enregistrés au
cours des veillées
du groupe Patois Vivant
au Centre social de Montbrison, rue de Clercs,
dans les années 1980
L'aurore
boréale
pour écouter cliquer ci-dessous
(2 min 14 s)
[A propos d'une aurore boréale]
[Marcel Epinat]
Je me rappelle, ma mère le disait, que
ça s'était produit d'autres fois, avant une guerre,
avant une guerre, je ne sais pas [quand ?] Alors je sais
que ma mère disait que c'était signe de guerre,
qu'il y avait du sang, qu'il y avait du sang à verser.
C'était le signe qu'il y avait du sang à verser
- C'était quelle année, ça
? [intervention de Jean Chambon]
- En 1938. [réponse de Philippine Chambon]
- Ah ! mais , c'était rouge ce jour, mais on parlait
que ça s'était produit une autre fois, avant une
guerre, quoi, et qu'il avait dit que c'était signe de
C'est ce que j'ai entendu dire... [Marcel Epinat]
Je vous l'avais bien dit, en Allemagne, tu
sais, c'était le 24 janvier 1945. Il y avait de la neige,
[20 cm ?] de neige. Et, sur les routes, la neige était
tassée. Ça crissait, il gelait à moins dix-huit.
Les chars étaient Parce que, nous, on évacuait.
Les Russes arrivaient sur l'Oder et nous, on était au-delà
de l'Oder et les Allemands ne voulaient pas nous laisser pendre
par les Russes parce qu'on se serait mis avec eux pour les combattre.
Ils nous firent évacuer, ils nous firent partir avec les
civils. Alors dans les chars, les civils mirent de la farine,
du lard, de la viande, toutes les victuailles, quoi, et les bijoux,
tout ça. On passa tout un jour pour monter ce char. On
mit une bâche dessus, et puis à 9 heures, il fallut
partir, à neuf heures de la veillée, à neuf
heures du soir. Alors on partit, la neige, ça crissait,
ça faisait froid.
On n'avait pas fait cinq kilomètres,
[le ciel était clair ?] comme en plein jour. Et puis autour
de la lune le grand cercle, très grand, blanc, bien net,
bien détaillé, et au milieu, entre la lune et ce
cercle, une croix, une croix blanche, une aurore boréale.
Alors on se dit : mais, bon sang, c'est bien extraordinaire, ça.
Alors on a parlé aux paysans, les vieux. Alors les vieux
dirent : ça c'est signe d'un grand malheur. Et c'était
au moment de la débâcle des Allemands, au mois de
janvier 1945. Et ils ne se trompaient pas, après ils furent
anéantis en moins de deux. Ça je l'ai vu de mes
yeux.