seront assurément lacérées, à la prochaine occasion, par la sorte de gens qu'on dépose au violon et qu'il faut recommander au commissaire de ne jamais laisser aucun détenu y passer la nuit (6).

Ce violon peu accueillant est un local mitoyen du Café de la Comédie qui occupe aussi la partie sud de la mairie (actuellement la bibliothèque municipale) avec le théâtre municipal voisin (actuelle salle des fêtes) qui lui fournit son nom.

Le Café est loué par la ville pour 1830 F par an à un certain M. Compte qui se plaint avec véhémence de ce voisinage malcommode. Le 10 juin 1885, le cafetier écrit au Maire pour exposer les désagréments qu'il éprouve, au niveau du bruit et des odeurs :

- Certaines personnes qui y sont incarcérées tiennent des propos obscènes qui sont entendu de mes enfants... Il m'est de toute impossibilité de tenir constamment les portes de mon établissement fermées... Vous voyez, messieurs, combien c'est gracieux pour les consommateurs d'entendre tout ce tapage...

- En second lieu, le baquet qui orne le violon est souvent mis à contribution par ceux qui y sont enfermés, l'odeur qui s'en dégage est tellement nauséabonde que j'ai dû le faire constater par plusieurs personnes, il est de toute nécessité d'y remédier, car les émanations putrides qui se dégagent de cette chambre me font redouter des malaises qui pourraient en résulter...

M. Compte demande donc le transfert du cachot ou bien que soit murée la porte qui y donne accès au profit d'une autre ouverture mieux disposée. Et il conclut : Vos administrés vous en sauraient gré, car c'est bien ennuyeux les soirs de représentations théâtrales ou de bal de corporation d'entendre le bruit que font les individus qui s'y trouvent enfermés (7).

Le conseil renvoie la question à M. Thevenet, architecte-voyer de la ville, pour étude (8).



Aile sud de la mairie
(cliché James Dulac)


Des agents vêtus de pèlerines usées jusqu'à la corde


A la fin du 19e siècle, la situation n'a guère évolué bien que, lentement, la population de la ville augmente un peu (7 520 habitants en 1901). Les effectifs sont toujours aussi minces : un commissaire, deux agents mais plus de garde champêtre. Encore ces malheureux fonctionnaires sont-ils bien mal lotis.

Le 24 janvier 1902, M. Rouot, le commissaire de police, adresse une supplique à M. Chialvo, maire de la ville :

Mes deux agents ont, au nombre des vêtements qui leur sont fournis par la ville, une pèlerine drap noir qu'ils mettent par toutes les intempéries, pluie, froid ou vent. Ces vêtements qui sont habituellement donnés pour quatre ans ont une durée actuelle de sept ans, aussi sont-ils usés jusqu'à la corde !

Je vous serais reconnaissant, Monsieur le Maire, de vouloir bien provoquer l'ouverture d'un crédit de soixante francs, prix demandé par le tailleur, et m'autoriser à en faire de nouvelles...

Le conseil municipal, sans doute un peu honteux, vote à l'unanimité la somme demandée sur le chapitre des dépenses imprévues de l'exercice 1902 (9).

Les voleurs profitent des nuits les plus obscures

Au début du siècle une série de cambriolages commis en ville émeut la population. Le conseil municipal s'inquiète alors de renforcer l'éclairage public comme moyen de dissuader les monte-en-l'air.

Montbrison vit alors à la poétique - mais peu commode - époque des allumeurs de réverbères (10). La ville est éclairée par 160 lanternes alimentées au gaz de ville. Allumés à la tombée de la nuit, les becs auer sont éteints à minuit.

Lors de sa séance du 15 septembre 1904, le conseil municipal discute de la prolongation de l'éclairage publique car dit le maire les voleurs avaient toujours profité, pour se mettre en campagne, des nuits les plus obscures et attendu l'extinction des becs de gaz.

Selon lui, il faudrait 30 lanternes brûlant toute la nuit, c'est-à-dire jusqu'à 6 heures du matin du 1er octobre au 31 mars du matin, jusqu'à 3 heures seulement du matin du 1er avril au 30 septembre.

Renseignements pris auprès de la direction de la compagnie du gaz il en coûterait 1 124 F 37 c. Encore cela serait-il insuffisant, il faudrait au moins 56 lanternes allumées toute la nuit...

Et chacun de donner son avis sur la question.

M. Fraisse dit qu'il faut éteindre à 11 h certaines lampes pour prolonger les autres toute la nuit. M. Brassart pense que beaucoup de propriétaires, dans les quartiers du centre surtout accepteraient de participer à la dépense... D'autres pensent que ce sera difficile et que certaines rue dans l'obscurité seront ainsi désignés aux cambrioleurs. On préconise aussi d'éteindre certaines lanternes à minuit, d'autres à trois heures, le reste à six heures. Mais la compagnie n'admet pas ce système trop compliqué. En somme des économies de bouts de chandelle !

Finalement, rien n'est tranché. Il faut effectuer des essais décident les conseillers (11).

Faut-il doubler le nombre d'agents ?

Au cours du même conseil municipal, le bon docteur Dulac rappelle l'insuccès des recherches de la police après les cambriolages qui se sont succédé à Montbrison. Mais que fait donc la police ? Il admet que les agents se sont imposé de grands fatigues par des rondes de nuits mais ne croit pas, fort justement, que ces promenades nocturnes soient suffisantes pour mettre la main au collet des malfaiteurs :

Un voleur est rarement pris en flagrant délit et quand une arrestation de ce genre se produit c'est plutôt par le fait du volé ou des voisins que par le hasard qui ferait coïncider le passage des agents avec l'exécution du vol. Il est, du reste, plus facile aux voleurs de surveiller les allées et venues des agents qu'ils connaissent qu'aux agents de surveiller les voleurs s'ils n'ont pas d'indications un peu précises.

La police ne peut arriver à un résultat qu'en s'appliquant à connaître les moyens d'existence du nombre restreint d'individus capables de se livrer au vol, les ressources que le travail peut leur fournir, les dépenses auxquelles ils se livrent, l'emploi de leur temps, leurs relations...

Bref un espionnage de tous les instants.

Et de demander : monsieur le Maire tient-il la main à ce que la police exerce cette surveillance ?

M. Chialvo explique que, certes, il a la direction de la police de la ville mais que son autorité n'existe de plus en plus que de nom. Bien que payés par la ville les agents et le commissaire de police sont aussi à la disposition de la Sous-Préfecture et du Parquet qui les emploient à des enquêtes, à des courses et leur donnent beaucoup de travail.

Et comme ils n'ont pas le don d'ubiquité peut-être faudrait-il renforcer de deux nouveaux agents les effectifs de la police municipale.

Le conseil est toujours réticent quand il s'agit d'engager des dépenses nouvelles. certains édiles demandent benoîtement s'il n'y aurait pas le moyen de réserver au service de la ville les employés qu'elle rémunère. Evidemment non ! La loi met aussi le commissaire et ses hommes sous les ordres du sous-préfet.

Une solution : le bon entretien des bicyclettes des agents

Après, discussion, le Conseil décide de ne pas augmenter le nombre des agents de police. On demande cependant au Maire, d'étudier avec soin l'emploi du temps hebdomadaire de chaque agent afin de rechercher d'après le temps réellement consacré par les agents au service de la ville, sur quelles bases doivent porter les améliorations demandées.

En somme on élude la question. Pour se faire pardonner le conseil reconnaît que les agents Gaurand et Roussel doivent être encouragés dans le zèle qu'ils ont montré. Il décide sur proposition du Maire et du docteur Dulac, d'inscrire au budget additionnel de 1904 un crédit de 200 francs pour leur acheter des capotes de drap et leur donner une petite subvention pour l'entretien de leurs bicyclettes.

L'amélioration de la sécurité publique sera donc tributaire du graissage des bicycles !

                                                                                                                                                                        Joseph Barou

(1) Budget de 1866, Procès-verbaux des délibérations du conseil municipal de Montbrison, imp. Huguet, Montbrison, 1867. En 1883, le compte administratif donne des chiffres comparables : traitement du commissaire de police et frais de bureau : 1800 F ; traitement d'un agent de police et indemnité de logement : 920 F ; traitement du garde-champêtre : 600 F ; uniformes de l'agent de police et du garde-champêtre : 200 F.

(2) Cf. pour le statut des commissaire Henry Buisson, La police son histoire, Nouvelles Editions Latines, Paris, 1958.

(3) Séance du 18 avril 1866 ; Procès-verbaux des délibérations du conseil municipal de Montbrison... op. cit.

(4) Le conseiller est simplement nommé M. S... ; il s'agit peut-être de M. Surieux qui porte cette initiale...

(5) Séance du 18 avril 1866, op. cit.

(6) Séance du 19 février 1884.

(7) Lettre du 10 juin 1885.

(8) La porte sera effectivement murée quelque temps après.

(9) Conseil municipal du 27 janvier 1902, Procès-verbaux des délibérations du conseil municipal de Montbrison, imprimerie Brassart, rue Tupinerie, Montbrison, 1915.


(10) Montbrison s'éclaire au gaz depuis le 10 août 1848.

(11) Conseil municipal du 15 octobre 1904, Procès-verbaux des délibérations du conseil municipal de Montbrison (1902-1904), imprimerie du Journal de Montbrison.

 

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Quelques pages sur Montbrison, autrefois