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Joseph Vente en 1937,
dans la cour de son régiment
en Alsace :
il tient par la bride Farandole,
le cheval du colonel
qu'il monte tous les jours
pour une heure de promenade

L'artilleur Joseph Vente,
filmé pour La Grande illusion que Renoir vient tourner à Colmar en 1937.

Le prisonnier de guerre occupé aux travaux des champs
dans une ferme de Kemberg (Saxe)

Cinq ans prisonnier en Allemagne (1940-1945)
le témoignage de Joseph Vente

est disponible au

Centre Social de Montbrison
13 place Pasteur,
42600 Montbrison
tél. 04 77 96 09 43

En ligne

Les souvenirs
de Joseph Vente
:

Préface et introduction
Henri Clairet,
maire
de Saint-Jean-Soleymieux
Maurice Damon
de Village de Forez

Le service militaire-
la guerre - prisonnier

De Colmar à Mailly
La grande illusion
Ordonnance du colonel
La guerre est déclarée
Le canon de 1975
Les combats toujours
en marche arrière
Le cessez-le-feu
Prisonnier en France
Le départ pour l'Allemagne
L'arrivée en Allemagne

Au camp
Au grand Kommando
Le "voleur" de pain
Qui sait travailler dans l'agriculture ?
Au Kommando
L'ancienne menuiserie
Courrier : des cartes nues
et un bout de crayon
Des billets
qui ne valaient rien du tout
La mort d'un camarade
Nos affaires personnelles
Les vêtements
et chaussures
La plaque d'identité
Un copain de l'Allier
Les camarades
L'ignorance des camps
de concentration
Refus d'être
travailleurs "libres"
Les colis
Le soir, au Kommando
Cinq ans de silence

Chez les patrons -
libération - retour
A la ferme
Les travaux
La culture des betteraves
Mon patron, Hermann Ackermann,
et sa famille
Premier repas à la ferme
Repas et boissons
La photo d'Hitler
L'ordre et la propreté
Chauffage
Chez le dentiste
Une angine
Les locataires de la maison
Les poules du voisin
Un décès dans la maison
des patrons
Deux évacuations
de suite
Adieux
Le retour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conception : David Barou
gestion du site : Joseph Barou
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Joseph Vente

prisonnier en Allemagne de 1940 à 1945

 

La vie volée de Joseph Vente, de Gumières
Une histoire d'homme sur fond de guerre

 

Le dernier figurant de la Grande illusion

Le 12 janvier prochain, Joseph Vente, de Gumières, fêtera ses 90 ans. Et ses amis déjà lui réservent une surprise : il verra, pour la première fois, La Grande Illusion, le film de Jean Renoir, tourné à Colmar, dans la cour de son régiment, où il tient, avec d'autres, un rôle de figurant. "Après, ce fut la guerre, je ne l'ai jamais vu", dit le vieil homme sans amertume. Le film raconte l'enfer des Poilus de 14-18, une douloureuse réalité que le jeune soldat n'allait pas tarder à connaître. Cette jeunesse volée par la captivité, qui a jeté, on le sent, une ombre sur sa vie, Joseph Vente a bien voulu en parler pour Village de Forez qui publie son récit dans un Cahier superbe.

Le tonton Joseph, comme on l'appelle ici, n'emploie pas de grands mots. L'homme meurtri laisse parler son cœur, avec cette tendresse de ceux qui, malgré tout, veulent croire à la paix, à la fraternité. "Il a connu la guerre, mais toute sa vie, au fond, n'est qu'une histoire d'amour" dit son voisin, André Courbey.

Gumières. Le village, qui s'étire au loin sous la protection du clocher trapu de l'église, semble hors du temps et hors d'atteinte. C'est bien le seul endroit où les lapins sauvages qui broutent l'herbe et le silence en bordure de la route ne sont pas le moins du monde effarouchés par les passants : même en période de chasse, ils ne bronchent pas d'un poil.

C'est de là que Joseph Vente est parti pour la guerre.

A 22 ans et des poussières. La guerre, il connaissait déjà, on pourrait dire depuis toujours : il est né l'année de Verdun, le 12 janvier 1916, ce qui lui valut d'être incorporé avec la classe 35. A l'époque, on servait deux ans sous les drapeaux. Démobilisé fin octobre 1938, le voilà de retour au pays, mais pour peu de temps. Rappelé pour 21 jours, il ne reviendra que six ans plus tard, la guerre finie. Soit neuf ans d'une jeunesse volée, neuf ans de privations qui ont laissé leur marque.

Sûr qu'il avait de quoi être aigri, Joseph Vente. Rassurez-vous, il ne l'est pas le moins du monde. Certes, on sent bien qu'il a souffert de privations, affectives surtout. On a beau être une force de la nature, bien dans son corps, bien dans sa tête, cinq ans d'éloignement, sans lien ni personne à qui se raccrocher, ça finit par détruire.

"Cinq ans, ça fait long, on ne se voyait plus revenir. On n'avait plus d'affection pour sa famille, plus d'affection pour son pays ni rien du tout", se souvient Joseph Vente. La guerre ? "Nos obus de 75 étaient tractés par six chevaux, alors que les Allemands avaient de puissants engins. Jamais nous n'avons eu de position stable, on a toujours fait marche arrière". Jusqu'au jour où le bataillon est fait prisonnier. Fallait-il s'évader ? "C'était le jour de l'armistice, le 24 juin 40, on avait l'assurance que ceux qui étaient faits prisonniers ce jour-là n'iraient pas en Allemagne". La plupart font confiance aux sirènes rassurantes : "Quand le train sera rétabli, nous rentrerons chez nous". C'est avec cet espoir qu'ils s'entassent un matin dans des wagons belges à bestiaux... une sentinelle à chaque porte. Direction: les camps, les miradors, les barbelés. "Deux tranches de pain par jour, la paille pour dormir, la nuit avec les poux".

Deux de ses frères étaient prisonniers comme lui. "Je n'ai jamais eu de nouvelles, je n'ai su qu'ils étaient vivants que quand je suis rentré". De retour au pays, il a parfois encore le sentiment d'abandon : "J'ai touché 400 francs pour cinq ans de prisonnier avec un costume et une paire de souliers. Un costume en coton coûtait alors 250 ou 300 francs. Pour toute l'année, un ouvrier agricole de 18 ou 20 ans gagnait 2 000 francs, à peu près 10 francs la journée". Le sentiment que la vie était repartie sans lui, c'est la seule amertume que Joseph laisse poindre.

Quand il parle de la vie d'après, sur un ton modeste et pudique, l'homme au soir de sa vie respire la bonté. C'est peut-être pour cela que les lapins de Prolanges, le hameau où il vit à Gumières, se sentent ici chez eux quand ils broutent insouciants l'herbe devant sa porte. Heureux lapins !

Jean Thollot (La Liberté du 28 octobre 2005)

Joseph Vente entouré de ses amis allemand, Peter, professeur de français en Allemagne du sud et Sigi, son épouse : "Il y en a qui me disent : Tu attires les Allemands, on ne dirait pas que tu as été prisonnier, toi". A quoi il répond, tranquille : "Il n'était même pas né quand j'étais en Allemagne, alors je ne peux pas avoir de mauvais souvenirs de lui. Ce n'est pas parce qu'ils sont allemands que je peux les critiquer".

En janvier 2006, les souvenirs de Joseph Vente ont été traduits en allemand par Georg Kampfer et publiés dans une revue d'histoire locale par Günter Böhme, archiviste de la ville de Kemberg en Saxe-Anhalt, la ville où précisément il avait séjourné comme prisonnier de guerre soixante ans plus tôt.

Merci à nos amis allemands pour cette belle initiative.

 

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Joseph Vente est décédé le vendredi 2 mars 2007 à la maison de retraite de saint-Jean-Soleymieux.

 

Joseph Vente (1916-2007)

Le 6 mars avaient lieu, à Gumières, les funérailles de Joseph Vente.

Il était né le 12 janvier 1916 au pied du bourg de Gumières dans une famille très modeste C'était le dernier de sept enfants. Son père meurt accidentellement alors qu'il n'a que deux ans et demi. Il passe son enfance et sa jeunesse dans son village natal. Très tôt il doit aller travailler chez les autres.

De 1936 à 1938, il effectue son service militaire. Il revient ensuite au pays mais pour peu de temps. Il est rappelé sous les drapeaux et la guerre éclate. En juin 1940, il est fait prisonnier et subit une captivité de cinq ans en Allemagne. Il ne revient à Gumières qu'en 1945. Plus de 8 années de sa vie avaient été sacrifiées.

Cette longue épreuve avait bouleversé son existence. Il part travailler à Villars comme livreur, reste célibataire. A sa retraite il revient habiter Prolanges, un hameau où il se sentait bien, proche de sa famille et de tous les habitants. Il pouvait nommer tous les gens nés dans la commune avec souvent leurs parents et grands-parents…

C'était un homme bon. Ses difficultés personnelles ne l'avaient pas aigri. Très attentif aux autres, il avait parmi ses nombreux amis des enseignants allemands avec qui il avait tissé des liens. Et, pour ses 91 ans, il avait reçu un message du bourgmestre de Kemberg, la ville de Saxe où il avait été prisonnier.

Observateur plein de finesse des choses et des gens, il aimait parler, plaisanter et surtout chanter. Il participait jusqu'à ces derniers mois au club du troisième âge, avait volontiers raconté ses souvenirs d'enfance et de captivité… encore récemment, à Saint-Jean-Soleymieux.

Il ne se plaignait jamais. Pour lui l'essentiel était d'avoir de vrais amis. C'était aussi un homme très serein, un sage qui avait gardé fidèlement tout ce qu'il avait appris dans son enfance. Une longue vie très simple faite d'amitié, de fidélité et de confiance… le "tonton Joseph" laisse un grand vide dans le canton de Saint-Jean-Soleymieux.

(Presse locale)



Gumières
(dessin de Pascal Chambon)