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Texte en ligne :

Une curieuse
corne à poudre

trouvée à Sauvain (3 p.)

Voir aussi
les pages spéciales :

et le chapitre :

Vie d'autrefois

 

 

Conception
David Barou

textes et documentation : Joseph Barou

questions, remarques ou suggestions s'adresser :

Forez

 



Une curieuse corne à poudre en bois retrouvée à Sauvain.
Elle est datée de 1894 et sculptée de motifs évoquant
la chasse et le loup,
dessin extrait de Patois Vivant n° 13 de nov. 1983

Le grand méchant loup

 


Le loup a longtemps été bien présent et craint en Forez. En plaine comme en montagne, la faim le fait sortir du bois. A preuve, deux petites histoires qui ne sont pas des contes de Perrault. Pourtant y figurent le loup, des oies, une bonne vieille et des
chasseurs.

Le loup et les commères oies

Savigneux, le mercredi 16 novembre 1853. Vers quatre heures du matin, il y a grand tapage près de la ferme de M. Levet, au Vergnon. Renard visiterait-il la basse-cour ? Non, cette fois, il s'agit d'Isengrin. Un loup a pénétré dans la cour et s'est jeté sur une troupe d'oies, des volatiles bien à point qui attendent Noël sans impatience.

Dormant dans l'étable, le nommé Borget, un valet de la ferme, est le premier prêt à réagir. Il saute dans ses sabots, se saisit de quelque outil comme arme et met en fuite l'animal. Mais deux oies ont été égorgées...

Le Diable à Saint-Bonnet-le-Courreau

Passons au pays haut. Au début de janvier 1865, une rumeur court dans la montagne. Le Diable lui-même serait à Saint-Bonnet. Des gens l'ont vu, sous forme de deux monstres qui parcourent le pays. Ils se manifestent la nuit tombée ou très tôt le matin. On ne parle plus que de cela aux veillées... Loups-garous, chasse royale et autres diableries sont de retour... Que se passe-t-il ?

Un habitant du village écrit au très sérieux Journal de Montbrison pour raconter l'histoire et son dénouement. Cette personne, sans doute un esprit fort, ironise un peu : "Plus d'une bonne femme assurait même qu'en allant à confesse elle avait été suivie par ces monstres... Certaines dévotes disaient qu'il était urgent de faire dire une neuvaine pour chasser l'esprit malin du pays... Les préjugés sont nombreux en montagne..."

La poudre plutôt que l'eau bénite

Le dimanche 13 janvier 1865, de bon matin, "une bonne femme revenant de la première messe, accourt tout essoufflée au village de la Thynésie en criant qu'elle a été suivie par deux démons affreux".

Les sieurs Antoine Berlande et Jean Belet, "moins crédules que les autres, saisissent leurs fusils et vont s'embusquer dans un sentier où l'on présumait que le diable allait passer".

A peine sont-ils au poste qu'ils aperçoivent un loup et une louve qui se dirigeaient vers eux. Deux coups de feu partent à la fois et la louve vient rouler expirante à dix pas d'eux. Le loup s'approche de sa compagne et, après avoir léché le sang qui coulait de sa blessure, il se retira à pas lents".

Mais les pétoires ne sont qu'à un coup et le loup, une bête "énorme", s'en va. Dès le lendemain, les braves chasseurs transportent la louve à Montbrison pour obtenir la prime. Le diable n'était autre qu'un gros loup et sa louve.

Et notre correspondant de conclure : "Il est à désirer que pour éloigner des hôtes si dangereux une battue soit faite, et qu'avec l'aide d'un grand louvetier et de sa meute, on fasse une chasse dans nos localités".

Même si, comme le Gévaudan, le Forez n'a pas eu sa "Bête", Sire Loup n'appartenait pas qu'au folklore. Et il était loin d'être le bienvenu.

Joseph Barou

[La Gazette du 3 novembre 2006)

 

Sources : Journal de Montbrison du 24 novembre 1853 et du 20 janvier 1860.

 

L'église de Saint-Bonnet-le-Courreau

 

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