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(dessin d'une encyclopédie
du début du 20e siècle)

voir aussi pages :


Saint-Pierre



Tour de la Barrière
à Montbrison

 

Conception
David Barou
textes et documentation
Joseph Barou


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Forez
 



Montbrison, quartier du palais de justice,
(aquarelle de Raymond Barnier)

Le dôme
et les martinets
de la Colline

Pour qui regarde Montbrison des premiers contreforts des monts du Forez, le dôme du tribunal est pour l'œil l'un des premiers points de repère. Sa silhouette est si familière aux habitants qu'il est presque devenu un symbole de la ville. Et, à ce titre, il figure d'ailleurs sur plusieurs logos.

Le monument a trois siècles d'histoire. Les Montbrisonnais le doivent aux Visitandines. L'ordre de la Visitation est établi en 1610 à Annecy par François de Sales et Jeanne de Chantal : religieuses cloîtrées se consacrant à la prière et la l'éducation des jeunes filles.

Le 23 avril 1634 les notables de la ville réunis dans la salle capitulaire du couvent des Cordeliers (actuelle mairie) autorise l'installation des Visitandines. Le 7 avril 1643, les premières religieuses arrivent de Saint-Etienne. Pour les loger on achète pour 8 500 livres la maison de Pierre Lhéritier, docteur-médecin, située place de la Barrière, où se trouve maintenant le perron de du palais de justice.

Enjambons franchement la rue

La demeure est insuffisante pour établir un couvent. En 1646, comme elles possèdent un jardin, de l'autre côté de la rue, les religieuses obtiennent le droit de construire une voûte pour réunir leurs biens. Elles enjambent alors bien vite la rue des Fours-banaux. De plus elles sont autorisées à "faire tirer de la pierre en la motte et château de Montbrison". Une immense carrière s'offre ainsi à deux pas.

Désormais, rien ne les arrête. D'autres parcelles sont achetées. En 1768, sur les plans de l'architecte montbrisonnais Durand Aubert s'élève un grand corps de logis avec un toit en carène de navire. Le monastère, en plein essor, compte près de quarante sœurs et des dizaines de pensionnaires, jeunes filles de bonne famille. Il possède des domaines, prête de l'argent aux particuliers…

En 1700-1701 a lieu la construction de l'église Sainte-Marie, l'actuel palais de justice :
55 000 livres. L'édifice est coiffé d'un superbe dôme, œuvre du Dijonnais Martin de Noinville, élève de Mansart. Coût : 12 000 livres. Le monument a plus d'éclat qu'aujourd'hui. Le lanterneau est recouvert de plomb doré comme les nervures et les œils-de-bœuf qui existaient à l'origine. Comble de luxe, en 1717, un certain Jean Jourjon de Saint-Etienne pose une l'horloge sonnant les quarts, les demis et les trois quarts pour 280 livres. Une broutille ! Les Visitandines peuvent être fières de leur chapelle. A deux pas, la vieille église paroissiale Saint-Pierre paraît presque chétive.

Pourtant le voisinage est inquiétant. La tour de la Barrière, toute proche du dôme, abrite une fabrique de poudre, industrie on ne peut plus dangereuse. D'ailleurs, en 1717, elle flambe et l'incendie cause quelques dégâts au couvent voisin. Mais il y a plus de peur que de mal.

Les martinets sont encore là…

Le monastère est en bordure d'un quartier mal famé. La colline forme un vaste terrain vague coupé de sentiers et parsemé des restes du château, de caves, de bicoques et de petits jardins. Les filles publiques et les coupeurs de bourse s'y retrouvent volontiers. Des milliers de martinets ont élu domicile dans les ruines du donjon et du château comtal. Auguste Broutin, dans son ouvrage "Les couvents de Montbrison", rapporte que des oisifs viennent les abattre à coups de fusil. Cela trouble le repos des Visitandines qui obtiennent, en 1732, l'interdiction de cette pratique.

Arrive la Révolution. Le couvent Sainte-Marie, sa chapelle et son dôme connaissent de nombreux avatars : cour d'assises, tribunal, gendarmerie, prison… jusqu'à l'école de musique d'aujourd'hui. Le cloître a été démoli, le dôme a perdu ses dorures. Mais les martinets peuplent encore le ciel de la colline. Ecoutons leurs cris perçants les beaux soirs d'été…

Joseph Barou


Pour en savoir plus :
Auguste Broutin, Histoire des couvents de Montbrison.

[La Gazette du 27 avril 2007]