Patois vivant

 

Kokou contu d'odyéchu


de Jean Chassagneux

 

Ma gran mère lo Glôdine

Ma grand-mère Claudine

lu par l'auteur
(2004)

pour écouter cliquer ci-dessous

(5 min 43 s)

Mo gran mère lo Glôdine

Yo kokun k'o dye : "Erou eklou k'an odyu no gran mère è in gronie" (1). E be me, ai odyu lou dou. Vo vou porla, pa dô gronié, z'è dedzouo fai, ma de mo gran mère moternelo : lo Glôdine de vé Bounaire.

S'opelève Claudine Mosnier. Ere néchouo in 1856 vé Tsoterne din no de lo coumuno de Sin Dzouan. Son père Jacques Mosnier ère néchu vé Dzouanjê, tché Této. Ai Truvo set Jacques Mosnier, tou de porin. Me ye së in pouo pordyu dedyin. Ekö que fugai mon gran père bele s'ère morio ô no feno de vé Dyumère : Benoîte Courat.

Kô Dzak ère nèchu in 1814. Ere éto sudar o vint'an. ai gordo son caskou, son schako, ovec le dze in cuivre qu'ébeyuère. Le mondu que le veyon le prenon po l'aigle de Napoléon : ô se trompon tou.

Etan dzuënu oye filo o Bourdyo ô son frère è d'otrou dô poyi. Filèvon o piè ovec in popié dô curo, dô mère ou de lou jandarmou. Trë semane opré èron orivo. Lé truvèvon de mondu de louron poyi que se l'é yèron étobli. Filèvon o l'in doré po séta de boué. Eron sétère de lon : un métié fran pegneblu. Le ju y demourèvon ma in'uvar, d'otrou y fojon plujuré sézou.

Le frère de mon gran père bele se lé y'étobliai è se ye moriai. Lé réuchai fran olôr que d'otrou y mindzèron louré braye. Oye épouso lo fille de vun qu'ère néchu vé Montorché. Ekin vo dyere qu'oyon pa filo sin sôbë vont'olèvon. Me n'orière gran père y demourai kokou tin, savou pa exactomin combian.

Ma ô bou de kokë sézou so pretindyo, mo future gran mère beleto, couminsève o truva le tin lon. Ere veyansano è y fozai dyere : "Te fo tourna che voulin nou moria". Klo Benoîte Courat ère néchouo vé Dyumére in dyije vui sin vinto quatre. Se morièron in 1855 è mo gran mère lo Glôdine néssai le trante vun de Tsolande 1856. Ogai douë z'otré sère plu dzouëne ma que vikèron pa.

Donc lo Glôdine ère fille unique. Deye faire no dzinto fille. Ere ola o l'écouolo, se qu'ère rare de kö tin. Dyin le mozadzu de Tsétarne yoye ma yelo que soye écrire. Ô foje lé letre o lou sudar è leye lé réponse. N'oye vun que possai set an in Cochinchine. Lo Glôdine s'ocupève de son courié.

Soye écrire, ma churtu oye pa le breteyu (2). Soye bian dyere. Tsa couo oye be lo yïngo pouintyuo… E ovansève suvin de dyere. Oye pö de re, demourève jomai prësso. Orye koje fai teta in vé crovo, coumo nan dye.

Kan fugai le mouman lou pretindan mankèron pa. Yo n'o vintaine d'an ê truvo in ta de letre que mo gran mère oye ékondyu. Yoye trë dzuènu que lo vouyon. Vun de vé Setantegne, vun de vé Sin Boune, l'otru de vé Stétiène. Gnoye mémou vun de klou tré que y'écreye in ver, che vou plai !!! Ekin dyurai djuko in'an ovan son moriadzu.. ovec in katryèmou, mon gran père Jan Mori de vé Bounaire. Son nu ère Jean Marie Poyet. Soye lire è écrire, creyu, ma churtu oye de bian, ère "propriétaire", è demourève radjebu.
Ere néchu in 1853. Venai demoura vé le Vordié dyin no mësu qu'ère cho. Ô bou de koké sézou fozèron batyi nôtro mësu. Oguèron trë fille : lo Mori Lise qu'épousai Paul tché Tsampagne de vé Mordjerio, mo mère lo Toinette, è pë veno que merè dö group o quatre an.

Mon gran père odyusai ô se le churenu de mo fomille. Vegne de vé Bounaire vont'ère néchu, in violadzu de Sin Dzordzu. L'opelèvon Jan Mori de vé Bounaire. O duno le nu o lo mësu o de klou que l'an obito, è mémou o l'indré. N'in së vun, me, Jean de vé Bounaire. Le mondu d'ochu m'opèlon coum'ékin, ou be le curo de vé Bounaire. Ai douë z'identyetai, coumo tu le mondu dö poyi.


Ma grand-mère Claudine

Quelqu'un a dit : "Heureux ceux qui ont eu une grand-mère et un grenier". Eh bien moi j'ai eu les deux. Je vais vous parler, non pas du grenier, je l'ai déjà fait, mais de ma grand-mère maternelle : Claudine de Bonaire.

Elle s'appelait Claudine Mosnier. Elle était née en 1856 à Chantereine, en haut de la commune de Saint-Jean. Son père Jacques Mosnier était né à Jouansiecq, chez "Téte". J'ai trouvé sept Jacques Mosnier, tous apparentés. Je m'y suis un peu perdu dedans. Celui qui fut mon arrière-grand-père s'était marié avec une femme de Gumières : Benoîte Courat.

Ce Jacques était né en 1814. Il avait été soldat à vingt ans. J'ai gardé son casque, son schako, avec le coq en cuivre qui brille. Ceux qui le voient le prennent pour l'aigle de Napoléon : ils se trompent tous.

Etant jeune il était parti à Bordeaux avec son frère et d'autres du pays. Ils partaient à pied, avec un papier du curé, du maire ou des gendarmes. Trois semaines plus tard ils étaient arrivés. Ils y trouvaient des gens de leur pays qui s'y étaient établis. Ils partaient à l'automne pour scier du bois. Ils étaient scieurs de long : un métier très pénible. Certains y restaient seulement un hiver, d'autres y faisaient plusieurs années.

Le frère de mon arrière-grand-père s'y établit et s'y maria. Il y réussit tout à fait, alors que d'autres y mangèrent leurs culottes. Il avait épousé la fille d'un homme né à Montarcher. Ce qui veut dire qu'ils n'étaient pas partis sans savoir où ils allaient. Mon arrière-grand-père y resta un certain temps, je ne sais pas exactement combien.

Mais au bout de quelques années sa promise, ma future arrière-grand-mère, commençait à trouver le temps long. Elle se sentait vieillir et lui fit savoir : "Il te faut revenir si nous voulons nous marier". Cette Benoîte Courat était née à Gumières en 1824. Ils se marièrent en 1855 et ma grand-mère, la Glaudine, naquit le 31 décembre 1856. Elle eut deux autres sœurs plus jeunes mais qui ne vécurent pas.

Donc la Glaudine était fille unique. Elle devait faire une jolie fille. Elle était allée à l'école, ce qui était rare de ce temps-là. Dans le hameau de Chantereine elle était seule à savoir écrire. Elle faisait les lettres aux soldats et lisait leurs réponses. L'un d'eux passa sept ans en Cochinchine. La Glaudine s'occupait de son courrier.

Elle savait écrire, mais surtout elle avait le fil bien coupé. elle savait très bien dire. Parfois elle avait bien la langue un peu pointue… Elle exagérait souvent. Elle n'avait peur de rien et ne restait jamais prise. Elle aurait presque fait téter un veau crevé, comme on dit.

Quand ce fut le moment les prétendants ne manquèrent pas. Il y a une vingtaine d'années j'ai trouvé un tas de lettres que ma grand-mère avait cachées. Il y avait trois jeunes qui la désiraient : un de Saint-Anthème, un de Saint-Bonnet-le-Château, l'autre de Saint-Etienne. Il y en avait même un des trois qui lui écrivait en vers, s'il vous plaît !… Cela dura jusqu'à un an avant son mariage… avec un quatrième, mon grand-père Jean Marie de Bonaire. Son nom était Jean Marie Poyet. Il savait lire et écrire, je crois, mais surtout il avait des biens, il était propriétaire et il habitait à proximité.
Il était né en 1853. Il vint demeurer au Verdier dans une maison qui lui appartenait. Au bout de quelques années ils firent bâtir notre maison. Ils eurent trois filles : Marie Louise qui épousa Paul "chez Champagne" de Margerie, ma mère Toinette, et une qui mourut du croup à l'âge de quatre ans.

Mon grand-père amena avec lui le surnom de ma famille. Il venait de Bonaire où il était né, un hameau de Saint-Georges-Haute-Ville. On l'appelait Jean Marie de Bonaire. Il a donné le nom à la maison, à ceux qui l'ont habitée, et aussi à l'endroit. J'en suis un, moi, Jean de Bonaire. Les gens de là-haut m'appellent comme ça, ou bien : le curé de Bonaire. J'ai deux identités comme tous les gens du pays.
(1) Voir : "Ce haut Forez que j'aime", Village de Forez, 2003.
(2) Le breteyu : c'est quand on a le fil (de la langue) mal coupé et qu'on bredouille. Pour cette opération ça coûtait, dit-on, 20 sous. Dire de quelqu'un : "on ne lui a pas volé ses vingt sous", c'est dire qu'il a une bonne langue.

 

Extrait de l'ouvrage du Père Jean Chassagneux : Quelques histoires de là-haut,
Village de Forez, 2004, Centre social de Montbrison


Retour


Ecoutons le patois du Forez


Patois de St-Jean

Patois du Forez



Retour page accueil