souvenirs
de Thérèse Guillot (née en 1915 à Germagneux,
commune de Saint-Bonnet-le-Courreau) racontés au cours d'une
veillée en patois de Saint-Bonnet-le-Courreau (Loire)
pour écouter cliquer ci-dessous
(4 min 30 s)
Transcription
des enregistrements effectués au cours des veillées
"Patois Vivant"
au Centre Social de Montbrison de 1997 à 1999 par André
Guillot et Joseph Barou
La
Saint-Barthélemy se trouve à la fin du mois d'août.
Quand on était gamins on l'attendait avec impatience. Et
dire ! quand est-ce que ce sera la fête ?
Et, ma foi, quand les travaux étaient finis, on savait ce
qu'on avait à faire la semaine avant la fête. Il fallait
nettoyer un peu partout de la cave au grenier mais surtout la cave
du lait, la cave des pommes de terre... mais certainement pas la
cave du vin, parce que le père disait qu'où il y avait
le vin, il ne fallait pas mettre autre chose. Il disait qu'y mettre
du lait faisait gâter le vin.
Alors on nettoyait, on nettoyait. Ma mère, parfois, me disait
: Tourne pas ça de travers, si vous y tourner de travers,
je ne saurais pas où le prendre.
Je lui disais :
- Mais nous le savons.
- Mais je ne saurais pas où le trouver.
- Mais tu nous le diras, on t'expliquera.
Et bien, quand on avait passé partout, il fallait laver les
vitres. Nous étions assez contents. C'était bientôt
la fête. Quand nous étions enfants, on montait à
la fête. Il n'y avait que ce jour, on était contents,
quoi. Arrivaient les derniers jours de la semaine ; il fallait nettoyer
la cour, la balayer comme il faut, pas faire semblant.
Quand on en avait laissé, mon père me disait : T'en
as laissé là - Tourna fére ! [recommence].
Il fallait enlever le bourdji (déchet de paille),
balayer la grange, enlever les araignées dans l'étable,
tout nettoyer, autant que possible, car si c'était pas fait
comme il faut il fallait recommencer. Nous, on faisait ça
avec courage, on était si contents que ce soit la fête
le dimanche d'après.
Quand arrivaient le mercredi, le jeudi, on voyait que les gens qui
montaient à pied à Saint-Bonnet. Ils portaient au
boulanger ce qu'il faut pour faire la ralisse, la brioche qu'on
appelait la ralisse. Il fallait
apporter la marchandise le dimanche d'avant. Ils avaient vu la boulangère
et ils lui avaient demandé combien il fallait d'oeufs et
de beurre pour faire tant de livres de brioche. On voyait que les
gens qui montaient au bourg et alors on disait :
- Ils sont partis, maman, il y a Untel qui est monté, et
Untel. Ils sont partis faire la ralisse..
- C'est bien obligé, pour la fête, on n'en mange pas
si souvent...
- Tu nous achèteras des pruneaux pour manger avec par exemple
?
- Oui, j'achèterais des pruneaux, oui.
Et puis les derniers jours, on bûchait, on bûchait,
on était assez contents. On n'en dormait pas tellement on
était contents. Et puis arrivait le dimanche. Ma mère
allait à la première messe mais nous on allait à
la grand-messe.
Les gens descendaient avec les torchons, la ralisse "pliée"
[enveloppée]
dans un torchon blanc qu'ils portaient sous le bras. On a fait faire
la brioche alors on la mangera, bien contents. Tout le monde n'en
mangeait pas tous les jours à cette époque.
Après la grand-messe il y avait seulement les chevaux de
bois, quelque musique. Il n'y avait pas grand-chose. Certains avaient
des pines (sorte
de mirlitons, ou quinarelles),
des pines, des pines et pinaient (soufflaient). D'autres se mettaient
des cocardes. On disait : c'est la fête. Certains redescendaient
tard du bourg car ils n'y retournaient pas l'après-midi.
Nous, on était gamines, on n'allait pas recourir au bourg
l'après-midi :
- Maman, tu nous achèteras quelque chose pour nous amuser
?
- On verra ça.
Et on achetait, pour les plus petits, une sorte de moulin à
café qui jouait plusieurs musiques. On était bien
contents, et le soir, la mère disait : Vous avez fait la
fête, vous êtes contents. On avait mangé la brioche
et les pruneaux, c'était suffisant. On mangeait aussi un
bon lapin, un bon lapin ou un gros coq :
- On tuera un gros coq si vous aimez mieux ? Du lapin on en mange
plus souvent, j'aime mieux tuer un gros coq.
Nous étions contents ; du coq, on n'en mangeait pas tous
les jours non plus... On a bien mangé, on a passé
un bon dimanche. Mais il faut en laisser pour demain, c'est le lundi
de la fête ; il faut bien encore faire la fête demain.
Alors on fit bien encore la fête le lendemain. On monta au
bourg, on fit notre tour et tout. Et puis le soir ma mère
nous dit : S'il y a le feu d'artifice, on montera au-dessus du
village, on montera aux "Ecartalés" ; on regardera
le feu d'artifice. On aurait bien mieux aimé le voir
de plus près mais on se contentait comme ça, quoi.
Le lendemain, pendant la nuit, on entendait du bruit - on laissait
la fenêtre ouverte parce qu'il faisait encore chaud - les
gens qui descendaient. On disait : Qu'est-ce qu'ils courent ?
Ils revenaient de la fête. Nous, on n'y allait pas, on était
trop petits.
Et le lundi on faisait encore la fête, les gens ne travaillaient
pas, quoi. Ils invitaient les voisins. Certains invitaient des gens
de plus loin. Il y en a qui venaient de Savigneux, de Champdieu.
Le lundi après-midi, on dansait dans la grange, il y avait
bien des "tan" (noeuds) parce que le plancher n'était
pas ciré, mais enfin tout le monde s'amusait bien quand même.
On passait la fête comme ça, bien heureux de notre
semaine et de notre dimanche, jusqu'à l'année prochaine,
mais, mon vieux, c'est loin tout ça ! On sortait pas tous
les jours. Et voilà la fête à Saint-Bonnet-le-Courreau.
Extrait
de l'ouvrage du Thérèse Guillot : Dans
le temps à Germagneux,
Village de Forez, 1999, Centre social de Montbrison
La fête
à Saint-Bonnet-le-Courreau
vers 1950, cliché de
Marcel Roinat extrait de Marcel et Simone Roinat-Dumont,
"Saint-Bonnet-le-Courreau, années 1930-1950",
Cahier de village de Forez, 2009