Chez le tonnelier

Montbrison, 1983, reportage et clichés et dessins d'Anne L. et de Pascale P.


Naissance d'un tonneau

Dans la forêt le bûcheron marque les arbres à abattre au moyen de la hachette. Autrefois beaucoup de matières premières étaient récupérées au moment de l'abattage. Le bûcheron fendait l'écorce avec un fendoir et la soulevait avec l'écorçoir. Cette écorce, lorsqu'il s'agissait de chênes ou de châtaigniers, était mise en bottes et livrée aux tanneries qui l'utilisaient pour la fabrication du tan.

Avant d'abattre les arbres, il couvenait de s'assurer d'une époque favorable. "Il faut abattre le bois en lune vieille et par vent de bise, alors il se conservera. Si on l'abattait en lune nouvelle et par vent matinal il pourrirait."Mais il faut aussi tenir compte de la saison, les bois abattus vers la fin de l'hiver, avant la montée de la sève sont les meilleurs.

Une fois l'arbre abattu le tonnelier demande à un spécialiste de le lui débiter en merrains puis en douves. Le fendeur de merrain élimine le coeur de l'arbre. Il le scie en épaisses grumes dont la longueur correspond approximativement à la dimension des douelles commandées par le tonnelier. Ces billes sont ensuite débitées à la hache puis à la masse et au coin. Le fendeur de merrain conserve uniquement la partie dure et cohérente du bois. L'aubier, la partie tendre et juteuse qui se trouve immédiatement sous l'écorce, est inutile. Les fibres doivent être serrées et denses pour sécréter une quantité suffisante de tanin pour la coloration et la conservation du vin et de l'alcool.

Les planches débitées sont réparties selon leur taille et leur volume. Le merrandier s'aide de la plane pour équarrir et aminçir les futures douelles. C'est un travail de précision qui nécessite un coup d'oeil constant, travail apparemment simple mais qui demande une continuelle sûreté d'appréciation.

 

Les outils du tonnelier

1 - La clef : il en existe une adaptée à chaque dimension de tonneau. Elle donne l'inclinaison du joint de la douelle.

2 - Le rognoir sert à biseauter les rebords du fût pour former le chanfrein.

3 - La chasse permet d'enfoncer les cercles.

4 - La plane biseaute les fonds du fût.

5 - L'herminette a le même rôle que le rognoir mais elle est employée pour les fûts de plus grande dimension.

6 - La plane creuse pour évider les douelles.

7 - Le compas est employé pour tracer le fond.

8 - 9 - La bouterolle et le poinçon servent à river les cercles.

10 - Le jabloir creuse la rainure qui recevra le fond.

11 - La bigorne est une petite enclume posée sur un plot de bois.

12 - Le banc du tonnelier facilite le biseautage du fond.

13 - La marteau est utilisé à divers moments de la fabrication.

1

Le matériau de base du tonnelier se nomme la douve ou douelle ; c'est une planche rectangulaire et de largeur variable. Elle va être travaillée avec la plane creuse, c'est l'évidage. Puis on va accentuer le renflement naturel de la planche. C'est le dolage qui va être effectué avec la doloire. Les douelles, une fois achevées, sont passées sur la colombe (1), afin d'en biseauter les extrémités.

2

Il existe une clef différente pour chaque dimension de tonneau. C'est avec l'une d'elle que l'on vérifiera l'inclinaison de chaque joint (2), vingt à trente douelles vont ainsi être façonnées.

3

Il est maintenant possible de procéder au montage. C'est à l'aide d'un cercle ou moule que l'on va placer une par une, toutes les douelles, les unes contre les autres pour former le pourtour du tonneau (3).

 4

Ce montage est ensuite enserré d'un second cercle enfoncé avec la chasse. La ruche est constituée (4).

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Le tonneau ainsi fermé dans sa partie supérieure est encore ouvert à la base. Pour placer les derniers cercles il convient donc de faire "travailler" le bois. Le tonnelier, après avoir pris soin d'arroser abondemment les douelles, va allumer un feu de copeaux au milieu de la ruche. Sous l'effet de la chaleur et de la vapeur d'eau le bois va chauffer, "travailler", s'assouplir. C'est le cintrage. Lorsque le feu est éteint, il est alors aisé de refermer les douelles, doucement, à l'aide d'un câble. C'est le billage. Toutes les douves se rejoignent maintenant exactement. Il est possible de poser les derniers cercles afin de ceinturer le col du fût (5).

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Le tonneau a pris sa forme définitive. Il est dressé puis passé au racloir afin d'effacer les rugosités extérieures et le rendre lisse et uni (6)

 7

Il ne manque plus que les fonds. Le fût est posé sur la chaise à rogner et creusé à chaque extrémité avec le jabloir. C'est ici que les deux fonds viendront se loger (7).

  8

Le chanfrein est biseauté avec l'herminette lorsqu'il s'agit d'un fût de grande capacité, ou avec le rognoir, comme c'est le cas présent (8).

 9

Le tonnelier dispose plusieurs planches et trace au compas les futurs fonds (9).

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Ces planches sont ensuite assemblées avec des goujons (sorte de petites pointes sans tête). Il est aussi possible d'intercaler un jonc qui servira de joint (10) (11).

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Le fond est alors découpé avec la scie à ruban (12).

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C'est avec la plane que vont être taillés les bords du fond. Ce travail est effectué sur le banc du tonnelier. Le fond est prêt. Les cercles des extrémités vont être ôtés pour faciliter le fonçage, c'est-à-dire la mise en place du fond. Il suffit maintenant de cercler à neuf (13) (14).


 15

 

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Le cercle est pris dans un rouleau de feuillard. Il est biseauté à l'une de ses extrémités, et c'est avec quelques coups de marteau qu'il va commencer à prendre forme. Le cercle n'est pas soudé mais rivé. Ce procédé assure une meilleure résistance. Cette opération s'effectue sur la bigorne, une sorte d'enclume posée sur un plot de bois (15) (16).

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Le cercle peut maintenant être mis en place autour du fût, enfoncé par la chasse et le marteau (17).

Le cerclage n'a pas toujours été fait avec des cercles de fer. Autrefois cette opération était effectuée par le cerclier. Cet artisan travaillait près des taillis de châtaigniers où il coupait les jeunes pousses de six à huit ans. A l'aide d'une serpette, elles étaient fendues en deux suivant le creux de la moelle. Ce travail, très délicat, nécessitait une grande adresse. L'écorce ne devait pas être abîmée dans un souci d'esthétique. Les branches flexibles, une fois travaillées, étaient cintrées dans un moule spécial. Elles allaient ensuite embellir les fûts qui pouvaient ainsi être roulés sans bruit.
                                                                                                              (Anne L. et Pascale P.)

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*       *

Le dernier tonnelier de Montbrison

C'était il y a un quart de siècle, chez Henri Liaud, tonnelier



Montbrison, boulevard de la Madeleine, l'atelier est ouvert

et le tonnelier est à son ouvrage...

Casquette, tablier de cuir, galoches et le "rognoir" en main
pour biseauter les rebords du fût.

Gestes précis pour un travail patient et minutieux ...



Le "jabloir" a creusé la rainure qui recevra le fond du tonneau.

Travail au "banc" avec la plane pour biseauter le fond du fût :



beaucoup d'attention.



pour un travail parfait.



C'est réussi.



Mise en place du fond.

Le "banc" de tonnelier

La bigorne



Préparation des cercles.



Le tonneau est fini.



Les outils ont sagement repris leur place.

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(1926, "réclame" tonnellerie Liaud, presse locale)

 

Facture d'un tonnelier, Montbrison, 1912


Voir aussi deux articles
:

Pierre-Michel Therrat, Velte pour jauger les tonneaux, Village de Forez n° 89-90

Pierre-Michel Therrat, Méchage des fûts, Village de Forez, n° 97-98

et les pages :


Conception
David Barou
textes et documentation
Joseph Barou


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30 janvier 2015