Retour à l'accueil

 
 
 

Buste du docteur Emile Reymond
(monument aux morts de Montbrison)

 

Voir aussi
les pages spéciales :

 


Emile Reymond

 


Meeting d'aviation

 

 

 

 

Conception
David Barou
textes et documentation
Joseph Barou


questions, remarques ou suggestions

s'adresser :

Forez
 



L'église de Bouthéon


1912, inauguration du

"champ d'aviation"
de Bouthéon


1912 : l'aviation, encore à ses débuts, passionne le pays. Le rêve d'Icare devient possible. Certains voient le côté sportif, d'autres les aspects techniques et commerciaux. Les militaires devinent que ce sera une arme redoutable.

Les "stations d'atterrissage" se multiplient. La plaine du Forez est propice, Bouthéon a très vite la sienne. D'autant plus qu'à Montbrison le sénateur Reymond s'est fait l'apôtre de l'aviation. Bouthéon n'est pas encore fiancé à Andrézieux. La station se résume à un vaste hangar et un " champ " bien aplani où batifolent quelques aéroplanes. Son inauguration a lieu en grande pompe en octobre 1912.

Le circuit forézien

Le samedi 19 a lieu la cérémonie officielle avec les autorités civiles et militaires. Un représentant du ministre de la Guerre est là. La presse locale annonce l'événement et s'interroge : " volera-t-on ? " Ce n'est pas sûr. Cela dépend encore beaucoup de la météo. Le lendemain, dimanche 20 octobre, il y a grande fête à "Bouthéon-Aviation". On annonce une course : le " circuit forézien " de 400 km ouvert aux audacieux pilotes.

Il s'agit de parcourir cinq fois 80 km. Départ de Bouthéon droit sur le nord jusqu'à Feurs puis Balbigny, ensuite cap sur Boën puis retour au point de départ. Vol chronométré avec des observateurs qui s'assurent du passage au-dessus des villes citées et qui aussitôt téléphonent aux organisateurs.

La foule se presse autour du "champ". Il faut payer sa place : 0,50 F pour la pelouse - disons l'herbe - pour le commun ; 1 franc pour les premières avec un siège et… 10 F pour les tribunes ! C'est cher mais on est alors tout près des officiels. La compagnie P.L.M. a prévu des trains spéciaux au départ de Lyon, Saint-Etienne et Clermont. L'arrivée se fait à la Fouillouse où les voyageurs prennent l'autobus pour aller à Bouthéon. Le grand jeu ! Le maire du village a pris un arrêté pour interdire le stationnement sur les routes voisines, aussi un "garage" est prévu pour les voitures automobiles et hippomobiles confondues. Il en coûte 1 F par voiture ou 4 F si les passagers se rendent aux tribunes. Pour ce prix chauffeurs et cochers ont le droit de rester sur place pour surveiller les véhicules.

Les appareils sont prêts dès 7 h. A 9 h, départ échelonné des concurrents. Sept sont prévus mais Gilbert parti de Paris la veille n'arrive que vers midi et manque le départ. Restent : Vidart, Molla, Burel, Obre, Guillaux et Bobba. Entre chaque circuit les machines volantes se reposent un court moment pendant lequel les mécaniciens les auscultent. Ce n'est pas inutile. Deux aviateurs, Bobba et Burel, abandonnent après le premier tour à cause d'ennuis de moteur !

Après cinq tours et une lutte acharnée le classement est établi. Vainqueur : Molla, 400 km en 3 h 55 min, soit une moyenne d'un peu plus de 100 km/h ; 2e : Guillaux en 4 h 18 min ; 3e : Obre, 4 h 42 min ; 4e Vidart, 4 h 50 min.

Adrien Eugène Gilbert

L'après-midi, les aviateurs prennent part à un concours de hauteur, une épreuve non prévue au programme. Et là, c'est Gilbert le retardataire du matin qui triomphe. Il atteint 2000 m. Il monte tant et si haut qu'il paraît vu d'en bas, un point imperceptible bientôt masqué par un nuage. La réunion s'achève à 5 heures de l'après-midi. Le soir un banquet réunit organisateurs et autorités. Le sénateur Reymond est de la partie, bien sûr.

Mais revenons un instant au vainqueur du concours d'altitude. Ce pilote téméraire est un voisin, un Auvergnat. Adrien Eugène Gilbert, né à Riom en 1889, effectue dès 1912 les premiers voyages de ville à ville. Il participe à un tour de France aérien, reçoit des coupes… Pendant la Grande Guerre il se distingue dans l'escadrille 26, celle de Roland Garros. Il se tue en 1918 au cours d'un essai à Villacoublay. Destin tragique mais commun pour un authentique pionnier de l'aviation .


Joseph Barou

Sources : presse locale, notamment l'Avenir Montbrisonnais (mars 1912).

[la Gazette du 7 septembre 2007]