Retour à l'accueil

Christian Levet, en juin 1968,
aux Pays-Bas, en tenue d'auto-stoppeur ;
ceinturon, un cœur sur le pantalon…

Copenhague, 1968

La fameuse mobylette 49,9 :
des milliers de km...

En Arménie turque,
au pied du mont Ararat enneigé

(cliché de Christian Levet)

Vers Kandahar, novembre 1972
(cliché de Christian Levet)

Dans les ruelles de Kaboul
(cliché de Christian Levet)

Christian devant le Taj Mahal,
automne 1972

Nuit du 28 au 29 juillet 1980,
sur le bord du cratère du Stromboli
(cliché de Christian Levet)

Christian Levet, 2003

La troisième 2 CV
(cliché de Christian Levet)

Conception : David Barou
textes et documentation  : Joseph Barou

questions, remarques ou suggestions

s'adresser :

Forez
 


"Aller au bout de ses rêves"

Souvenirs

d'un globe-trotter

montbrisonnais

 

Fin des années soixante. Le pays est encore dans la lancée de Mai 68. Des cosmonautes américains posent le pied sur la lune… et un jeune Montbrisonnais commence à parcourir notre bonne vieille terre. Christian Levet raconte.

"Adolescent, je rêvais de partir en Suède, je ne sais pas trop pourquoi." C'est un passionné qui va au bout de ses rêves… L'aviation l'intéresse beaucoup. Alors, pour voir les avions de plus près, à 18 ans, il s'engage pour 3 ans dans l'armée de l'air. Et voilà qu'à la base aérienne de Saint-Dizier, il dispose d'une permission. Belle occasion. En route pour la Suède. Un collègue le conduit en Allemagne et il commence, tout seul, un long périple en auto-stop. Bruxelles, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède… Une escapade d'un mois, en 1968, à 21 ans.

L'Europe du Nord à mobylette

Ce n'est qu'un prélude. Libéré des obligations militaires, Christian rejoint Montbrison et passe l'hiver à travailler et à préparer une prochaine aventure. Il achète une mobylette. Cette 49,9 grise, tout ce qu'il y a de plus ordinaire, est rôdée avec soin sur les routes du Forez.

Et le 16 avril 1969, grand départ. Il s'agit cette fois de visiter l'Europe du Nord. Une mobylette, une tente 3 places, un petit dictionnaire français-anglais, un garçon décidé. C'est tout. Bien sûr, les parents Levet sont inquiets. "Ma mère pleurait à chaudes larmes… Je partais sans casque…" confesse Christian avec un peu de regret. Mais la route l'appelle…

Nationale 7, Paris, Calais, embarquement pour Douvres et l'Angleterre. Et puis, il faut rouler à gauche. Ce n'est pas évident. Un petit drapeau français flotte sur le guidon de la motocyclette, histoire d'obtenir un peu d'indulgence des conducteurs british pour le jeune mangeur de grenouilles. Ce n'est pas du luxe. A Londres la mobylette a failli "manger" une voiture. Ouf ! De la peur mais aucun dommage. Et quel temps de chien ! Fin avril, il fait encore humide et froid en Albion. "Il fallait attendre que ma tente dégèle pour la plier ! " se rappelle-t-il. Mais les Anglais sont accueillants : "J'avais à peine monté ma tente que j'étais invité à prendre le thé."

De Gaulle passait par là

Dublin. Tour de l'Irlande, une Irlande fleurie. Le général de Gaulle, tout juste retiré des affaires, se repose dans l'île verte. Les deux voyageurs passent près l'un de l'autre mais, bien sûr, ne se rencontrent pas. Christian travaille 15 jours comme palefrenier et reprend la route ! Puis le Connemara et, en Irlande du Nord, la chaussée des Géants.
Le voyage se poursuit. Arrivée à Glasgow, circuit dans une Ecosse romantique, un coup d'œil au Loch Ness pour voir si le monstre ne reprend pas son souffle… Un peu de bateau et vogue, vogue : Oslo, la Norvège et ses fjords. En Suède, pendant une demi-journée, il s'essaie au métier de plongeur dans un restaurant. "Un peu bref comme emploi mais super bien payé." Il passe au Danemark.

Trahi par la mobylette

Les fonds commencent à manquer et il recherche du travail. A Copenhague, le service d'immigration lui signifie de quitter le pays dans les trois jours. Il reprend la route. C'est l'Allemagne. Malchance, un pneu éclate. "Je me suis réfugié dans un abri-bus pour passer la nuit tranquillement. Mais tout à coup : "Polizei !" je suis contrôlé, conduit au poste puis dans un centre pour vagabonds : une sorte de grand cabanon" se souvient-il.

Et c'est encore le bitume. En Belgique, panne définitive, à Waterloo justement ! "Morne plaine… La mobylette ne veut plus rien savoir." Le retour est moins glorieux. Mais le douanier est admiratif devant tant de visas sur le passeport : "Je n'ai jamais vu un pareil voyage à mobylette ! " Un routier charitable embarque Christian jusqu'à Paris. La mobylette légendaire est hissée sur un camion chargé de ferraille.

A l'arrivée, voilà que la mobylette devenue inutile démarre au quart de tour ! Montbrison. Après trois mois par monts et par vaux, le fils prodigue revient au bercail. Joie des parents Levet, cette fois. Mais notre glotte-trotter ne pèse plus que 50 kg, 12 kg laissés sur les routes d'Europe. Il se souvient : "En Irlande, je campais près des fermes, le lait ne coûtait pas cher, ni les pommes de terre…" Qu'à cela ne tienne, il repartira. Il a la bougeotte après une seule semaine passée à Montbrison.

En route vers l'Indonésie

Cette fois c'est plus sérieux. Point de mire : l'Indonésie en traversant l'Europe et l'Asie, un peu comme Marco Polo. Christian se trouve un copain, Alain, pour ce fabuleux projet. Et il commence à préparer avec soin l'expédition. D'abord, pour faciliter les formalités, il faut être à Paris où sont les ambassades. En juillet 1969, il remonte à Paris toujours à mobylette. "Dans la nuit du 20 au 21, quand Edwin Aldrin et Neil Armstrong marchaient sur la lune je dormais dans ma petite tente près de Versailles."

Trois ans de préparation

Dans la capitale il s'embauche aussitôt à l'hôpital Saint-Antoine comme garçon de salle. Ensuite il travaille à la maternité : "J'ai vu des centaines d'accouchements ! J'étais logé dans l'hôpital. Je consacrais mes jours de repos, le lundi et le mardi à visiter Paris. Le quartier Saint-Michel surtout."

Et toujours la photo le passionne : scènes de rue, bouquinistes… Il reçoit même un coup de matraque pour avoir photographié une manif : "J'étais entre les CRS et les manifestants. Les CRS ont chargé. Je me suis dit : si je cours je vais ramasser. Je reste sur place comme si j'étais journaliste… La charge est passée. Un CRS a dit : "pas de photo" et a donné un grand coup de matraque. Je l'ai reçu sur la main qui protégeait mon appareil ! Je l'ai senti longtemps." Mai 68 n'est pas encore si loin.

Après un an à Saint-Antoine, Christian entre chez l'avionneur Dassault, à Argenteuil. Les avions restent encore une de ses passions. Il y reste deux ans à découper des tôles en songeant obstinément à l'Indonésie. Le foyer SONACOTRA où il loge se trouve de l'autre côté de la route tout près de l'usine. Il s'en évade pour aller aux 24 heures du Mans, à Montlhéry ou au circuit de Magny-cours voir les bolides… "J'y allais en auto-stop. Quelquefois il me fallait passer la nuit sans dormir. Enfin, bon, c'est pas grave."

Pour voir s'il supportera la chaleur, notre ami fait un voyage au Moyen-Orient : Liban, Syrie, Jordanie pour admirer le Krak des chevaliers, les restes de Palmyre? Baalbek… En faisant un petit tour auprès de la frontière d'Israël avec des Palestiniens en armes. Test réussi, il supportera tous les temps : "Il faut resté toujours bien couvert pour ne pas se dessécher, blue-jean et chemise à manches longues."

C'est parti, mon Kiki

1er novembre 1972, grand départ. Christian - Kiki pour ses amis - et son copain se donnent jusqu'à Noël pour rallier le Népal. L'Orient-Express les conduit à Istanbul par la Suisse, l'Italie, la Yougoslavie et la Bulgarie. Brève visite à Sainte-Sophie puis le bac les amène en Asie. La traversée de l'Anatolie se fait en autocar car ce mode de transport coûte une bouchée de pain.

Ils traversent à pied la Cappadoce avec chacun un sac de plus de 20 kilos, dorment dans une maison troglodyte… "On n'avait pas fait de feu pour éviter que la fumée nous fasse repérer." Et voilà l'Arménie turque, le lac de Van. La neige recouvre le mont Ararat. "On pelait de froid. A Van, à côté d'un poêle à bois, ce qu'on était bien !" Frontière iranienne. Téhéran, puis Ispahan, la "moitié du monde", dit-on. "Une merveille avec ses mosquées aux mosaïques bleues " reconnaît Christian.

Le voyage se poursuit à travers l'Afghanistan qui est alors un royaume assez tranquille : Hérat, Kandahar, Kaboul… Entrée au Pakistan par la fameuse passe de Khaïber, Peshawar… Pour la suite, la situation se complique. L'Inde et le Pakistan sont en guerre."La frontière n'est ouverte qu'un jour par semaine… Enfin, on a franchi la frontière pour arriver en Inde." En car, en train, en avion, ils parcourent le nord de l'Inde : Amritsar, New-Delhi, Jaïpur… Près d'Agra ils admirent le Taj Mahal, "un poème d'amour"…

Sur les chemins de Kathmandou

Les deux copains amis prennent l'avion pour le Népal. Ils fêtent Noël 1972 à Kathmandou. Ils s'y attardent peu. "C'était l'horreur au point de vue drogue… Heureusement, raconte-t-il, nous n'avons jamais voulu y toucher, sinon je ne serais jamais revenu…"

Ensuite c'est la visite de la Birmanie : Rangoon. La remontée du fleuve Irrawaddy jusqu'à Mandalay se fait "avec des civils en armes sur l'embarcation". Puis mille péripéties en Thaïlande, à Bangkok et dans le Triangle d'or. Puis la Malaisie, Singapour, enfin l'Indonésie et quelques semaines de repos dans la perle de Bali. Un coup d'aile de Singapour vers la Grande-Bretagne achève l'aventure d'Alain et Christian.

Retour au bercail

1er avril 1973, Christian Levet est de retour à Montbrison avec un riche journal de route (plusieurs stylos usés) et beaucoup de photos. Son barda pèse maintenant 36 kg, mais lui seulement un demi-quintal. Il lui faut un mois pour se remettre : "Je me jetais sur la nourriture, le beurre et le chocolat surtout !"

Mais il a déjà un autre projet : l'Australie. La famille est moins enthousiaste : "Il faudrait que tu te calmes, à 26 ans…" C'était raisonnable, en effet, reconnaît-il. Le temps des grands voyages est fini. Reste encore la passion de découvrir notre terre. Les aventures seront plus brèves : un mois en Egypte avec l'escalade - pourtant défendue - de la plus petite des pyramides, un périple dans les Andes (Equateur, Colombie, Pérou) avec son ami Pierre, une tournée en Europe centrale… Sans oublier l'escalade avec trois copains du Stromboli, histoire de voir de près un volcan en éruption, en passant la nuit près du cratère. Encore un vieux rêve qui a été réalisé…

Aujourd'hui Christian Levet "s'est replié sur le Forez", qu'il connaît si bien. La photo le passionne toujours. Il expose volontiers, ici et là, ses clichés. Il a réalisé en 2002, un superbe ouvrage "Lumières sur le Forez" consacré aux paysages du pays natal . Laissons-le conclure : "J'ai visité 42 pays, de l'Indonésie au Pérou en passant par la Scandinavie, mais j'avoue admirer toujours la beauté de mon Forez.."

Joseph Barou



Christian Levet

Une 2 CV rouge dans les rues de Montbrison. C'est rare. Mais beaucoup de Montbrisonnais connaissent la silhouette de son propriétaire : Christian Levet. C'est le fils d'un gardien de prison bien connu au temps où la ville avait encore, au Calvaire, sa vieille maison d'arrêt. Christian, Kiki pour ses amis, est né à Montbrison en 1947. Il a passé son enfance près du chemin Rouge. Ses premières escapades l'ont conduit aux gorges de Curtieux ou au bord du Canal pour pêcher…

En 1961, il est premier du canton au bon vieux certificat. Ses études le conduisent ensuite au lycée Sainte-Barbe de Saint-Etienne. Il se passionne pour les avions et les voitures de course. Mais il aime aussi la peinture, la poésie. La photo, surtout, est son violon d'Ingres. C'est le temps des premiers clichés avec le un "Fex" en Bakélite tout simple. "Je suis un chasseur d'images, avec un grand souci de vérité. Il faut savoir jouer avec la lumière… et le photographe doit saisir le bon moment." Pas de filtre, aucun artifice. Bien sûr, il est d'une fidélité absolue à l'argentique, disciple intransigeant des grands photographes de jadis.

A 18 ans, il s'engage pour 3 ans dans l'armée de l'air d'où il sort sergent. Puis les voyages se succèdent entrecoupés de périodes de travail : Europe, Asie, Amérique, Afrique. Il ne manque que l'Océanie ! Et c'est comme un petit regret. En 1984, il épouse Annick… En 2007, il quitte la vie professionnelle mais garde ses passions et ses rêves. Reprendra-t-il bientôt son appareil ?


Prochaine exposition

Christian Levet exposera ses photos au château de la Vigne
à Boën au printemps 2009