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Conception : David Barou
textes et documentation  : Joseph Barou

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Forez
 




Le pont d'Amoind
à Roche

"aide-toi et le ciel t'aidera"

Roche, en Forez, dimanche 13 mars 1785. Convoqués au son de la cloche, "à la manière accoutumée" , les chefs de feu de la paroisse se retrouvent sur la place de l'église après la grand-messe. Ils sont 33 comparants devant le notaire Dupuy. Ces laboureurs du Bourg, du Creux, de Rocheberanne, de Seynaud, du Champ, de Foin, du Vernay. de Jean Petit, de la Griote, de Montvadan, de la Fougère, de la Côte, des Amaruts et du Coignet forment, dit le procès-verbal, "la plus grande et saine partie des habitants".

Faut-il changer la planche sur le Vizézy ?

Pourquoi cette assemblée paroissiale ? Pour une question d'importance. Il s'agit de décider s'il faut réparer la passerelle qui franchit le Vizézy entre le village de Foin et celui de la Brosse, paroisse d'Essertines, au lieu-dit "le pont d'Amay". Pour passer la rivière, les habitants y ont installé une modeste "planche" en bois de sapin. Elle ne peut être franchie que par les piétons. Un gué, tout près, sert au passage des attelages. Il est souvent impraticable, "tant à cause des crues, des grosses pierres qu'elles y charrient que des glaces".

Il faut réparer cette planche qui est pourrie et cassée. Le danger est grand. L'hiver précédent, plusieurs passants ont failli périr. Depuis longtemps les habitants désirent un vrai pont, en pierre, mais, précise le procès-verbal, la pauvreté de la paroisse éloigne toujours ce projet. Va-t-on y arriver ? Et comment le bâtir ? Nos gens délibèrent - longuement sans doute - avant de décider, à l'unanimité, de construire un pont.

La contribution de tous

Chacun y mettra du sien. Maître Dupuy rédige avec soin les conventions. Pour la taille des pierres et la construction de l'ouvrage on demande un "prix fait " (un devis) à des professionnels : deux charpentiers, Pierre Desfarges, d'Arcy (Essertines) et son fils Jean-Baptiste, de Saint-Bonnet-le-Courreau. La pierre est tirée le plus près possible du chantier et voiturée par les habitants. De même, ils offrent le bois nécessaire pour fabriquer le "moule" de l'arche.

Pierre Vial et Antoine Meunier, deux laboureurs des Brosses, participent à l'assemblée. Ils sont de la paroisse d'Essertines mais le nouveau pont leur sera très utile. Ils fournissent donc le sable nécessaire qui est pris dans le Vizézy. De plus ils réparent le chemin entre la Brosse et le pont afin de le rendre carrossable. Pour accéder au nouveau pont, à partir de Foin, le chemin est modifié et réparé. Plusieurs propriétaires doivent le laisser passer sur leur "héritage". Tous les habitants y travaillent avec leurs outils, à tour de rôle, suivant les ordres du syndic.

Il reste à payer ce qui est donné en entreprise. La communauté des habitants de Roche décide d'utiliser "quelque somme provenant des reinages et fêtes de Saint-Martin qu'elle a ramassée depuis nombre d'années pour cet objet". Cet argent déposé dans le coffre de la marguillerie est bien distinct du revenu de la paroisse. Le profit venant des festivités publiques sert ainsi à tous.

Aide-toi et le ciel t'aidera

Enfin la communauté désigne comme syndic Gabriel Paley. du village de Seynaud. Il a tout pouvoir pour traiter avec les entrepreneurs et organiser le travail des habitants. Le pont mesure 18 pieds de long, 10 de large et coûte 500 livres. 100 livres sont payées d'avance, 100 livres lorsque la moitié de l'ouvrage est fait et 300 à la fin des travaux. Les Desfarges, père et fils, répondent du pont pendant dix ans.

Un joli ponceau fut construit. Aujourd'hui, Il y a encore un pont sur le Vizézy en ce lieu. On le nomme le "pont d'Amoind". Tout à côté, se trouvait, il y a encore peu de temps, le "gros Fayard".Ce modeste ouvrage d'art témoigne du fait que nos ancêtres avaient compris l'adage :
"aide-toi et le ciel t'aidera !"

Joseph Barou

[La Gazette du 22 février 2008]

Sources : fonds Thevet, archives privées.