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La tour de Moingt vers 1880
d'après une photo ancienne
(archives Diana)

 

 


Concernant la pauvreté
voir aussi la page spéciale


Les vols alimentaires
au 19e siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La petite allumette familière

La vieille marchande d'allumettes
et le gendarme

Les allumettes. Une belle trouvaille ! Depuis le temps de "La Guerre du Feu" les hommes ont cherché un moyen commode d'allumer et de porter la précieuse flamme. La foudre ne tombe pas chaque jour, grâce à Dieu. Ce fut donc une préoccupation quotidienne. Car même avec de l'amadou bien sec, il faut battre longtemps le briquet. Rappelons-nous Pierrot qui est au clair de lune, dont la chandelle et morte et qui n'a plus de feu.

Phosphore blanc ou phosphore rouge

On utilisa d'abord des bûchettes, les chènevottes, dont le bout était trempé dans du soufre fondu. Elles ne s'enflammaient qu'au contact du feu. En 1809, arrivent les allumettes chimiques qui utilisent de l'acide sulfurique. Pas très commode ! En 1831, un certain Charles Sauria, collégien à Dôle (Jura) invente les allumettes phosphoriques. Très bien, mais le phosphore blanc est trop inflammable. On le remplace, sur le frottoir, par du phosphore rouge. L'allumette devient enfin pratique. Elle est presque indispensable aux fumeurs. Belle occasion pour l'associer au tabac et la taxer !

La loi du 2 août 1872 impose le monopole de l'Etat pour la fabrication et la vente des allumettes chimiques. Aussitôt naît une production clandestine. De petits trafiquants se procurent du soufre et du phosphore. De petits blocs de bois tendre fendus sur une partie de leur longueur sont trempés dans différents bains. Les allumettes ne sont détachées qu'au moment de l'utilisation.

Chasseur de taupes et marchand d'allumettes

Ils fabriquent, tant bien que mal, des allumettes un peu rustiques. Plutôt bien d'ailleurs car elles sont réputées de meilleure qualité que celles de la Régie. Elles s'enflamment même trop vite. Le paquet entier peut brûler d'un seul coup si le dosage n'est pas bon !

Des colporteurs proposent leur marchandise dans la campagne. L'abbé Jean Canard, l'historien du Roannais, se souvient d'un individu nommé Morel, originaire de Montbrison, qui passait, chez lui, à Saint-Romain-d'Urfé, dans les années 1920 :

"Officiellement, il vendait de la mort aux rats et divers produits empoisonnés pour se débarrasser aussi bien des petits rongeurs : souris, mulots que des taupes, cafards, cloportes, limaces… Mais tous ses clients savaient qu'on pouvait aussi lui demander des allumettes de contrebande".

Pas de pitié pour la veuve Aufray !

Ce trafic était souvent le fait de petites gens. Il ne rapportait que quelques sous et n'était pas sans risques. Ainsi, en novembre 1908, à Montbrison, le gendarme Mercier prend en flagrant délit de colportage d'allumettes de contrebande la nommée Marie Pitelet, veuve Aufray, une habitante de Moingt.

Cette femme âgée de 77 ans est sans profession. A n'en pas douter, c'est l'indigence qui lui fait pratiquer ce commerce risqué. Qu'importe, il y a la loi. Pas de pitié ! Le gendarme verbalise. Pire, la bonne vieille va en prison "en attendant qu'une solution soit donnée, par l'administration des contributions indirectes, à son offre de transaction" comme le relate "l'Avenir Montbrisonnais". Pour un tel crime, elle risque une amende de 300 à 1 000 F et de 6 jours à 6 mois de prison ! On ne sait comment finit son affaire.

Depuis, beaucoup d'autres manières de faire du feu sont apparues. L'allumette a perdu de son importance. Au début des années 1990 le monopole de l'Etat est tombé. En 1995, la Société d'Exploitation Industrielle des Tabacs et Allumettes (la SEITA) a même été privatisée. Mais on peut encore la craquer, la petite allumette familière. Elle est plus poétique que le briquet à gaz. Elle seule convient vraiment pour allumer une bougie. Ou, mieux encore, un cierge.

Joseph Barou

[La Gazette du 30 mai 2008]

Sources : presse locale, Jean Canard, C'était… hier (souvenirs).

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Fabrication d'allumettes
de contrebande

(Extrait du journal le Montbrisonnais
du 4 février 1911, page 2)