Marguerite Fournier au secrétariat de la Diana
(cliché Roger Garnier)

 

 

Marguerite Fournier raconte...

entretien du 9 mai 1997
à la maison de retraite de Montbrison
avec C. Latta et J. Barou


Autrefois, la lessive, les employés de maison...

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(8 min 22 s)

La menuiserie Néel - la Verrerie de Saint-Romain
- à l'usine C
havanne-Brun...

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(7 min 7 s)

Apprendre à faire le ménage, traductrice de plans
à C
havanne-Brun...

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(8 min 39 s)

Cueillette des plantes et herboristeries....

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(4 min 30 s)

La loue avant la guerre de 1914-1918

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(3 min 59 s)

Les pharmacies montbrisonnaises

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(1 min 19 s)

Les curés de la paroisse Notre-Dame

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(4 min 7 s)

Marguerite Fournier-Néel

(1901-1997)

Marguerite Fournier nous a quittés le 5 juillet 1997. Elle avait 96 ans. Auteur en 1968 d'un livre consacré à l'histoire de Montbrison, elle avait été pendant de nombreuses années bibliothécaire de la Diana. En 1980, elle avait fait partie de l'équipe fondatrice de Village de Forez.

Nous l'aimions : nous aimions son intelligence et son talent d'écrivain, sa bonté et sa malice, sa profonde humanité et l'attention qu'elle avait pour les autres, sa foi sans mièvrerie ni moralisme, son esprit amoureux du passé et de l'histoire de sa ville mais aussi sa curiosité d'esprit et la façon qu'elle avait de se tourner vers l'avenir : à plus de 80 ans, elle suivait des cours d'anglais au Centre Social et commença à écrire des poèmes. Elle se tenait au courant des événements du monde et de Montbrison.

Marguerite Fournier savait qu'elle avait encore des choses à dire et à transmettre. Dans les dernières semaines de sa vie, elle nous a reçus, Joseph Barou et moi, dans sa chambre de la maison de retraite et nous parlait de ce Montbrison d'avant 1914 qu'elle avait connu, rassemblant ses souvenirs pour que nous puissions en faire quelques articles. Mais elle s'informait aussi de chacun de nous et des nouvelles de la ville.

J'ai rencontré Marguerite Fournier pour la première fois en 1966, lorsque j'ai adhéré à la Diana. C'est par elle que je me suis initié à l'histoire de Montbrison. Un peu plus tard elle me fit lire le manuscrit de son Montbrison, cœur du Forez qui devait connaître un grand et juste succès. Lorsque parut en 1994 mon Histoire de Montbrison, le premier exemplaire fut pour elle et je lui portai chez elle, avenue Alsace-Lorraine. Elle était contente pour moi et, en quelque sorte, elle me passait le flambeau : c'est un moment que je n'oublierai pas parce que c'est elle qui avait su me faire aimer et connaître l'histoire de cette ancienne capitale des comtes de Forez dont, jeune professeur, arrivant au lycée de Montbrison en 1965, je ne savais presque rien.

La traversée du siècle


La vie de Marguerite Fournier a traversé le siècle. Marguerite Néél - son nom de jeune fille - était née à Montbrison à l'aube du XXe siècle, en 1901, dans cette maison de l'avenue Alsace-Lorraine où elle a passé toute sa vie et où elle est morte. Elle était la fille de Jean, dit Joannès Néel et de Henriette Marie Françoise Josserand. Son père était artisan menuisier, d'une famille originaire de Roche. Ses parents lui firent faire de bonnes études : élève de la Madeleine, elle obtint le brevet supérieur. Elle aurait voulu continuer ses études. Mais il n'était pas encore entré dans les mœurs que les jeunes filles fassent des études supérieures.

Marguerite Fournier apprit donc la sténographie, la dactylographie et un peu de comptabilité ; puis elle entra comme secrétaire aux établissements Chavanne-Brun qui venaient de s'installer à Montbrison : elle a évoqué pour Joseph Barou et moi, cette période de sa vie dans l'un de nos derniers entretiens. Mais sa mère la reprit avec elle : elle devait finir d'apprendre tout ce qu'une jeune fille devait savoir faire pour tenir sa maison et pouvoir se marier : une autre époque...

En 1924, Marguerite Néel épousa Victor Fournier, agent d'assurances et journaliste à Montbrison. En mémoire de son époux, décédé en 1976, Marguerite Fournier-Néel a, après cette date, souvent signé ses articles Marguerite V. Fournier ou Marguerite Victor-Fournier : fidélité à un si long chemin fait ensemble. Trois filles sont nées de leur union : Geneviève (" Ginette ", Mme Buvat), Bernadette, (" Dadou ", Mme Pouvaret) et Marie-Thérèse (" Poucette ", Mme Michard). Elles lui ont donné dix petits-enfants et vingt et un arrière-petits-enfants.

C'est avec son mari que Marguerite Fournier entra en journalisme. Elle collaborait avec lui : il était le correspondant du Nouvelliste et du Mémorial et le fut ensuite de la Dépêche. Elle a ainsi suivi l'actualité locale pendant plus de quarante ans, faisant son article quotidien, rendant compte des événements de la ville, faisant les comptes rendus d'audience des séances de la cour d'assises et écrivant, lorsque l'actualité manquait de matière, des dizaines d'articles d'histoire locale.

Pendant les vacances, toute la famille montait à Lérigneux.

Pendant les années de la guerre et de l'Occupation, Marguerite Fournier enseigna l'histoire et la géographie à l'institution de la Madeleine. Puis elle avait ensuite repris son métier de journaliste, prenant sa retraite en 1967.

L'attachement à sa ville et à son pays forézien n'empêchèrent pas Marguerite Fournier de parcourir le monde et de visiter le Canada, l'U.R.S.S., l'Espagne, l'Italie mais aussi l'Algérie et l'Egypte.

L'historienne de Montbrison

Son travail de journaliste et le goût de l'écriture qu'il lui avait donné, sa passion et son enseignement de l'histoire, ses dons d'observation tout au long d'une longue vie, avaient permis à Marguerite Fournier de publier - on l'a dit -, en 1968, un livre consacré à l'histoire de sa ville : Montbrison, cœur du Forez. Le succès qu'il rencontra était bien mérité et trois rééditions attestent qu'il correspondait bien à l'attachement que les Montbrisonnais ont pour l'histoire de leur ville. Elle avait cédé ses droits sur son ouvrage à la Ville de Montbrison qui a publié une 4ème édition, augmentée de nouvelles photographies. Son œuvre est donc aujourd'hui, grâce à elle, la propriété de tous les Montbrisonnais.

Le titre Montbrison, cœur du Forez a d'ailleurs popularisé cette expression qu'elle avait été la première à employer dans un ouvrage collectif sur le département de la Loire auquel elle avait collaboré : et ici, en effet, près de la salle de la Diana et du tombeau de Guy IV, nous sommes bien au cœur de l'histoire de la province...

Marguerite Fournier était bibliothécaire de la Diana : elle rédigea pour le Bulletin les comptes rendus, toujours très vivants, des assemblées trimestrielles et, parfois, des excursions annuelles : il fallait, pendant les assemblées de la Diana, la voir prendre des notes en sténo à toute vitesse pour ne rien manquer de ce qui se disait...

Marguerite Fournier a aussi participé à la naissance, en 1980, de la revue d'histoire locale Village de Forez et elle lui a donné, jusqu'à son dernier souffle, de nombreux articles qui étaient toujours très appréciés des lecteurs.

Sa plume était à la fois érudite et alerte. Elle avait été formée à la bonne école qu'est le journalisme : il faut, à l'instant, noter beaucoup de choses, faire très vite le tri de l'essentiel et de l'accessoire, remarquer les détails et les paroles significatifs, rédiger très vite, ne pas être trop long, écrire pour être compris de tous : discipline qui impose aussi de maîtriser parfaitement la langue française et d'être capable de donner du style à un "papier" pourtant voué à l'éphémère. Marguerite Fournier avait ainsi acquis et gardé le "coup de patte" de la journaliste et le sens de l'anecdote qui éclaire un sujet. Elle savait écrire.

Deux exemples de ce talent d'écriture :

Dans ses souvenirs d'enfance, Marguerite Fournier raconte la modernisation par son père de son atelier de menuiserie :

Mon père fut le premier à installer, au début du siècle, des machines-outils, transformant ainsi son atelier de menuiserie à la main en atelier de "menuiserie mécanique"... Ces machines marchaient au gaz, mues par un énorme moteur à volant placé au fond de l'atelier sur un bâti de ciment, qui tournait en faisant un bruit sourd accompagnant de sa voix de basse la voix grinçante des scies (...)

Dieu sait si cette innovation effaroucha les Montbrisonnais. "Ces machines brûlent le bois" disaient-ils d'un ton sentencieux en passant devant la porte de l'atelier. Peu s'en fallut que mon père ne perdît tous ses clients !

Tout est dit dans cette histoire : le progrès technique et la résistance au progrès...

Un autre exemple : dans ses souvenirs de chroniqueur judiciaire, Marguerite Fournier évoque le retour vers la gare de Montbrison du bourreau qui vient de procéder à une exécution capitale :

C'était le 10 février 1948, le jour du Mardi gras. Fidèle à la tradition, je faisais de bugnes et avais ouvert la fenêtre du rez-de-chaussée d'où se répandait sur l'avenue une délicieuse odeur... Mon chat se chauffait au soleil, déjà ardent pour la saison ; tout était calme dans le quartier ; quelques voyageurs montaient à la gare, et, parmi ceux-ci, un petit monsieur bien mis, escorté de deux solides gaillards. C'était Desfourneaux, "l'exécuteur des hautes œuvres" et ses aides qui, leur besogne terminée, allaient reprendre le train dans lequel voyagerait leur sinistre machine !

Et il se produisit cette chose inouïe : après avoir humé l'air parfumé de mes bugnes, le petit monsieur se mit à caresser mon chat qui en ronronnait de plaisir... Je crois même qu'il lui parla gentiment, en ami des bêtes, lui qui, quelques heures auparavant, avait envoyé deux malheureux hommes au trépas ! (...)

Que de contradictions dans le comportement des humains !

En tout cas, la caresse de cette "main tachée de sang" ne porta pas bonheur à Mickey qui mourut la même année.

L'engagement dans les affaires de la cité


Marguerite Fournier fut, au cours de deux mandats (1953-1959 et 1959-1965), conseillère municipale de Montbrison, alors qu'André Mascle et Louis Croizier étaient maires de la ville. Elle avait été l'une des premières femmes à entrer au conseil municipal, ce qui n'était pas pour elle un mince sujet de fierté. Elle fit partie du groupe qui rénova la bibliothèque municipale.

Croyante et généreuse, Marguerite Fournier s'occupa de nombreuses activités paroissiales et sociales : elle militait au Secours catholique, faisait partie d'un groupe d'A.C.I. (Action Catholique Indépendante) et de l'Association montbrisonnaise d'aide aux lépreux. Elle fit longtemps partie du conseil d'administration de la Maison Jean-Baptiste-d'Allard. Elle donna des cours d'alphabétisation aux étrangers. Elle visita pendant de nombreuses années les personnes âgées de la maison de retraite.

Quant à ses samedis après-midi, ils étaient consacrés, nous l'avons dit, à la Diana et au service de sa bibliothèque. Celle-ci ne fonctionnait pas, comme aujourd'hui, au "Jacassoir" mais dans le petit bureau inconfortable et mal chauffé qu'occupent aujourd'hui, sous la houlette de Robert Périchon, les archéologues : la convivialité y était la même.

Marguerite Fournier n'aimait guère les conflits. Mais lorsque la ville fut coupée en deux par le conflit du Centre Social et de la Municipalité, elle se refusa à choisir et, ostensiblement, garda son amitié à ceux qui dans les deux camps s'affrontaient et participa aux activités organisées de chaque côté, agissant discrètement pour calmer les esprits et maintenir les liens qui pouvaient être maintenus. Lorsqu'en 1993, un hommage public lui fut rendu à la Diana, Joseph Barou, parlant au nom de Village de Forez et du Centre Social, rappela ce fait. Le docteur Poirieux, maire de Montbrison, vint lui dire, après la séance, qu'il avait bien fait de dire quel rôle Marguerite Fournier avait alors joué.

Hommages

Marguerite Fournier reçut en 1993 l'hommage de ses amis et de tous ceux qui l'estimaient : la Diana et Village de Forez publièrent en commun un "Marguerite Fournier raconte..." qui rassemblait tous ses articles, regroupés par thèmes et auxquels elle avait accepté d'ajouter quelques-uns de ses poèmes. Ce recueil avait été préfacé par le comte Olivier de Sugny, président d'honneur de la Diana et magnifiquement illustré par des dessins de Claude Beaudinat.
Le vicomte Maurice de Meaux, président de la Diana lui rendit hommage au nom de cette société savante. Joseph Barou et Jean-Paul Jasserand prirent aussi la parole au nom de Village de Forez et de cette communauté des journalistes dont elle avait été si fière de faire partie.
Les deux chefs-d'œuvre de ce recueil de Marguerite Fournier étaient incontestablement ses Souvenirs d'enfance et ses Souvenirs de cour d'assises.

Les premiers, publiés en 1984, avaient été écrits, à l'origine, pour Elisabeth, l'une de ses petites-filles qui avait souhaité recevoir, pour ses vingt ans, cet inestimable cadeau de sa grand-mère : le récit de son enfance. Ce cadeau profite aujourd'hui à tous : c'est une évocation tendre et précise du Montbrison de la Belle Epoque et de la vie d'une famille d'artisans avant la grande Guerre.

Les Souvenirs de cour d'assises furent publiés un peu plus tard : l'étonnante mémoire du chroniqueur judiciaire qu'elle avait été lui permettait de faire revivre l'époque où les séances de la cour d'assises de la Loire se tenaient dans l'ancienne chapelle de la Visitation de Montbrison. Marguerite Fournier sut évoquer avec talent tout l'apparat de la cour d'assises où la présence du jury rappelle que les jugements sont rendus "au nom du peuple français", mais aussi faire revivre les figures, souvent hautes en couleur de tant de magistrats et d'avocats, drapés dans leurs robes rouges ou noires, venus juger ou défendre des accusés livrés à la curiosité du public, odieux ou pitoyables - souvent les deux à la fois. Le talent et l'extraordinaire mémoire de Marguerite Fournier nous restituaient ainsi tout un pan de l'histoire de la ville.

Ces souvenirs sont maintenant de l'histoire : la victoire de la mémoire sur l'éphémère et l'oubli. La victoire de la vie sur la mort.

Marguerite Fournier avait été aussi honorée de deux distinctions, bien méritées : elle était chevalier des Arts et Lettres et chevalier de l'ordre des Palmes académiques. Francisque Ferret, vice-président de la Diana et le docteur Poirieux, maire de Montbrison, lui avaient remis ces distinctions.

Le cinéma aussi lui avait rendu hommage à sa manière puisque Geneviève Bastid avait tourné pour la télévision un film dont Marguerite Fournier était "l'actrice" principale : la réalisatrice avait, en effet, souhaité évoquer son enfance à Montbrison pendant l'Occupation et se souvenait de celle qu'elle appelait "Tante Guite"...

Une longue vieillesse


Ces dernières années Marguerite Fournier avait bien du mal à se déplacer. Elle continuait cependant d'écrire, parfois directement sur sa vieille machine à écrire - habitude gardée du journalisme -, regardait la télévision, recevait ses amis, rassemblait pour les fêtes tous ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants : pour tous, elle était "maman Guite". Un arbre généalogique, rassemblant les noms de tous, avec leurs photographies, était affiché dans la salle où elle se tenait habituellement, en jetant un œil sur les passages de l'avenue Alsace-Lorraine.

Les épreuves ne lui avaient pas manqué : elle avait perdu successivement son mari (1976), sa fille Bernadette Pouvaret ("Dadou") qui était professeur de dessin à Verrières et qui fut aussi un peintre de talent (1986), l'un de ses petits-fils, François Michard, mort à 28 ans (1988), son frère Henri Néel, ancien artisan menuisier, qui avait fait beaucoup de théâtre amateur à Montbrison, et qui vécut ses dernières années avec elle (1991). Ces deuils l'avaient profondément atteinte mais sa foi chrétienne lui permit de les supporter vaillamment.

Elle fut active jusqu'au bout : on venait la chercher pour aller à une conférence, assister à un concert ou à un opéra à Saint-Etienne, écouter les communications de l'assemblée de la Diana. En 1997, elle donna encore un article - sur saint Aubrin, patron de Montbrison - à Village de Forez. Ne pouvant finalement plus vivre seule, elle était entrée depuis quelques mois à la maison de retraite et avait donné une partie de ses archives à la Diana.

Entourée par les siens, Marguerite Fournier est revenue mourir dans sa maison natale de l'avenue Alsace-Lorraine.

Le conseil municipal de Montbrison a observé, lors de sa séance de juillet 1997, une minute de silence à la mémoire de Marguerite Fournier. La Tribune-Le Progrès et le Bulletin municipal lui ont consacré un article. La Diana lui a rendu hommage par la voix de Francisque Ferret et de Noël Gardon. Village de Forez lui consacre ici un numéro spécial : hommage mérité de toute une ville mais aussi des historiens et des amateurs d'histoire et qui marque notre reconnaissance et notre affection à cette vieille dame qui, avec tant de jeunesse d'esprit, avait su raconter, avec son cœur, leur propre histoire aux Montbrisonnais.

(Extrait de Marguerite Fournier-Néel (1901-1997), Montbrison, Village de Forez, 1998)

Claude Latta


La Diana

Articles de Marguerite Fournier en ligne (format pdf)

Montbrison

Le Parc des Comtes de Forez (1 p.)
Le Rex, ancienne Maison des oeuvres de Notre-Dame (4 p.)
Le théâtre à Montbrison au 16e siècle (2 p.)
Les belles traditions perdues : le coton de saint Aubrin (2 p.)
Le conseil municipal de Montbrison et les obsèques de Victor Hugo (2 p.)
Quand Montbrison avait son marché aux vins et son poète des vignerons (2 p.)
La manufacture de chapeaux de paille Paul-Bonnet (1 p.)


Promenades

Le Verdier (1 p.)
Le Volcan (1 p.)
Bernigo (1 p.)
Le château de la Tuilière (1 p.)
La seigneurie de La Guilanche (1 p.)
La croix des Argnats (1 p.)
Le castel de Vauberet (2 p.)
Le passé de Pierre-à-Chaux (1 p.)
La Selle de saint Martin (1 p.)
Le joli chemin des Meuniers (1 p.)
Le ruisseau des Espagnols (1 p.)
Une culture perdue : le mûrier,quand les magnanarelles chantaient...(1 p.)

Foréziens

Mario Meunier, le grand helléniste (2 p.)
Etienne du Tronchet, poète de la Renaissance (1 p.)
Edouard Martel (1859-1938), père de la spéléologie française (2 p.)
Emile Reymond (1865-1914), médecin, sénateur et pionnier de l'aviation (2 p.)
Le drapeau de la chambre des avoués : un poisson d'avril (2 p.)
François de Lascaris d'Urfé, missionnaire sulpicien (3 p.)


Marguerite Fournier journaliste

Souvenirs d'audience Quarante ans de présence à la cour d'assises de Montbrison (1926-1966) (21 p.)

Poème

Notre-Dame d'Espérance (3 p.)

Souvenirs d'enfance de Marguerite Fournier

Présentation par Claude Latta (2 p.)
Montbrison au début du siècle (2 p.)
Les inventions du siècle (3 p.)
Le cinéma (2 p.)
Fêtes et spectacles(5 p.)
Ma première école (3 p.)
Nos voyages (2 p.)
Nos promenades dominicales (2 p.)
Montbrison, ville de garnison (1 p.)
La fête-Dieu (2 p.)


Avenue Alsace-Lorraine


Fêtes et spectacles
 

Nos voyages



Promenade dominicale
 


Le marché du samedi


Montbrison ville de garnison
 



Fête-Dieu : "Toute la ville sentait l'encens"



Une femme et sa ville

Causerie du 6 avril 2010
à la bibliothèque municipale de Montbrison

Marguerite Fournier (1901-1997)

Une femme et sa ville

Marguerite Fournier a écrit une histoire de Montbrison : Montbrison cœur du Forez, publié en 1968. Elle a été pendant de nombreuses années bibliothécaire de la Diana. En 1980, elle avait fait partie de l'équipe fondatrice de Village de Forez. Conseillère municipale, elle a été engagée dans de nombreuses activités paroissiales et sociales. Ce fut une figure de Montbrison, une femme dans sa ville

La Bibliothèque Municipale nous a demandés à Joseph Barou et moi d'évoquer la personnalité et l'œuvre de Marguerite Fournier. Nous le faisons volontiers, avec toute l'affection qui nous liait à elle. Nous avons demandé à Danielle Bory de se joindre à nous pour quelques lectures de textes de Marguerite Fournier.

Nous aimions Marguerite Fournier : nous aimions son intelligence et son talent d'écrivain, sa bonté et sa malice, sa profonde humanité et l'attention qu'elle avait pour les autres, sa foi sans mièvrerie ni moralisme, son esprit amoureux du passé et de l'histoire de sa ville mais aussi sa curiosité d'esprit et la façon qu'elle avait de se tourner vers l'avenir : à plus de 80 ans, elle suivait des cours d'Anglais au Centre Social et commença à écrire des poèmes. Elle donnait des cours d'alphabétisation aux étrangers. Elle voyageait et se tenait au courant des événements du monde et de Montbrison.

J'ai rencontré Marguerite Fournier pour la première fois en 1966, lorsque j'ai adhéré à la Diana. C'est par elle que je me suis initié à l'histoire de Montbrison. Un peu plus tard elle me fit lire le manuscrit de son Montbrison, cœur du Forez qui devait connaître un grand et juste succès. Lorsque parut en 1994 mon Histoire de Montbrison, le premier exemplaire fut pour elle et je lui portais chez elle, avenue Alsace-Lorraine. Elle était contente pour moi et, en quelque sorte, elle me passait le flambeau : c'est un moment que je n'oublierai pas parce que c'est elle qui avait su me faire aimer et connaître l'histoire de Montbrison dont, jeune professeur, arrivant au lycée de Montbrison en 1965, je ne savais presque rien.

Cl. Latta

J'ai connu Marguerite Fournier dans les vingt-cinq dernières années de sa vie. Dans mon souvenir, j'associe son visage serein et sa fluette silhouette à quelques lieux précis où je l'ai rencontrée et que j'évoquerai dans un instant. Il s'agissait d'endroits qui, pour elle, avaient, je crois, une grande importance : la Diana, la collégiale Notre-Dame et sa maison de l'avenue Alsace-Lorraine.

J. Barou

La vie de Marguerite Fournier a traversé le siècle. Marguerite Néél - son nom de jeune fille - était née à Montbrison à l'aube du XXe siècle, en 1901 dans cette maison de l'avenue Alsace-Lorraine où elle a passé toute sa vie et où elle est morte. Elle était la fille de Jean, dit Joannès Néel et de Henriette Marie Françoise Josserand. Son père était artisan menuisier, d'une famille originaire de Roche. Ses parents lui firent faire de bonnes études : élève de la Madeleine, elle obtint le brevet supérieur, ce qui était alors l'équivalent du baccalauréat (on le passait aussi à la fin du cycle d'études de l'Ecole Normale). Elle aurait voulu continuer ses études. Mais il n'était pas encore entré dans les mœurs que les jeunes filles fassent des études supérieures.

Marguerite Fournier apprit donc la sténographie, la dactylographie et un peu de comptabilité ; puis elle entra comme secrétaire aux établissements Chavanne-Brun qui venaient de s'installer à Montbrison : elle a évoqué pour Joseph Barou et moi, cette période de sa vie dans l'un de nos derniers entretiens. Mais sa mère la reprit avec elle : elle devait finir d'apprendre tout ce qu'une jeune fille devait savoir faire pour tenir sa maison et pouvoir se marier : une autre époque...

En 1924, Marguerite Néel épousa Victor Fournier, agent d'assurances et journaliste à Montbrison. En mémoire de son époux, décédé en 1976, Marguerite Fournier-Néel a, après cette date, souvent signé ses articles Marguerite V. Fournier ou Marguerite Victor-Fournier : fidélité à un si long chemin fait ensemble. Trois filles sont nées de leur union : Geneviève (" Ginette ", Mme Buvat), Bernadette (" Dadou ", Mme Pouvaret) et Marie-Thérèse (" Poucette ", Mme Michard). Elles lui ont donné dix petits-enfants. En 1997, elle avait vingt-et-un arrière-petits-enfants, sans doute davantage encore aujourd'hui.

C'est avec son mari que Marguerite Fournier commença son activité de journaliste. Elle collaborait avec lui : il était le correspondant du Nouvelliste et du Mémorial et le fut ensuite de la Dépêche. Elle a ainsi suivi l'actualité locale pendant plus de quarante ans, faisant son article quotidien, rendant compte des événements de la ville, faisant les comptes rendus d'audience des séances de la Cour d'Assises et, écrivant, lorsque l'actualité manquait de matière, des dizaines d'articles d'histoire locale.

Pendant les années de la guerre et de l'Occupation, Marguerite Fournier enseigna l'histoire et la géographie à l'Institution de la Madeleine. Puis elle avait ensuite repris son métier de journaliste, prenant sa retraite en 1967. L'attachement à sa ville et à son pays forézien n'empêchèrent pas Marguerite Fournier de parcourir le monde et de visiter le Canada, l'U.R.S.S., l'Espagne, l'Italie mais aussi l'Algérie et l'Egypte.

Son travail de journaliste et le goût de l'écriture qu'il lui avait donnée, sa passion et son enseignement de l'Histoire, ses dons d'observation, les recherches faites pour ses articles d'histoire, la qualité de son style, avaient conduit Marguerite Fournier à rédiger et à publier en 1968, un livre consacré à l'histoire de sa ville : Montbrison, cœur du Forez. Le succès qu'il rencontra était bien mérité et trois rééditions attestent qu'il correspondait bien à l'attachement que les Montbrisonnais ont pour l'histoire de leur ville. Elle avait cédé ses droits sur son ouvrage à la Ville de Montbrison qui a publié une 4ème édition, augmentée de nouvelles photographies. Son œuvre est donc aujourd'hui, grâce à elle, la propriété de tous les Montbrisonnais. Le titre Montbrison, cœur du Forez a d'ailleurs popularisé cette expression qu'elle avait été la première à employer dans un ouvrage collectif sur le département de la Loire auquel elle avait collaboré.

Outre de nombreux articles, Marguerite Fournier a donné à Village de Forez deux textes extraordinaires de souvenirs, deux véritables petits chefs d'œuvre : ses Souvenirs d'enfance et ses Souvenirs de Cour d'assises.

- Les premiers, publiés en 1984, avaient été écrits, à l'origine, pour Elisabeth, l'une de ses petites-filles qui avait souhaité recevoir, pour ses vingt ans, cet inestimable cadeau de sa grand-mère : le récit de son enfance. Ce cadeau profite aujourd'hui à tous : c'est une évocation tendre et précise du Montbrison de la Belle Epoque et de la vie d'une famille d'artisans avant la grande Guerre.

- Les Souvenirs de Cour d'Assises furent publiés un peu plus tard : l'étonnante mémoire du chroniqueur judiciaire qu'elle avait été lui permettait de faire revivre l'époque où les séances de la Cour d'assises de la Loire se tenaient dans l'ancienne chapelle de la Visitation de Montbrison. Marguerite Fournier sut évoquer avec talent tout l'apparat de la Cour d'Assises où la présence du jury rappelle que les jugements sont rendus " au nom du peuple français ", mais aussi faire revivre les figures, souvent hautes en couleur de tant de magistrats et d'avocats, drapés dans leurs robes rouges ou noires, venus juger ou défendre des accusés livrés à la curiosité du public, odieux ou pitoyables - souvent les deux à la fois. Le talent et l'extraordinaire mémoire de
Marguerite Fournier nous restituaient ainsi tout un pan de l'Histoire de la ville.

Cl. Latta

Lectures de texte de Marguerite Fournier (lues par Danielle Bory)

Un extrait des Souvenirs d'enfance : " Montbrison au début du siècle "

Les premières images qui me reviennent à la mémoire sont, évidemment, celles de mon quartier, cette avenue Alsace-Lorraine tracée en 1867 pour desservir la gare du chemin de fer P.L.M. inaugurée en 1865 […] ".

Il n'y avait d'ailleurs à Montbrison qu'un unique marchand de primeurs : le père Beaujeu. C'était un vieil homme quelque peu bancal, vêtu, hiver comme été, d'un complet de velours côtelé et coiffé d'un éternel panama. Il tenait, place Saint-André, une toute petite boutique tapissée avec les illustrés de l'époque : Le Petit Parisien, Le petit Journal, etc., mais il ne se contentait pas d'y attendre les clients. Chaque après-midi, il parcourait les rues de la ville, poussant une voiturette de marchand des quatre-saisons. On l'entendait venir de loin, mi-criant, mi-chantant son refrain attitré :

- Allez les ménazères (car il zozotait) voilà le petit pois, voilà le melon, voilà la courze (c'était, avec lui toujours au singulier).

La tactique pour ma mère était de faire la sourde oreille et de lui laisser continuer son chemin... puis de le rappeler au platane suivant :

- Eh ! Père Beaujeu qu'avez-vous de bon aujourd'hui ?

Il n'avait pas son pareil pour vanter sa marchandise et ses affaires allaient bon train. Il fut le premier à Montbrison à recevoir de la marée fraîche mais ne la promena pas dans les rues, la réservant pour le magasin.

J'ai connu aussi La Marie-Dentelle, une vieille clocharde qui fumait la pipe autour des arbres, insultant tous ceux qui passaient… J'ai connu Minimi, le roi des poivrots, poursuivi par une horde de gamins braillards... bref, tout le folklore montbrisonnais.


Un article d'histoire locale (Village de Forez)

Une culture perdue : le mûrier

"Chantez, chantez, magnanarelles" - car la cueillette aime les chants... Sous le ciel forézien s'élevait la chanson provençale, au temps où le mûrier croissait sur notre terre et où les cocons s'entassaient dans nos magnaneries... Cela dura tout un siècle (de la fin du XVIIIe à la fin du XIXe), puis la culture du mûrier périclita et l'élevage du ver à soie disparut à tout jamais de notre région. Ce fut, en somme, une de ces industries épisodiques venues on ne sait comment et reparties de même.
(….)
La première mention d'une plantation de mûriers dans la plaine du Forez date de 1818. Le chevalier de Bruyas obtient une prime de 300 F pour les 1 070 mûriers de sa propriété de Savigneux. En 1820, c'est au tour de M. Bourjade à (…) Précieux, de recevoir une prime pour une plantation de 955 mûriers.

Cependant les propriétaires n'élèvent pas encore de vers à soie et il faut attendre 1831 pour noter la première récolte dans l'arrondissement de Montbrison. Elle est de 550 kg de cocons jaunes. Ce chiffre progresse rapidement. Cinq ans plus tard, le poids atteint 5 000 kg. Les mûriers sont alors si abondants dans la plaine du Forez qu'ils nécessitent chaque année l'envoi par le gouvernement (…) d'un tailleur spécialisé qui emploie 50 journées à leur entretien. C'est dire que rien ne fut économisé pour vulgariser leur culture. On leur reconnaît aussi une autre qualité : celle d'assainir la plaine alors très marécageuse, Ils y forment de beaux !lots de verdure ou serpentent agréablement le long des chemins pierreux...

Et pourtant, c'est, en 1867, la chute brutale et inattendue. Les vers à soie prennent la maladie, les arbres périssent, le chant des magnanarelles s'éteint... Rien ne pourra le réveiller. C'en est fini, et bien fini, d'une culture qui a cependant prospéré pendant un siècle !...

Quelques mûriers survivants en sont encore les témoins. On en trouve, ça et là, isolés à travers les terres, mais le plus bel ensemble - dernier vestige de la prospérité passée - se trouve au bord du chemin reliant le hameau de Champ au bourg de Mornand... Une cinquantaine de vieux mûriers, solides et trapus, fortement enracinés dans la terre forézienne balancent en été leur panache vert à l'ombre duquel ne vient plus s'asseoir Mireille ".

On remarquera les qualités de cet article : documentation, style, concision


Marguerite Fournier à la Diana

Tout d'abord je revois Marguerite Fournier à la Diana, non dans la grande salle héraldique, solennelle et froide - glaciale en hiver - ou dans l'actuelle salle de lecture mais dans l'ancien secrétariat, une petite pièce vieillotte surchargée de livres où elle a tenu de longues années le registre des prêts de la bibliothèque. Elle attendait paisiblement assise derrière le grand livre, donnant une âme à ce lieu de rencontres et de conversations familières qui n'avait rien à voir avec un banal local administratif. Dans les années soixante-dix s'y retrouvaient Jean Bruel, M. Parret, Roger Garnier, le père Jean Canard, le colonel de Nardin, Noël Gardon, Francisque Ferret, parfois M. de Sugny...

Discrète, elle ne se déplaçait pas et enregistrait les ouvrages que les habitués allaient glaner, qui dans un soubassement ou une vitrine de la grande salle, qui à l'étage après avoir emprunté le petit escalier de fer en colimaçon qui grinçait. Elle répondait aussi, avec bienveillance, à toute demande de renseignements, contant parfois une anecdote, rapportant un souvenir sur l'histoire de la ville et de ses gens.

Je me souviens l'avoir entendu raconter l'histoire du curé de Saint-Pierre, le père Jean-Marie Durand qui, pendant l'Occupation, avait été interrogé par un officier allemand : "Monsieur le curé, connaissez-vous des juifs ? Non, mais mon patron l'était !" avait rétorqué l'ancien combattant de 1914-1918 en se tournant vers le crucifix. Ou encore évoquer un épisode de la bataille de Lérigneux alors qu'elle était en vacances dans ce village. Elle avait passé ce moment difficile en racontant une histoire à ses filles...

J. Barou

La plume de Marguerite Fournier était à la fois érudite et alerte. Elle avait été formée à la bonne école qu'est le journalisme : il faut, à l'instant, noter beaucoup de choses, faire très vite le tri de l'essentiel et de l'accessoire, remarquer les détails et les paroles significatifs, rédiger très vite, ne pas être trop long, écrire pour être compris de tous : discipline qui impose aussi de maîtriser parfaitement la langue française et d'être capable de donner du style à un " papier " pourtant voué à l'éphémère. Marguerite Fournier avait ainsi acquis et gardé le "coup de patte " de la journaliste et le sens de l'anecdote qui éclaire un sujet. Elle savait écrire.

Cl. Latta

Lecture Danielle Bory

Deux exemples de ce talent d'écriture

Dans ses Souvenirs d'enfance, Marguerite Fournier, raconte la modernisation par son père de son atelier de menuiserie :

" Mon père fut le premier à installer, au début du siècle, des machines- outils, transformant ainsi son atelier de menuiserie à la main en atelier de "menuiserie mécanique"... Ces machines marchaient au gaz, mues par un énorme moteur à volant placé au fond de l'atelier sur un bâti de ciment, qui tournait en faisant un bruit sourd accompagnant de sa voix de basse la voix grinçante des scies (...)

Dieu sait si cette innovation effaroucha les Montbrisonnais. "Ces machines brûlent le bois" disaient-ils d'un ton sentencieux en passant devant la porte de l'atelier. Peu s'en fallut que mon père ne perdit tous ses clients ! "

Tout est dit dans cette histoire : le progrès technique et la résistance au progrès...

Un autre exemple : dans ses Souvenirs judiciaires, Marguerite Fournier évoque le retour vers la gare de Montbrison du bourreau qui vient de procéder à une exécution capitale :

" C'était le 10 février 1948, le jour du mardi-gras. Fidèle à la tradition, je faisais de bugnes et avais ouvert la fenêtre du rez-de-chaussée d'où se répandait sur l'avenue une délicieuse odeur... Mon chat se chauffait au soleil, déjà ardent pour la saison ; tout était calme dans le quartier ; quelques voyageurs montaient à la gare, et, parmi ceux-ci, un petit monsieur bien mis, escorté de deux solides gaillards. C'était Desfourneaux, " l'exécuteur des hautes œuvres " et ses aides qui, leur besogne terminée, allaient reprendre le train dans lequel voyagerait leur sinistre machine !

Et il se produisit cette chose inouïe : après avoir humé l'air parfumé de mes bugnes, le petit monsieur se mit à caresser mon chat qui en ronronnait de plaisir... Je crois même qu'il lui parla gentiment, en ami des bêtes, lui qui, quelques heures auparavant, avait envoyé deux malheureux hommes au trépas ! (..)
Que de contradictions dans le comportement des humains !

En tout cas, la caresse de cette " main tachée de sang " ne porta pas bonheur à Mickey qui mourut la même année.

Marguerite Fournier fut à quatre reprises candidate aux élections municipales de Montbrison : " quatre fois candidate, deux fois élue " disait-elle. Au cours de ses deux mandats (1953-1959 et 1959-1965), elle fut conseillère municipale d'André Mascle et de Louis Croizier alors maires de la ville. Elle avait été l'une des premières femmes à entrer au conseil municipal, ce qui n'était pas pour elle un mince sujet de fierté. Elle fit partie du groupe qui rénova la bibliothèque municipale.

Croyante et généreuse, Marguerite Fournier s'occupa de nombreuses activités paroissiales et sociales : elle militait au Secours catholique, faisait partie d'un groupe d'ACI (Action Catholique Indépendante). Elle fit longtemps partie du Conseil d'administration de la Maison Jean-Baptiste d'Allard. Elle donna des cours d'alphabétisation aux étrangers. Elle visita pendant de nombreuses années les personnes âgées de la Maison de retraite.

Marguerite Fournier n'aimait guère les conflits. Mais lorsque la ville fut coupée en deux par le conflit du Centre Social et de la Municipalité, elle se refusa à choisir et, ostensiblement, garda son amitié à ceux qui dans les deux camps s'affrontaient et participa aux activités organisées de chaque côté, agissant discrètement pour calmer les esprits et maintenir les liens qui pouvaient être maintenus. Lorsqu'en 1993, un hommage public lui fut rendu à la Diana, Joseph Barou, parlant au nom de Village de Forez et du Centre Social, rappela ce fait. Le Docteur Poirieux, maire de Montbrison, vint lui dire, après la séance, qu'il avait bien fait de dire quel rôle Marguerite Fournier avait alors joué.

Cl. Latta

Marguerite Fournier et la collégiale Notre-Dame

Haut lieu encore pour Marguerite Fournier : la collégiale Notre-Dame-d'Espérance. Elle rendait de multiples services à sa paroisse. Elle en avait bien connu tous les curés depuis le début du siècle et elle appréciait particulièrement le père Jacques Court. Quand on annonça le départ de ce dernier pour Saint-Etienne, elle fut, comme beaucoup de paroissiens, désolée. Je la revois, un dimanche matin, sous le porche de la collégiale, assise derrière une petite table, proposer aux fidèles qui entraient pour la messe une pétition à signer. Il s'agissait de demander à l'évêque de changer ses projets... ce qu'il ne fit pas. Et elle se mit au service du successeur du père Court.

Elle n'hésitait pas à payer de sa personne. Avec une autre personne des équipes liturgiques, je l'entends encore présenter un mouvement d'action catholique à une assemblée dominicale :

- Vie montante est-il un mouvement de personnes âgées ?

- Pas du tout...! Répondait-elle avec une voix délicieusement chevrotante.

Elle fut longtemps catéchiste pour les enfants des écoles publiques, jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. Et qui connaît un peu les enfants d'aujourd'hui mesure ce qui lui fallait d'ouverture d'esprit, de gentillesse, de patience et de sens pédagogique pour intéresser, le mercredi matin, un groupe de huit ou dix garçons et filles en leur parlant de Dieu.

A l'occasion de rencontres de catéchisme, nous nous retrouvions dans la salle Notre-Dame pour des préparations communes. Je me souviens l'avoir entendu parler de la mort lors de l'une de ces réunions. Elle disait que, pour elle, ce passage n'avait rien de dramatique et que, le moment venu, elle avait toute confiance en Dieu. Sa sérénité était impressionnante.

J. Barou

Lecture de Danielle Bory

Un extrait du poème "Notre-Dame" (1986)
dédié
(à tous ceux qui, depuis sept siècles, ont prié à Notre-Dame)

ô notre-Dame d'Espérance,
Comme je voudrais te chanter !
Je te connais depuis l'enfance,
Toute ma vie je t'ai aimée !
Elle fut bien longue ma vie !
Que d'évènements l'ont marquée
Et. dans ton enceinte bénie,
Combien de fois ai-je prié !

(…)
Voici nos Comtes de Forez,
Guy IV et son enfantelet
Qui, à cinq ans, eut la faveur
De poser ta pierre d'honneur.
(…)
Un jour Montbrison fut en liesse
Pour accueillir le Roi François
Qui s'en alla ouïr la messe
Dans ce cadre digne des rois.

Ce fut un moment historique
Sur son trône, le souverain
Reçut dans le vaisseau gothique
L'hommage de ses Foréziens !
(…)
Mais il y eut aussi, hélas
Des jours de deuil et de souffrance
Où les cloches sonnèrent le glas,
Où ce fut la désespérance !

Aujourd'hui je ne veux penser
Qu'à ce qui enchanta nos pères
Au cours des longs siècles passés
A l'ombre de nos vieilles pierres.

C'est comme un essaim bourdonnant
Entre ces murs chargés d'histoire,
Tout est mêlé : vieillards, enfants,
Ouvriers et bourgeois notoires,

Magistrats aux toques d'hermine,
Clercs, laboureurs, échevins,
Belles dames en crinolines,
Et vous les marchands de tupins !

Et dans cette chaîne des âges
J'ai pris ma place et ,j'ai marché.
En côtoyant sur mon passage
Des saints et des héros cachés !
(…)
Continue à les accueillir
Dans ton insigne Collégiale,
Etends tes mains pour les bénir,
Toi, Notre-Dame !

Marguerite Fournier reçut en 1993 l'hommage de ses amis et de tous ceux qui l'estimaient : la Diana et Village de Forez publièrent en commun un " Marguerite Fournier raconte..." qui rassemblait tous ses articles, regroupés par thèmes et auxquels elle avait accepté d'ajouter quelques-uns de ses poèmes. Ce recueil avait été préfacé par le comte Olivier de Sugny, président d'Honneur de la Diana et magnifiquement illustré par des dessins de Claude Beaudinat. Lors de la présentation de ce recueil, Joseph Barou et Jean-Paul Jasserand prirent la parole au nom de Village de Forez et de cette communauté des journalistes dont elle avait été si fière de faire partie. Marguerite Fournier avait été aussi honorée de deux distinctions, bien méritées : elle était chevalier des Arts et Lettres et chevalier de l'Ordre des Palmes Académiques. Francisque Ferret, vice-président de la Diana et le docteur Poirieux, maire de Montbrison, lui avaient remis ces distinctions.

Le cinéma aussi lui avait rendu hommage à sa manière puisque Geneviève Bastid avait tourné pour la Télévision un film dont Marguerite Fournier était l' " actrice " principale : la réalisatrice avait, en effet, souhaité évoquer son enfance à Montbrison pendant l'Occupation et se souvenait de celle qu'elle appelait " Tante Guite "...

Dans ses dernières années Marguerite Fournier avait bien du mal à se déplacer. Elle continuait cependant d'écrire, parfois directement sur sa vieille machine à écrire, regardait " questions pour un champion " à la télévision dans la petite pièce qui donnait sur le jardin, recevait ses amis, rassemblait pour les fêtes tous ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants : pour tous, elle était " maman Guite ". Un arbre généalogique, rassemblant les noms de tous, avec leurs photographies, était affiché dans la salle où elle se tenait habituellement, en jetant un œil sur les passages de l'avenue Alsace-Lorraine.

Les épreuves ne lui avaient pas manqué : elle avait perdu successivement son mari (1976), sa fille Bernadette Pouvaret - " Dadou " - (1986) qui était professeur de dessin à Verrières et qui fut aussi un peintre de talent, l'un de ses petits-fils, François Michard, mort à 28 ans (1988), son frère Henri Néel, ancien artisan menuisier, qui avait fait beaucoup de théâtre amateur à Montbrison, et qui vécut ses dernières années avec elle (1991). Ces deuils l'avaient profondément atteinte mais sa foi chrétienne lui permit de les supporter vaillamment.

Elle fut active jusqu'au bout : on venait la chercher pour aller à une conférence, assister à un concert ou à un opéra à Saint-Etienne, écouter les communications de l'assemblée de la Diana. Elle alla voir en 1988 l'exposition Van Gogh au musée d'Orsay à Paris - je l'avais trouvée dans la file d'attente qui s'allongeait le long du quai de la Seine par un froid glacial ! -

Cl. Latta

Troisième lieu lié pour moi à Marguerite Fournier : sa maison de l'avenue Alsace-Lorraine où elle est née et où elle est morte, lui rappelait sa famille, son père artisan menuisier, son frère Henri qui a toujours vécu près d'elle, ses filles, son époux Victor qu'elle associait toujours dans ses articles en joignant son prénom au sien : Marguerite-Victor Fournier-Néel. Elle était fière de ses origines, des Néel, issus de Roche, dans nos Montagnes du Soir.

C'est dans la première pièce donnant sur la rue, une boutique désaffectée, qu'elle recevait gentiment ses visiteurs, près de la vieille machine à écrire, des livres, des dossiers, des albums de coupures de journaux fabriqués avec des formulaires d'assurance périmés.


La dernière fois que je suis allé dans sa maison, elle m'avait demandé d'achever pour Village de Forez, un petit article sur le coton de saint Aubrin. Il s'agissait d'une petite boule d'ouate, enveloppée de papier bleu, à conserver pieusement. Il était bénit et protégeait les Montbrisonnais de la foudre par l'intermédiaire du saint patron de la ville, le bon évêque Albricus, un peu perdu dans la nuit des premiers siècles de l'Eglise de Lyon. Pour elle, ce n'était pas une amulette. Il n'y avait rien de magique dans cette pratique que certains pourraient trouver superstitieuse. C'était simplement une ancienne et belle coutume montbrisonnaise où s'exprimait beaucoup de confiance en la Providence.


C'est encore dans sa maison, dans la même pièce du rez-de-chaussée, que se fêta, familièrement, sa promotion au rang de chevalier des Arts et Lettres, un samedi après-midi de l'été 1984, après la permanence au secrétariat de la Diana. Je la revois trinquant sans façon avec M. de Sugny, alors président de la Diana, au milieu d'une petite foule d'habitués du samedi.


Le samedi 9 mai 1997, quelques semaines avant sa disparition, à la maison de retraite de Montbrison, nous avons vu, Claude Latta et moi, Marguerite Fournier, pour la dernière fois. Elle écoutait de la musique, les émissions de radio Fourvière dans une chambre impersonnelle. Nous allions, à sa demande, enregistrer ses souvenirs. "Il faut se dire qu'on est à l'hôtel, que ce n'est qu'un séjour temporaire" disait-elle pour ne pas penser à sa chère maison, la maison d'une vie entière, encore toute peuplée de ses souvenirs et des ombres des êtres qu'elle aimait...

Après nous avoir demandé des nouvelles de nos enfants et nous avoir parlé de sa famille, elle nous racontait avec malice des souvenirs de son enfance, de ses débuts dans les bureaux de l'usine Chavanne. Elle évoquait des Montbrisonnais, humbles ou notables, qu'elle avait connus. Pas de regret, pas d'aigreur, beaucoup de bienveillance envers tous : les autres pensionnaires avec qui elle s'était vite liée, le personnel, les visiteurs... une grande sérénité de chaque instant mêlée à beaucoup de patience et d'humilité. Une leçon pour nous tous, car il est beau de vieillir ainsi.

J. Barou

En 1997, ne pouvant finalement plus vivre seule, Marguerite Fournier était entrée depuis quelques mois à la Maison de retraite et avait donné une partie de ses archives et de ses photos de presse à la Diana. Entourée par les siens, elle est revenue mourir le 4 juillet 1997 dans sa maison natale de l'avenue Alsace-Lorraine.

Village de Forez a consacré un numéro d'hommage à Marguerite Fournier dès 1997. En 2000, la Ville de Montbrison - dont le docteur Weyne était alors le maire - a donné son nom à la rue de l'Ancien Hôpital.

Nous vous aimions, chère Madame Fournier, vous qui, avec tant de jeunesse d'esprit, avez su raconter leur histoire aux Montbrisonnais.

Cl. Latta

Merci Madame Fournier


Dans le parc du châteaau de Ronno,
lors d'une sortie de la Diana en septembre 1982
(cliché Roger Garnier)


Montbrison le 7 juillet 1984

Lieux de Montbrison évoqués par Marguerite Fournier


La Diana
lieu de prestige,
lieu de mémoire

Chavanne-Brun
la grande usine

Conception : David Barou
textes et documentation : Joseph Barou
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   Mis à jour le 20 juin 2010