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Marie-Alfred-Camille
vicomte de Meaux
(18 septembre 1830, Montbrison-
4 novembre 1907, Ecotay)

Docteur en droit ;
député de la Loire en 1871 ;
sénateur de 1976 à 1979 ;
ministre de l'Agriculture
et du Commerce (1875-1877).
Il épouse en 1858
Elisabeth de Montalembert.



Façade de la Diana (détail)
au centre le blason du Forez



Façade de la Diana (détail)
Les armes du Second Empire
La Diana avait été fondée en 1862
grâce au duc de Persigny

Un piedestal prêt pour Jean 1er

Alix de Viennois

Jean 1er
comte de Forez

 

autres pages spéciales


La Diana


Vincent Durand


Louis-Pierre Gras

 



Conception : David Barou
textes et documentation : Joseph Barou
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Le Maréchal
de Mac-Mahon
en visite
à Montbrison

1877 : le Maréchal
à Montbrison,
au pas de charge !


5 septembre 1877, 5 heures du matin. Il ne fait pas encore jour. Montbrison est en état de siège. Des escouades de soldats de la 25e division sont échelonnées le long du boulevard. Des landaus convergent vers la gare illuminée et pavoisée. Quel est l'important personnage attendu ?

Rien moins que le président de la République : Edme-Patrice-Maurice, comte de Mac-Mahon, duc de Magenta et Maréchal de France. Pourquoi cette arrivée matinale ? Un prétexte : Mac-Mahon vient présider les grandes manœuvres qui ont lieu dans la plaine du Forez. Une vraie raison : il souhaite se montrer en province. Car sa situation est difficile. Elu des conservateurs et des royalistes, il se heurte à une majorité de républicains. La chambre a été dissoute. De nouvelles élections se préparent. La France semble pencher pour la République. Pourra-t-il inverser la tendance ?

A 5 h 52, M. Lhonneur - un chef de gare bien nommé - signale l'arrivée du train présidentiel. A 5 h 57, avec lenteur et majesté, le convoi s'arrête dans la gare fleurie. Salves d'artillerie. Sur le quai, l'Harmonie montbrisonnaise commence à jouer. Mac-Mahon descend le premier du train, vivement, suivi de ses officiers d'ordonnance et du général Berthaut, ministre de la Guerre. Il est en grand uniforme de maréchal de France avec le chapeau gansé à plumes blanches. Des cris fusent : Vive le Maréchal ! Un Montbrisonnais, qui est aussi le ministre de l'Agriculture, le vicomte Camille de Meaux, l'accueille. Il est entouré de M. Doncieux, préfet de la Loire et des sous-préfets de Montbrison et Roanne.

Il manque M. le Maire

Mais il manque le maire de la ville, Georges Levet, élu l'année précédente. C'est un républicain, certes modéré, mais néanmoins opposant et adversaire politique. De plus, la municipalité n'a pas souhaité faire des frais pour cette visite. La décoration de la ville a été payée par une souscription organisée par des particuliers. Qu'à cela ne tienne ! M. de Meaux présente au Maréchal le docteur Rey, un ancien maire plus complaisant, puis les magistrats du siège et les principaux fonctionnaires de la ville. Un groupe de jeunes demoiselles de bonne famille offre des hortensias au vieux soldat. Les syndics de la mutuelle des jardiniers y vont de leur corbeille de fleurs. Tout cela au pas de course.

Le Maréchal traverse la gare, grimpe dans un landau à quatre chevaux avec M. de Meaux, le ministre de la Guerre et le préfet. Les tambours battent au champ. La voiture descend la route de Charlieu (notre actuelle avenue Alsace-Lorraine) précédée par un piquet de chasseurs à cheval.

Le temps de passer sous deux arcs de triomphe de verdure portant les mots : Paix et travail et J'y suis j'y reste et le cortège arrive à Notre-Dame. Un nouvel arc de triomphe proclame : Religion - Patrie. La collégiale est illuminée. Le clergé de la ville en habit de chœur attend l'illustre visiteur : MM. Peurière, curé de Notre-Dame, Ollagnier, curé de Saint-Pierre, Caton, supérieur du séminaire… Les orgues se déchaînent. Le Maréchal est conduit à un prie-Dieu couvert d'un drap brodé d'or. Après le chant du Laudate Dominum Mac-Mahon, toujours pressé, sort. De nombreux Montbrisonnais ont tenu à assister à cette courte cérémonie pourtant très matinale, car note le chroniqueur du Journal de Montbrison, l'église est pleine d'une "foule recueillie et sympathique". Mais peut-être y a-t-il un brin de flatterie ?

M. de Mac-Mahon en campagne

Tout près de là, nouvel arrêt pour visiter la Diana. Mais pas question de s'attarder. Le train présidentiel attend le Maréchal en gare de Champdieu. Le cortège remonte le boulevard et s'en va par le faubourg de la Madeleine… Les chevaux prennent le trot.

Cette courte visite avait été bien préparée, les arrêts délibérément choisis. La collégiale et la Diana sont préférées à la sous-préfecture et à la mairie. Les banderoles sont parlantes. C'est bien une campagne électorale vieux style, en forme d'image d'Epinal.

A huit heures, le Maréchal enfourche Walter, son pur-sang préféré. Il trotte à la tête de son état-major sur la route de Boën à Feurs. La 25e et la 26e division commencent à jouer à la guerre sur les bords du Lignon.

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Le Maréchal visite la Diana
mais oublie Jean 1er

La France hésite encore entre la Restauration et la République. Le Maréchal de Mac-Mahon, en tournée électorale, passe par le Forez et Montbrison à l'occasion de grandes manœuvres de l'armée dans la plaine.

Le 4 septembre 1877, Mac-Mahon arrive très tôt en gare de Montbrison. Sa voiture traverse la ville. Pourtant il prend un peu de temps pour visiter la Diana. Grand honneur pour les membres de la société savante ! Cette faveur a probablement été obtenue par le vicomte de Meaux, un éminent dianiste proche du pouvoir. En effet Camille de Meaux est député de la Loire, ministre de l'Agriculture et l'un des chefs du parti royaliste.

Un nouveau blason à la Diana

M. Testenoire-Lafayette, président, l'attend, entouré de Vincent Durand, secrétaire, Paul de Quirielle, trésorier, Octave de Viry, Henri Gonnard et de quelques dianistes matinaux. Pour honorer le visiteur, la façade de la Diana est ornée d'un nouveau blason : celui du Maréchal : d'argent à trois lions léopardés de gueules, armés et lampassés d'azur.

L'accueil est respectueux et chaleureux. C'est un grand honneur pour la salle des Etats de Forez de recevoir "l'illustre guerrier qui a su maintenir si haut l'honneur de la France dans ses victoires comme dans ses revers…" souligne M. Testenoire-Lafayette. Et de conclure : Puisse la divine Providence, soutenant et aidant votre patriotique courage, donner à notre chère France, des jours heureux et tranquilles, propices aux calmes études de la paix. Vive la France, vive le Maréchal !

L'occasion est belle pour la Diana de redorer son blason. La société savante sort avec peine d'une grave crise. Fondée en 1862 par le duc de Persigny, un dignitaire du second Empire, elle a failli se disloquer après la chute de Napoléon III. M. Testenoire-Lafayette, président depuis 1872, a entrepris de la restaurer. Le Maréchal, un vieux soldat courageux, peut faire l'unanimité parmi des dianistes peu nombreux et partagés.

Ces messieurs visitent la salle héraldique. M. Testenoire-Lafayette rappelle son histoire. Bâtie vers 1300 par le comte de Forez Jean 1er, la Diana serait la plus ancienne des salles héraldiques provinciales de France. Vendue à vil prix à la Révolution, dégradée, elle a été restaurée par les soins de la société avec l'approbation du grand Viollet-Leduc. Bien sûr, on prend soin de ne pas citer M. de Persigny... C'est bien le fondateur de la Diana mais il était bonapartiste !

Il faut honorer le comte Jean

Le monument est sauvé mais, ajoute-t-il, l'œuvre est inachevée. Il manque une statue au fronton. On se rappelle que le duc de Persigny avait pensé y installer la statue de Diane chasseresse qui fut finalement hébergée au jardin d'Allard…(1)

Les Dianistes profitent donc de la visite présidentielle pour faire une demande. Ils souhaitent qu'une statue du comte Jean 1er soit offerte par l'Etat. "La Diana serait heureuse de devoir cette œuvre d'art à la munificence de votre gouvernement " car la société n'a pas d'argent. Ce comte de Forez n'est pas sans mérites. Durant 55 ans de pouvoir, il a bien servi la province et le pays. En 1290, il confirme la charte d'affranchissement de Montbrison. En 1296, il s'illustre au siège de Lille aux côtés du roi Philippe le Bel. En 1314, il est gardien du conclave qui élit à Lyon le pape Jean XXII. Mais surtout, en 1311, il favorise la réunion de Lyon au royaume. Jean 1er, à qui la France doit l'acquisition d'un joyau tel que la ville de Lyon, n'a-t-il pas mérité cette tardive mais juste reconnaissance ?

Le Maréchal promet un examen bienveillant de la demande mais il est très pressé. ll remonte en voiture et part sous les acclamations. Il doit prendre le train à Champdieu et, à 8 heures se trouver, avec tout l'état-major, sur les bords du Lignon pour voir, entre Feurs et Boën, la 25e et la 26e division jouer à la guerre. Les élections le 14 octobre 1877 donnent une majorité aux républicains. Mac-Mahon se soumet. Il démissionne le 30 janvier 1879. Et, bien sûr, la demande des Montbrisonnais est oubliée. Jean 1er n'est jamais revenu à la Diana…

Joseph Barou

(1) Cf. Et Diane vint habiter le jardin public...
(format pdf, 1 p.)

Sources principales :

Le Journal de Montbrison, n° spécial du 5 septembre 1877 ;
Bulletin de la Diana
", n° 3 du tome 1 (1877-1878).

Jean 1er n'est jamais revenu à la Diana…

 

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