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Vierge à l'enfant
l'église Saint-Pierre
de Montbrison

(1) Cf. Reure, Jean Bonnassieux, sculpteur forézien, Lyon, imp. Mougin-Rusand, 1893.

(2) Reure, op. cit.

(3) Reure, op. cit.

(4) Reure, op. cit.

(5) Le chanoine Charles Ollagnier,
curé de Saint-Pierre de Montbrison, raconte dans ses Mémoires
que grâce à l'intervention
de M. de Meaux, il avait pu obtenir gratuitement de Bonnassieux
la maquette de la Vierge de Feurs.
Le sculpteur Decarli réalisa
sur ce modèle la statue de Montbrison dans un bloc de marbre de Carrare
qui avait coûté 3 000 F. En 1888,
lors de l'inauguration de la statue
de Victor de Laprade, Bonnassieux
vint voir cette statue dans l'église
Saint-Pierre et l'approuva
comme étant bien son oeuvre.

(6) Reure, op. cit.

(7) Son petit-fils, le général Bonnassieux,
fut attaché militaire à la présidence
de la République au temps
des présidents Doumer et Doumergue.

(8) Reure, op. cit.

(9) Reure, op. cit..

Eglise Saint-Pierre
de Montbrison

Statue
de Victor de Laprade
au jardin d'Allard (Montbrison)

Pages voisines :

La Diana, société savante à Montbrison

Le Jardin d'Allard

L'église Saint-Pierre
et son quartier

Voir aussi :

Briand (Roger),
Jean Bonnassieux,
sculpteur de madones
(1810-1892)
,
préface : Antoinette Le Normand-Romain,
n° 66 des Cahiers de Village de Forez.

Conception : David Barou

gestion : Joseph Barou
questions, remarques ou suggestions
s'adresser :

 

 


Foréziens

Jean Bonnassieux

(1810-1892)

Sculpteur forézien

Le sculpteur Bonnassieux est né à Panissières, le 18 septembre 1810, dans une famille modeste. Son acte de naissance indique qu'il est le fils de Mathieu Bonnassieux, menuisier, et de Jeanne Vergoin son épouse. Il reçoit le seul prénom de Jean (plus tard certains de ses biographes le nommeront, à tort, Jean-Marie Bienaimé). Le patronyme Bonnassieux est aujourd'hui encore largement représenté dans ce secteur des Monts du Lyonnais (Panissières, Chambost-Longessaigne, Cottance).

On sait peu de chose de son enfance sinon que très tôt il s'amuse en sculptant avec adresse des morceaux de bois provenant sans doute de l'atelier paternel. Ses études se limitent à quelques années d'école comme c'était le cas de beaucoup d'enfants du peuple. Cependant le curé de Panissières remarque son habileté et incite ses parents à l'envoyer à Lyon afin d'y faire l'apprentissage de la sculpture. Une de ses premières oeuvres sera d'ailleurs une statue de bois destinée à une église des environs de Feurs.

A dix-huit ans il entre donc dans l'atelier de sculpture sur bois de M. Juvéneton. Il devient ensuite élève de l'école des Beaux-Arts de Lyon (de 1829 à 1833). Il subit là l'influence de son professeur le sculpteur lyonnais Legendre-Héral. Ce dernier venu de Montpellier à Lyon avait su, par une oeuvre abondante inspirée surtout par la mythologie, prendre une certaine place dans la sculpture de son époque. En 1834 Bonnassieux sculpte pour le Salon de Paris un Hyacinthe blessé, oeuvre charmante et naïve.

Bonnassieux montre un certain talent ou, du moins, des aptitudes puisqu'en 1835 il décide d'aller à Paris, séjour obligé pour qui veut entreprendre une carrière artistique. Il entre dans l'atelier de Dumont pour préparer le concours du prix de Rome.  Il rencontre à cette époque le sculpteur forézien Denis Foyatier originaire de Bussières.

En 1836 il obtient le grand prix de Rome avec son Socrate buvant la ciguë. Devenu pensionnaire de la Villa Médicis il y sculpte l'Amour se coupant les ailes, oeuvre qui obtiendra un prix au Salon de 1842 (médaille de 2e classe). Mais contrairement à son maître la mythologie ne le retient que peu de temps et il se tourne, en continuant à s'inspirer de l'Antiquité, vers des sujets religieux ou historiques.
Au Salon de 1844 il est récompensé pour son David lançant la fronde (médaille de 1e classe).  

En 1846, il présente au salon le buste de M. Terme, maire de Lyon. Cette oeuvre est remarquée pour ses modelés fermes et précis. Elle révèle ses talents de portraitiste.

Dès lors, il a des commandes et connaît le succès, un succès non pas passager mais sage et durable. Le chanoine Reure, son biographe (1), souligne que le caractère discret et distingué de son ciseau n'était pas fait pour séduire les foules (2) . En effet si la facture est bonne, l'art de Bonnassieux est tranquille, sans passion, on oserait dire sans beaucoup de souffle. Il ne déconcerte pas et c'est bien en cela qu'il plaît à beaucoup de gens installés, aux notables prudents.
Dès que sa notoriété est reconnue Bonnassieux ne participe qu'à de rares expositions et ne dispute plus de médailles à personne, se contentant de travailler en artisan consciencieux.

Autres oeuvres  :

1847, statue de l'abbé Lacordaire ;
1848 (Salon, médaille de 2e classe), Vierge mère, pour l'église de Feurs ; copie à l'église Saint-Pierre de Montbrison. ;
1849 (Salon), bustes de Ballanche et d'Ampère pour le musée de Lyon ;
1855 (Exposition universelle, médaille de 1er classe), la Méditation, statue de marbre ; il reçoit cette année-là la Légion d'honneur.
1864 (Salon), le comte de Las Cases, pour la ville de Lavaur.

Pour orner la façade du nouveau Louvre, il sculpte une figure de la Prière. En revanche il refuse la commande d'une statue de Voltaire pour la même destination. L'administration ne lui en tint pas rigueur et lui demanda un Fénelon. Cet incident, en son temps, fit grand bruit dans les milieux où s'agitaient cléricaux et anti-cléricaux. Il est révélateur de l'homme qui s'affirmait catholique convaincu et qui devint d'ailleurs le sculpteur quasi-officiel du clergé français.

Toute sa vie il conserve la foi de ses jeunes années et c'est sans doute pour cela qu'il sculpte avec amour de nombreuses madones. Notre région en possède plusieurs. Mais il est surtout connu pour avoir exécuté en 1857 la maquette de Notre-Dame de France au Puy, une réalisation à juste titre aujourd'hui très contestée. La maquette de Jean Bonnassieux est retenue à la suite d'un concours qui réunit cinquante-trois sculpteurs.

La statue colossale installée le 12 septembre 1860 avec comme piédestal le rocher Corneille domine de 130 mètres la ville basse. Fondue avec le bronze de deux cent treize canons pris aux armées russes après le siège de Sébastopol, la vierge mesure 16 mètres de haut et pèse 110 tonnes. Le pourtour de la tête de l'Enfant-Jésus mesure 4,80 m. Un escalier à vis de plus de cent marches permet d'accéder jusque dans la couronne. C'est vraiment la maternité puissante et dominatrice (3). Il est évidemment impossible de ne pas la voir d'autant plus qu'elle est peinte en rouge. Tout cela s'accorde mal avec la personnalité de l'artiste mais Bonnassieux n'est pour rien dans la taille qu'on a donné à sa statue.

Oublions vite Notre-Dame de France pour un travail plus délicat : Notre-Dame de Feurs, la Vierge-Mère. Cette statue, figure exquise, sobre de lignes et très simple de compositions (4) est aujourd'hui dans l'église de Feurs, à droite du choeur, dans la chapelle de la Vierge. Saint-Pierre de Montbrison possède une copie, en marbre de Carrare, de cette oeuvre (5).

Il a réalisé de nombreuses autres sculptures religieuses :

La Vierge de Boulogne-sur-Mer ;
Notre-Dame-de-Grâces (couronnement de la façade de Saint-Nizier à Lyon ;
La Vierge de l'église Saint-André, à Tarare ;
Notre-Dame-des-Etudiants, statue de pierre pour l'église Saint-Sulpice de Paris
Une Vierge à l'église Saint-François-Xavier, de Paris ;
Une Sainte Catherine, à la tour Saint-Jacques-de-la-Boucherie, à Paris ;

ainsi que des bustes :

Duc de Luynes (Bibliothèque nationale) ;
Le comte de Las Casas (musée d'Angers) ;
Le baron Gérando (musée de Lyon) ;
Legendre-Héral (musée de Lyon)
Mgr Guérin (musée de Roanne) ;
Buste de David (Troyes) ;

La personnalité de Bonnassieux ressemble à son oeuvre. C'est un homme calme, presque effacé. Au physique il a l'air réservé, timide, un peu maladif, d'une conversation simple, franche et sans ombre d'apprêt...(6) Sa vie familiale est sans histoire. Il épouse Mademoiselle Madinier, de Tarare et il a un fils et une fille (7). Bien qu'installé dans la capitale, il ignore absolument tout du milieu parisien, ne participant jamais à tout ce qui est pure mondanité. Il aime la musique et va quelquefois au concert. A part cela il ne sort guère, nous dit le chanoine Reure que pour aller à l'église de sa paroisse, à l'école des Beaux-Arts ou à l'Académie dont il suit les séances avec assiduité.

Il reste fidèle au Forez de ses origines. Il accepte d'être le président de la jeune Société amicale des Foréziens de Paris. La savante Diana fait de lui son vice-président d'honneur. Il est tout naturellement choisi pour exécuter la statue de Victor de Laprade, le poète et académicien forézien. C'est une de ses dernières oeuvres. La statue en bronze qui orne aujourd'hui le jardin d'Allard à Montbrison fut inaugurée en grande pompe le 17 juin 1888. Bonnassieux était, bien évidemment, de la fête.

La cinquantaine passée, il est, sans les avoir recherchés, couvert d'honneurs : élu à l'Académie des Beaux-Arts le 28 juillet 1866, membre du conseil supérieur de l'école des Beaux-Arts, en 1881, professeur de sculpture à l'école des Beaux-Arts. Il achève paisiblement une vie entière faite de travail, de devoir et de retraite (8). Ayant une vieillesse sans infirmité, il ne cesse pas de sculpter. A quatre-vingt-deux ans il travaille encore à une statue de saint François d'Assise. Après une courte maladie, il meurt le 3 juin 1892 : il n'avait laissé tomber le ciseau de ses mains que pour aller contempler l'Eternelle Beauté (9). Ses funérailles solennelles eurent lieu le 6 juin. Une rue de Panissières, sa ville natale, porte aujourd'hui son nom.

Même si elle n'est pas comparable avec celles de ses grands contemporains que furent Rude, Carpeaux ou Rodin, l'Oeuvre de Bonnassieux n'en est pas moins tout à fait estimable. En tout cas, le personnage est attachant : homme simple et bon, forézien fidèle qui ne renia jamais ses modestes origines et sa province natale.

                                                                                              Joseph Barou

(Village de Forez n° 42, avril 1990)

Album



La Modestie (1846)

 


Buste de Pierre Simon Ballanche (1849)

 

Les canons de Sébastopol pour fondre

Notre-Dame de France

 

Journal de Montbrison du 8 mars 1857

 



La mort de Socrate de Bonnassieux
(musée de Saint-Etienne)

(document : B. et G. Adilon)