Patois vivant



Veux-tu venir battre à la machine ?


Jean Chambon

 

Veux-tu venir battre

à la machine ?

Jean Chambon et Célestin Masson

(patois de Saint-Bonnet-le-Courreau et de Roche)

dialogue enregistré au cours d'une veillée du groupe Patois Vivant
au Centre social de Montbrison, rue de Clercs
(début des années 1980)

pour écouter cliquer ci-dessous

(1 min 56 s)

Il s'agit d'un dialogue entre Jean Chambon et Célestin Masson avec une intervention de Philippine Chambon et les rélexions et les rires des autres participants à la veillée. Jean invite son ami Célestin à une journée de battage à la machine. Le travail consistera à évacuer le "blou" c'est-à-dire la balle du grain, tâche utile mais peu valorisante pour qui l'accomplit avec un grand sac. En effet la balle est légère mais s'insinue partout et provoque des démangeaisons.

- Oh ! Célestin !
- Es-tu ici ?

- J'y suis bien.
- Que fais-tu ?
- Pour le moment, rien.
- Tu ne sais pas ce qui m'amène ?
- Eh non !
- Tu ne sais pas que je voulais battre à la machine la semaine qui vient
[prochaine]. Pourrais-tu venir m'aider ou m'envoyer tes gamins ?
- Tu tombes peut-être mal mais, peut-être, mercredi je serai libre.
- Tu peux venir, toi ?
- Oui, si tu le fais
[le battage] le mercredi.
- Mercredi, oui !
- Si tu ne peux pas venir, tu enverras tes enfants.
- J'amènerai le plus grand, quoi.
- Mais tu n'en as pas un qui est "aux écoles"
[à l'école] ?
- Mais celui-ci, il n'est rien bon à faire. Il faut envoyer la femme. Elle portera bien les "blous"
[la balle du grain].
- Ah bon ? Je pensais à toi pour porter les blous.
- Une femme
[pour ce travail] ça ne serait déjà pas mal.
- C'est une chose que les jeunes ne veulent pas faire, ça. Et toi qui es intelligent... Et celui qui sait bien s'organiser pour porter les blous, ça se fait tout à fait bien ! Si tu sais bien t'y prendre. On te donnera une grosse besace.
- Mais enfin la femme se débrouillera très bien.
[intervention de Philippine Chambon] :
- Mais la femme, la femme, il faut qu'elle garde les petits.
- Mais les petits, les petits... le plus grand n'est déjà plus à l'école. Il viendra bien. Il se fera un plaisir, rien que pour le pâté
(1), le casse-croûte à la batteuse. Bon guigne ! Alors, le pâté, le pâté !
- Finissons, nous n'avons pas terminé
[notre conversation].
- Je te mettrai un litre derrière la porte, dans le coin. Si tu viens porter les "blous", tu ne diras rien à personne. Tu boiras un "canon"
[un verre] de temps en temps.
- Ah ! Tu mets la bonbonne derrière... Ah ! bon !
- Tu ne le diras pas aux autres. Je peux compter sur toi, donc.
- Oui, oui ! d'accord !
- Tu viendras un peu
[avant]. On mangera un morceau avant de commencer.
- Le matin,
[avec] un verre de vin blanc derrière !
- Et les enfants, s'ils veulent venir manger un bout de pâté, tu les enverras après...

(1) Sorte de grand chausson aux pommes ou aux poires, souvent cuit dans le four du boulanger et traditionnellement servi pour le battage à la machine et les vendanges.


.
Battage à la machine, 1884, Ailleux

(dessin de Vincent Durand)

Qui était Jean Chambon ?
Jean Chambon (1915-1994)

Sur le battage voir aussi :


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mise à jour le 11 septembre 2010