Montbrison
- Au soir d'une lumineuse journée de Pentecôte,
toute dorée de soleil et de genêts en fleur, les habitants
d'Essertines-en-Châtelneuf et de toute la montagne avoisinante,
ont assisté à une bien belle cérémonie :
la bénédiction de la statue de la Vierge, érigée
au Pic de la Roue, grâce à une mise en commun d'efforts,
de moyens et de bonnes volontés.
Ce n'est pas une Madone quelconque
comme on en trouve en série, mais une uvre originale, unique,
due à l'inspiration de l'artiste qui en réalisa la maquette
(M. l'abbé Mazenod, curé
de la paroisse) et taillée dans la pierre par un simple artisan
maçon (M. Régis Poyet, de
Chazelles-sur-Lavieu). Très élancée, cette Vierge,
haute de 3,70 mètres, serre contre elle son enfant, tout en le
présentant au monde. Son style est à la fois moderne et
primitif. Sa matière ?
Un bloc de granit, qui fut autrefois
linteau de porte de grange
une pierre dure, sans une faille, à
l'image du pays.
Une autre pierre de la montagne
(une roche volcanique trouvée sur place) orne le piédestal,
formant une sorte de curieux bénitier.
Le soleil qui frappe la statue de dos rend la photo difficile : elle
ne peut donner qu'une idée imparfaite de sa réelle beauté.
Mais ce n'est pas seulement de beauté artistique qu'il s'agit
La Vierge du Pic de la Roue a une valeur de symbole, ainsi que tiendra
à le souligner le Père Mazenod, en rappelant l'historique
de sa création :
"Une
dame de 80 ans, Mme Delacellery, voulant faire un cadeau durable à
sa paroisse, proposa le financement d'une statue. Une autre dame âgée,
Mme Chavanay, offrit le terrain. La municipalité accomplit les
démarches nécessaires pour qu'il soit classé terrain
public".
Le maire de la
commune de Bard, offrit un imposant bloc de granit, pesant plus de deux
tonnes dont le transport fut effectué par les agriculteurs d'Essertines.
Puis ce fut au tour des artistes de tirer le chef-d'uvre de la
pierre ; travail difficile en raison de la forme du bloc et de la dureté
du grain. S'aidant mutuellement de la pensée et du ciseau, le
Père Mazenod et le "Père"
Poyet firent merveille.
Aujourd'hui, la
Vierge est là (et pour longtemps, car le granit du Forez défie
les siècles !). Son inauguration a un caractère plus champêtre
que religieux ; c'est comme une fête familiale rassemblant
les enfants autour de leur mère. M. le curé d'Essertines
est entouré de prêtres amis : M. l'abbé
Bruyat, archiprêtre de Saint-Jean-Soleymieux, M. l'abbé
Faucoup, curé de Verrières, M. l'abbé Palmier,
curé de Gumières, M. l'abbé Ducros,
curé de Moingt, M. l'abbé Pacote
de Boisset-Saint-Priest.
Après l'allocution du
Père Mazenod, une détente
est consacrée aux chants, entraînés par le chur
des jeunes filles d'Essertines : l'assistance applaudit aussi M. Charles
Barthélemy qui s'accompagne à la guitare. Le sculpteur,
M. Régis Poyet est interviewé
au micro, à la grande joie du public.
Le temps s'écoule gaiement
sur ce pic de la Roue à 800 m d'altitude, d'où l'on découvre,
par-delà les collines verdoyantes, l'immense plaine, bleue comme
la mer, sillonnée des voiles blanches qui sont les maisons tout
au loin
Le Père Palmier
félicite les réalisateurs de la statue et le Père
Faucoup en dégage le sens profond en parlant des vertus de la
Vierge Marie.
La cérémonie se terminait par la bénédiction
de la Madone donnée par M. l'Archiprêtre et par un
dernier cantique.
Réussite artistique,
la Vierge d'Essertines-en-Châtelneuf demeurera sur son pic, face
à un panorama splendide, comme la plus belle réussite
de l'amitié entre habitants d'une commune et de communes voisines.
Marguerite
Fournier
[La
Dépêche du 31 mai 1966]

(photo de Marguerite Fournier, archives
de la Diana)
Régis
Poyet