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Joyeuses Pâques
(carte postale du début du 20e siècle)

 

 

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La promenade du bœuf gras dans un bourg de l'Ile-de-France, en 1912

(carte postale ancienne]

A la Belle-Epoque
Fêtes de Pâques :
le triomphe du commerce montbrisonnais !

Les vieilles coutumes ont disparu. C'est le cas de la plupart de celles qui entouraient la fête de Pâques. Il y a un siècle, le temps pascal était fortement marqué tant sur le plan religieux que sur le plan civil et économique. Fête du printemps avec l'abandon traditionnel de la tenue d'hiver pour celle des beaux jours. Le chapeau de paille réapparaît. Surtout, le temps est faste pour le commerce après les pénitences de carême ! Seuls les poissonniers font grise mine.

A Montbrison, pour préparer Pâques, un usage immémorial voulait que les devantures soient décorées pour le Jeudi Saint. C'était, d'une certaine façon, un contrepoint aux festivités de Noël et de fin d'année. En 1904, le journal local " l'Avenir montbrisonnais ", consacre un reportage à l'aspect mercantile des fêtes pascales. La " Tupinerie ", le principal axe commerçant de la ville, est tout particulièrement concernée.

Bazar Dupayrat : " Au bonheur des dames"

Les magasins de tissus ont la vedette, surtout celui de M. Brun : " L'œil ébloui ne sait qu'admirer le plus… des soieries Pompidour, de toutes teintes, rosées, mauves, vertes, bleu tendre, avec d'éblouissantes théories de fleurs fantaisie, ou des Louisines brochées dont les jours délicats et les teintes liliales ou rosées doivent fournir de délicieux corsages aux transparences discrètes ". Et le chroniqueur, charmé et lyrique, cite encore les plumetis de Tarare, les étamines de Saint-Quentin. Il évoque même Pierre Loti et ses " mousmés ". Nous sommes presque au grand bazar d'Istanbul… Quant à Gonnard, le concurrent de Brun, il tente de rivaliser en installant une " scène vivante " avec ses mannequins !

Le bazar Dupayrat (devenu plus tard " Les Galeries Modernes ") a mis tous les articles dehors. C'est comme au " Bonheur des Dames " cher à Emile Zola.

Plusieurs cordonniers montrent des chaussures dignes "d'ambassadeurs ou de reines", pas moins ! Notons encore parmi les commerces remarqués, deux enseignes réputées : " la Belle Jardinière " et la " Ville de Lyon ". Pour la confiserie, MM. Cour, Buffaz et Motte ont déployé leurs talents : des trésors de gourmandise, dit-on. Le bijoutier Morel a sorti tout ce qui brille.

Dernière promenade des bœufs gras

Cependant la palme revient aux bouchers et aux charcutiers. Le mercredi et le jeudi saint, ils ont promené des bœufs gras fleuris et enrubannés à travers la ville : "de superbes bêtes, holocaustes prochains des fêtes de Pâques". Coutume ancienne, semble-t-il, qui perdure encore à Montbrison au début du 20e siècle. La "Boucherie forézienne" de M. Garnier présente à sa devanture deux bœufs entiers entourés de trois veaux superbes, de moutons et d'agneaux. Le tout décoré de feuillages et de fleurs. On cite encore Bordet, Chauve, Plassard, Giraud… Pâques est un jour béni pour la profession ! Dans nombre de familles, pour une fois, de " la viande" paraît à table. Le "cul de veau" remplace le poisson ou l'habituelle cochonnaille.

Le reportage se termine sur une note moins gaie. M. Cheuzeville, marbrier au 37, rue Martin-Bernard, présente son chef-d'œuvre. Un monument funéraire ! Le buste en marbre d'un notable, M. Crépet, huissier, maire de Saint-Georges-Haute-Ville, un travail paraît-il remarquable. Tout à fait semblable à la photo du défunt ! Au-dessous, le sculpteur a aussi réalisé "une pleureuse, agenouillée d'une expression saisissante pour symboliser la famille éplorée". Curieuse conclusion pour célébrer la joie pascale !

Retenons surtout que Montbrison est un centre commercial actif. La ville est petite mais possède, tout comme aujourd'hui, un centre-ville bien achalandé. Et la ville est le rendez-vous obligé, pour emplettes, de tout le pays montbrisonnais.

(Joseph Barou)

Sources : presse locale et, notamment " l'Avenir Montbrisonnais", du 3 avril 1904.

[la Gazette du 1er juin 2007]

Le boeuf gras

une tradition qui s'est perpétuée
jusque dans les années 60



Le boeuf gras à Montbrison, Pâques 1962
(cliché de Marguerite Fournier, archives de la Diana)