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Le château oublié

Le campanile en ruine (1961)

Noël Durand, le dernier propriétaire

Paul Bouchet et le père Dumas,
curé de Marcoux
(1964)

Reconstruction du campanile
(mars 1963)

La fameuse bataille
de la corniche (1964)

Le long des douves
sur les chemins d'Astrée...

Une vue aérienne du château

 

Pour en savoir plus :

un livre

Il fallait rassembler les souvenirs
des hommes et des femmes
de la première époque.
Des séances ont été organisées,
au cours desquelles
les souvenirs ont été rassemblés,
et des enregistrements réalisés.
Maurice Damon, ethnologue forézien,
s'est chargé de mettre en forme
cette mémoire vivante
pour reconstituer l'aventure.
Avec patience, il a transcrit
ces conversations animées et joyeuses
et en a analysé le contenu.
Cela a donné lieu à un livre,
publié par l'université de Saint-Etienne
sous le titre :

Goutelas par lui-même.
Mémoire intime
d'une renaissance.

Cet ouvrage est disponible
au Centre culturel de Goutelas
à Marcoux,
au Centre Social de Montbrison,
13 place Pasteur,
et à l'Université Jean-Monnet.

Goutelas aujourd'hui

Goutelas est aujourd'hui
un centre culturel actif
qui organise de nombreuses manifestations
tout au long de l'année :
concerts, conférences, débats,
cinéma, théâtre, animations d'été…
Le château accueille
dans six salles
- dont la toute dernière
est la très belle "salle
des Sept devises" -
des séminaires, des groupes
pour des journées d'étude
ou des rencontres familiales.
Il dispose de 30 chambres confortables
pour 65 personnes.
Une promenade à l'extérieur du château,
le long des douves
et des "chemins d'Astrée",
permet de découvrir
un large panorama
de la plaine du Forez.
Les cours, la chapelle,
la cuisine Renaissance,
la tour Adamas sont accessibles
aux visiteurs.
On peut y lire l'histoire
du château,
son lien avec le roman l'Astrée,
le défit et l'aventure humaine
exceptionnelle de sa restauration.

Centre culture de Goutelas
42130 Marcoux
Tél. 04 77 97 35 42

mail :
goutelas@wanadoo.fr

site :
www.chateaudegoutelas.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conception
David Barou
textes et documentation
Joseph Barou


questions, remarques ou suggestions

s'adresser :

Forez
 




Il y a cinquante ans

renaissance de Goutelas,

le château oublié


Début des années soixante. Renaissance de Goutelas ! La restauration d'un château ? Du travail, des pierres, du bois, des tuiles ? Oui. Mais bien plus que tout cela. Un souffle, un esprit ! Retour sur le début d'une grande aventure collective qui dure encore…


Un château ruiné et oublié

1960. Pour les habitants de Marcoux, il fait tellement partie du décor qu'on l'a oublié. C'est Goutelas : une silhouette romantique. L'immense corps de pierre a été reconquis par la nature. Les gens du voisinage se souviennent :

La végétation a envahi l'endroit : "les buissons partout, les ronces". Les dégâts sont grands. "L'arbre qui était dans l'angle" et dont "les racines principales étaient à l'intérieur de la chapelle était plus haut que le château". Partout Il y a des éboulis, des broussailles. Et une maisonnette en ruine encombre la cour d'honneur.

Les lieux sont devenus presque inaccessibles et, du même coup, mystérieux. "On ne voyait pas vraiment le campanile, on ne savait pas du tout comment c'était…" Les frères Bouchet, qui ont pourtant vécu dans un village voisin, Marcilly, avouent que, "la première fois, on savait même pas à qui ça appartenait".

Dans ce spectacle désolé, apparaissent cependant peu à peu aux yeux du curieux : une chapelle, un campanile, des douves, une tour, une fontaine, une cheminée, et "les beaux morceaux Renaissance". Et puis, imposant, le "bâtiment sur la plaine, c'est-à-dire le moins abîmé". Des ruines certes, mais aussi de beaux vestiges, d'un authentique château.

Une fée aurait-elle pu réveiller cette demeure digne de la "Belle au bois dormant" ? En fait, ce fut l'œuvre d'un humaniste, un homme de conviction, maître de la parole, Paul Bouchet. Ce fils du pays avait quitté le Forez pour devenir un jeune et brillant avocat à Lyon. Mais Goutelas l'avait touché. Profondément.

Tout commence dans une étable

Paul s'est mis en tête de sauver Goutelas. Il court chez l'abbé Dumas, curé de Marcoux, et s'informe du propriétaire. C'est Noël Durand, un agriculteur du village.

L'avocat et le paysan se rencontrent dans l'étable. Paul Bouchet, passionné, parle de son désir de sauver Goutelas. Noël trait ses vaches. Presque un demi-siècle après, les deux hommes se remémorent la scène d'un soir de juillet 1961 :

Noël Durand : Et là ... à l'écurie, là... je t'écoutais...

Paul Bouchet : Tu me regardais, tu ne disais rien. Tu hochais la tête…

Noël Durand : Tu causes bien, tu avais la parole très agréable, c'était un plaisir, mais y avait un accent de sincérité, qui m'a plu… J'ai dit : il me fait l'effet d'être de bonne foi. J'avais, pendant quelque temps quand même, un peu des doutes sur la réussite de l'entreprise...

Paul Bouchet : Bien sûr, c'était un pari.

Noël Durand : Ça aurait pu se casser la figure…

Non ! Au contraire. L'avocat enthousiaste et le paysan généreux sont sur la même longueur d'onde. Une belle aventure commence. Le château est sauvé mais au prix d'un immense effort. La restauration est réalisée en grande partie par des bénévoles : 150 000 heures de travail ! pour déblayer, reconstruire, rénover, aménager, faire revivre…

Un grand élan réunit des gens très divers que rien ne prédisposait à se retrouver : Foréziens et Lyonnais, paysans, ouvriers syndicalistes, intellectuels se sont mêlés. Le curé et le maire soutiennent le projet. Plus de gauche ni de droite, des hommes de bonne volonté.

L'esprit de Goutelas

Pour tous, ce travail collectif a tracé le chemin d'une aventure humaine hors du commun. Elle a marqué leur vie et les étonne encore aujourd'hui. De la renaissance d'un château presque ruiné est sorti "l'esprit de Goutelas", celui d'un humanisme renouvelé de la rencontre, de l'universalité, de la culture pour tous…

La mission de Goutelas s'affiche, ambitieuse. Paul Bouchet prophétise : "Y aura un jour où Goutelas ne pourra pas être enfermé dans le seul Goutelas. Le monde tourne, le monde bouge. Donc il faut maintenant déterminer ce qui est nouveau, au vrai sens, ce qui est annonciateur, ce qui effectivement met les esprits en mouvement."

Goutelas redevient un haut lieu. Il puise à une autre source, celle du roman de l'Astrée. N'est-ce pas la demeure du druide Adamas ? La belle histoire prend, peu à peu, les dimensions d'un mythe.

On en retrouve tous les éléments. Il y a l'initiateur, Paul Bouchet, le passeur de l'au-delà, le père Dumas, curé de Marcoux, les passeurs d'ici-bas : Josette et Paul Païs chargés de l'accueil au château. Et pour la restauration des lieux, la cohorte des "héros" : ouvriers, paysans, intellectuels, tous différents, tous à leur place, tous magnifiés…

L'esprit de Goutelas s'inspirent de valeurs universelles : pureté, gratuité, unanimité, amitié, fraternité. Sa méthode de transmission est la seule force de l'exemple, son champ d'application rien de moins que le monde. Et, devenu mythe, il a même un chantre : le peintre Bernard Cathelin… Tout cela vole haut.

Le projet devient réalité

Mais, parallèlement, les travaux avancent, souvent bien terre à terre :

- Eté 1961 : débroussaillage et déblaiement. Première intervention sur le terrain des intellectuels lyonnais, amis de Paul Bouchet.

- Automne 1961 : les agriculteurs de Marcoux arrivent sur le chantier.

- Décembre 1961 : création de la Société civile immobilière de Goutelas. Le 30, un premier repas à Goutelas rassemble gens du pays et Lyonnais.

- 1962 : arrivée sur le chantier des ouvriers du bâtiment syndicalistes lyonnais (certains sont des réfugiés espagnols). En décembre, l'association Centre Culturel de Goutelas est créée.

- Hiver 1963 : reconstruction du campanile.

- Eté 1964 : Goutelas obtient le 3e prix de "Chefs-d'œuvre en péril". Le château est inscrit à l'inventaire des monuments historiques. Pendant l'été, la tour-pigeonnier est restaurée.

- Automne 1964 : festival international étudiant. C'est la fameuse "Bataille de la Corniche" : réfection en toute hâte avec tous les maçons disponibles de la région. Première illumination du château.

Duke Ellington : "Je vous salue frères"

Le 26 février 1966, un grand moment s'inscrit dans la légende dorée de Goutelas : la venue de Duke Ellington. Le grand pianiste rentrant d'un concert donné à Madrid arrive à Marcoux. Paul Verdier, témoin oculaire, raconte :

"On l'avait prévenu qu'en Forez, à cette époque, il ferait froid surtout dans le site précaire de Goutelas. Il répondit : "Un nègre dans la neige, ce sera très bien". Il n'y eut pas de neige mais la soirée resta inoubliable. Une rangée de gens avec des torches à la main lui faisait une haie d'honneur dans la cour du château.

On avait calfeutré tant bien que mal la pièce la plus vaste de l'aile nord. Un gros poêle ronflait pour essayer de donner l'illusion qu'il faisait chaud et surtout pour enlever l'humidité néfaste au piano, loué à grands frais à Lyon - un Steinway - sur lequel Duke devait jouer la symphonie composée pour les gens du Forez. Elle était dédiée au monde nouveau qui arrive, où il n'y aura ni guerre ni mesquinerie ni catégorie sociale, où l'amour sera inconditionnel.

L'accueil fut triomphal : Paul Bouchet, le maire, le curé et tous les gens qui avaient travaillé au chantier, sans oublier Noël Durand sans qui rien ne se serait passé purent prononcer les paroles de bienvenue. La réponse du Duke : "J'ai été reçu dans bien des lieux dans le monde mais jamais comme à Goutelas, je vous salue frères…" (Paul Verdier, 80 printemps en Forez, Montbrison, 2007)



Duke Ellington dans la cave des Duclos, père et fils (1966)

Pendant l'été 1966, la compagnie du Cothurne, dirigée par Marcel Maréchal, donne "Tamerlan" en plein air à Goutelas. La grande salle en partie restaurée accueille une exposition de lithographies : Chagall, Picasso, Matisse, Miró, Braque, Villon… Rien que ça !

*
* *

Quarante ans ont passé. Et depuis lors l'esprit de Goutelas continue de souffler sur la région. Beaucoup s'en sont inspirés et s'en inspirent encore dans leur action pour le développement agricole, le tourisme rural et la promotion de la culture : à Marcoux, à Trelins, à Marcilly, à Sail-sous-Couzan et bien au-delà… Le château oublié est devenu un lieu incontournable, mieux, un symbole.

Joseph Barou ----------Maurice Damon

[La Gazette du 11 janvier 2008]

 



Portail du château à la fin du 19e siècle
(dessin de Beauverie)

 

Goutelas au fil des siècles :

de la maison forte au champ de ruines

Au Moyen Age, Goutelas est une modeste maison forte, chef-lieu d'un petit fief. Elle appartient successivement à la famille d'Ecotay puis aux Bec de Goutelas.

En 1567, elle est achetée par Jean Papon, originaire du Roannais, lieutenant général au bailliage de Forez. Ce savant juriste - on le nomme le Grand Juge - est aussi un humaniste. Il transforme le château médiéval en une demeure Renaissance.

Au 18e siècle, l'architecte italien dal Gabbio achève la transformation : toits à pente brisée, escalier d'honneur, boiseries…

En 1727, le château passe aux Cros de Montmars. Après la Révolution, il est habité par le commandant de Campredon, un personnage fort original.

En 1860, Goutelas est acheté par des soyeux de Lyon, les frères Lagnier, qui font de mauvaises affaires. 1920, le domaine est mis en pièces.

Un dernier lot de 3 hectares qui comporte aussi le château est acquis par Pierre Guyot, un paysan du pays. En 1948, son neveu, Noël Durand, le reçoit en héritage. En 1960, le château est un champ de ruines. Il semble définitivement condamné. Et pourtant…



Le château de Goutelas et ses propriétaires successifs
(E. Salomon, "Les châteaux historiques")



Quelques publications autour de Goutelas

- Dominique Chèze, "Un passé pour construire, renaissance du vignoble des Côtes du Forez", préface de Paul Bouchet, Conseiller d'Etat honoraire, Village de Forez et Centre culturel de Goutelas, 2007.

- Robert Duclos, "De la pioche à Internet, parcours d'un paysan forézien", préface de Paul Bouchet, Conseiller d'Etat honoraire, Village de Forez et Centre culturel de Goutelas, 2007.

- Jean Chavaren, "La force de convaincre, la passion d'agir. Mémoire d'un parcours", avant-propos de Guy Poirieux, préface de Claude Goure, Village de Forez et Centre culturel de Goutelas, 2007.

- Paul Verdier, "80 printemps en Forez", Montbrison, I.P.M., 2007.

ouvrages disponibles au Centre social de Montbrison

 
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