Les Foréziens de l'Armée

départementale

de Rhône-et-Loire


(9 juillet - 9 octobre 1793)

 
Le département de Rhône-et-Loire



Le colonel du Rozier,
commandant en chef de la cavalerie forézienne


(gravure extraite de A. Balleydier, Histoire politique
et militaire du peuple de Lyon
pendant la révolution française
, tome III, Paris, 1846



Lyon contre la Convention

Le 29 mai 1793, après une journée de combats, la municipalité jacobine de Lyon est renversée par des éléments plus modérés soutenus par les sections de la ville. Chalier, président du district et principal animateur du club des jacobins de la ville est arrêté. Dès lors Lyon glisse vers la contre-révolution. Plusieurs faits marquent ensuite la rupture complète avec la Convention montagnarde :
     
 - le 1er juillet 1793, installation à l'hôtel de ville d'une "Commission populaire et républicaine et de salut public". Si cette assemblée commence toujours ses actes par la formule : République une et indivisible. Résistance à l'oppression. Représentation nationale, libre et entière elle n'en a pas moins des sympathies de plus en plus marquées pour le mouvement "fédéraliste" et bien vite à Lyon se concentrent beaucoup d'adversaires de la Convention : girondins, royalistes, prêtres réfractaires…

      - le 9 juillet, nomination à la tête de la force armée départementale du comte de Précy (1), officier notoirement connu pour ses convictions royalistes.

      - les 15 et 16 juillet, procès et exécution de Joseph Chalier.

Lyon se rebelle ouvertement contre la Convention et va, pendant trois mois, soutenir une lutte sans merci contre les armées de la République.

                                                                                          

L'armée départementale de Rhône-et-Loire et la campagne de Forez

La campagne de Forez


Au début de juillet (2), les Lyonnais organisent leur armée départementale. Elle doit être formée à partir de l'ancienne garde nationale du département : 9 600 hommes répartis en 4 brigades, 8 régiments, 17 bataillons. 7 200 hommes seront fournis par la ville de Lyon et 2 400 par les autres districts de Rhône-et-Loire. Chaque district - il y en a cinq qui correspondent à un arrondissement actuel ; Lyon-campagne, Villefranche, Montbrison, Saint-Etienne et Roanne - doit en principe constituer un bataillon de 10 compagnies soit 480 hommes.

Très vite les Lyonnais éprouvent le besoin de contrôler militairement le Forez qui forme la marche occidentale de ville. Cela permet d'assurer les approvisionnements en vivres grâce à Montbrison et à la plaine du Forez et en armes avec les fusils de Saint-Etienne.

Le 9 juillet un corps de 1 200 lyonnais de la force départementale part de Lyon afin d'aller occuper Saint-Etienne. Dans le même temps 800 hommes sont envoyés à Montbrison. La campagne du Forez commence. Elle va durer deux mois, du 9 juillet au 15 septembre 1793.

Les opérations sont marquées par de nombreux déplacements entre les principales localités du sud du Forez. Si Montbrison fait bon accueil aux "Muscadins" la région stéphanoise et la plaine du Forez se montrent hostiles. Finalement il n'y a que peu de véritables engagements - combat des Grandes-Flaches près de Rive-de-Gier (24 août) (3), "bataille" de Salvizinet (3 septembre) (4), actions à Montrond et Chazelles (12 septembre) - mais une suite d'escarmouches et de coups de mains comme celui qui est exécuté le 31 août pour capturer le général de brigade Léon Nicolas à Saint-Anthème (5).

Les effectifs


Elle met en œuvre quelques centaines de fantassins, quelques dizaines de cavaliers et moins de dix pièces d'artillerie. Ces effectifs ne peuvent être d'ailleurs que très approximatifs et fluctuants. Il s'agit de volontaires qui, dans un premier temps, ne sont pas soldés et qui vont et viennent suivant les circonstances. Parmi les Lyonnais, certains rentrent assez rapidement à Lyon.

On fait appel aux volontaires foréziens pour renforcer l'armée départementale. Certains partent pour Lyon : Saint-Etienne fournit un contingent de 110 hommes, Saint-Chamond et Montbrison 50 hommes pour chaque ville, chiffres certainement approximatifs (6).
 D'autres renforcent les garnisons laissées par les Lyonnais. A la fin de juillet 300 Muscadins commandés par l'adjudant général Servan sont casernés à Saint-Etienne, 300 à Montbrison sous les ordres du capitaine Roche et 100 à Saint-Chamond avec le capitaine Roux. Enfin quelques-uns ne participent qu'à quelques opérations telles que le coup de main de Saint-Anthème puis rentrent chez eux. C'est à ce moment que se forme à Montbrison la cavalerie forézienne, un escadron d'une soixantaine de chasseurs à cheval commandé par un gentilhomme, ancien capitaine de dragons, Théodore du Rozier (7)(voir illustration ci-contre).
      Quand les Lyonnais se replient de Saint-Etienne sur Montbrison, à la fin d'août, leurs forces s'élèvent à 513 hommes ; 268 de la section de Saint-Etienne, 100 de celle de Saint-Chamond, 145 de Montbrison soit pour cette dernière : 77 cavaliers, 20 chasseurs à pied, 24 canonniers et 24 hommes de la compagnie Rimbert. Cette compagnie Rimbert, du pseudonyme de son chef, le chevalier de la Roche-Négly (8) , était une sorte de corps franc formé de paysans du Velay qui étaient habillés de noir et que l'on prenait pour des prêtres (9)

La retraite vers Lyon

Au début de septembre un vent de panique souffle sur le Forez. On redoute l'arrivée des soldats auvergnats levés par la Convention pour combattre la rébellion de Lyon. De Montbrison, le 9 septembre, une procession de voitures chargées de citoyens de Montbrison de tout sexe arriva à Feurs. Ils y répandirent l'effroi et la terreur en annonçant qu'une troupe de gens du Puy-de-Dôme les poursuivait, que peut-être ils étaient déjà à Montbrison, qu'ils seraient bientôt à Feurs, qu'on allait être pillé…(10)

Après beaucoup de difficultés et des pertes sensibles à Montrond et à Chazelles-sur-Lyon, les débris de l'armée départementale arrivent à Lyon le 15 septembre. C'est une force de 800 combattants dont 300 Foréziens répartis ainsi :

            de Saint-Etienne :

41 fantassins
7 cavaliers
10 canonniers au total 58 hommes

            de Montbrison :
90 fantassins
60 cavaliers
20 canonniers au total 170 hommes

             de Feurs :
45 fantassins
15 cavaliers
12 canonniers au total 72 hommes (11)

Ces soldats accompagnés de deux cents chariots et d'une foule de civils qui cherchent à se réfugier à Lyon forment une colonne de quatre kilomètres.

L'accueil de Lyon est enthousiaste. Le général Précy vient les accueillir, toutes les cloches de la ville sonnent : Le puissant renfort des Foréziens, le retour de leurs frères d'armes, les approvisionnement de toute nature qu'ils avaient amenés avec eux auraient ranimé le courage des Lyonnais, s'il eût faibli au milieu des privations et de l'isolement auxquels ils étaient en proie depuis longtemps (12).


Les Foréziens apportent un renfort surtout moral car l'étau se resserre autour de Lyon où le nombre des assiégeants ne cesse d'augmenter. Malgré des combats courageux où les Foréziens se distinguent - attaque à la loge du Change, engagement de la chaussée de Perrache (13) - la ville est prise le 9 octobre après un siège de deux mois.

Gravure extraite de A. Balleydier, Histoire politique et militaire du peuple de Lyon
pendant la Révolution française
, Paris, 1845
Les volontaires foréziens

Qui étaient donc ces Foréziens qui avaient combattu avec les Lyonnais ? Qu'est-ce qui les avait amenés à faire ce choix certes malheureux mais plein de courage ?

Il est bien difficile de dire précisément combien de volontaires foréziens a compté l'armée départementale de Rhône-et-Loire mais, en prenant comme base les divers effectifs qui sont annoncés, on peut estimer leur nombre à 600. Pour mieux les connaître nous avons relevé les noms de ceux dont on peut être certain qu'ils ont combattu les armes à la main pour la cause des Lyonnais en recoupant les listes de victimes données par trois auteurs :

- Antonin Portallier, Tableau général des victimes et martyrs de la Révolution en Lyonnais, Forez et Beaujolais, Saint-Etienne, imp. Théolier, 1911.

- Alphonse Balleydier, Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la Révolution française, Paris, 1845, tome III.

- E. Fayard, Histoire des tribunaux révolutionnaires de Lyon et de Feurs, Paris et Lyon, 1888.
Nous avons recueilli 143 noms, échantillon assez représentatif puisqu'il correspond à peu près au quart de l'effectif total. Il s'agit des gens les plus engagés - presque tous ont été arrêtés et condamnés, beaucoup ont été exécutés - et les plus notables. Les simples soldats ont, évidemment, plus facilement échappé à la répression.

Ces 143 volontaires foréziens se répartissaient ainsi dans l'armée départementale :

- 18 officiers (14),
- 17 chasseurs à cheval,
- 25 fusiliers,
- 5 grenadiers,
- 12 canonniers,
- 3 ingénieurs,
- 63 autres combattants dont on ne connaît pas la spécialisation.

Lieu d'origine des volontaires foréziens :

- Région de Montbrison    103           71 %
             dont Montbrison     56            40 %
- Région de Saint-Etienne   27            19 %
            dont Saint-Etienne   13              9 %
- Région de Roanne              9               6 %
- Non déterminé                    4

Lieux d'origine des volontaires foréziens
de l'armée départementale de Rhône-et-Loire

(carte extraite des Cahiers du Bicentenaire de la Révolution française,
n° 16, Village de Forez, 1990)
Premier constat : importance de la participation montbrisonnaise, 56 hommes, et dans une moindre mesure de celle des villes de la plaine du Forez :

Feurs 12 ; Saint-Galmier 5 ; Saint-Rambert 5 ; Sury-le-Comtal 2 ; Boën 2 ; Saint-Bonnet-le-Château est la seule localité des monts du Forez à fournir un contingent : 7 hommes.

Deuxième constat : faiblesse du contingent stéphanois : 13 noms pour Saint-Etienne, 5 pour Saint-Chamond, 2 pour Firminy, 2 pour Rive-de-Gier, 2 pour Saint-Paul-en-Jarez.

Enfin le Roannais semble très peu concerné.

Age des volontaires foréziens

20 ans ou moins   15 cas (15)
de 21 à 25 ans      16 cas
de 26 à 30 ans      24 cas
de 31 à 35 ans      14 cas
de 36 à 40 ans      15 cas
de 41 à 45 ans      15 cas
de 46 à 50 ans      10 cas
de 51 à 60 ans       16 cas
plus de 60 ans         6 cas (16)
âge non connu       12 cas

On est frappé par la variété des âges et c'est là aussi une donnée intéressante. Il y a de très jeunes et de jeunes hommes mais aussi des hommes mûrs et même âgés. 60 ans est à cette époque un âge de la vieillesse. Ceci montre que parmi les volontaires se trouvent des gens installés, souvent des notables, qui n'ont pas agi sur un coup de tête. Beaucoup, au risque de tout perdre, ont suivi un élan qui tenait du devoir. Ces écarts entre les âges s'expliquent aussi par les engagements familiaux ; pères et fils combattent souvent ensemble.

Origine sociale des volontaires


Professions
- artisans, commerçants :          32 cas        29 %
- hommes de loi :                        28 cas        25 %
- officiers et gendarmes :           25 cas        23 %
- agriculteurs, propriétaires :     10 cas          9 %
- médecins, chirurgien :                3 cas
- rentiers :                                     3 cas
- domestiques :                             2 cas
- divers :                                        7 cas
- professions non connues :        33 cas

Nobles :                                      37 cas        25,4 %

La noblesse


La noblesse, bien évidemment, est abondamment représentée avec le quart de l'effectif total. C'est elle qui fournit les cadres de l'armée départementale. En effet, beaucoup de ces nobles sont des professionnels de la guerre, officiers à la retraite comme les frères Chapuis de Maubou (17), Camille de Meaux (18), Pierre Lattard du Chevalard (19), Camille de Rochefort (20)... ou démissionnaires pour ne pas cautionner le nouveau régime comme Jacques Duguet du Bullion (21), Hugues de Saint-Didier (22) ou François de Boubée (23)...

Cette aristocratie forézienne, qui compte un nombre assez restreint de familles a fait de Montbrison sa capitale. Elle est unie par de multiples liens :

- Presque toutes ces familles sont parentes ou alliées.

- Les fils ont souvent été condisciples dans les mêmes collèges, chez les Oratoriens de Montbrison ou à Juilly comme plusieurs des chefs de l'armée forézienne : Jacques Duguet du Bullion, Théodore du Rozier de Magneux, Denis Gémier des Périchons (24).

- Beaucoup deviennent ensuite officiers et appartiennent donc à la même caste militaire.

Les volontaires nobles se connaissent et se reçoivent. Ils sont du même monde, presque du même salon. Il n'y a rien d'étonnant à voir la plupart d'entre eux se regrouper spontanément et joyeusement dans le fameux escadron des chasseurs du Forez :

… La cavalerie forézienne se forma aussi et eut pour digne chef M. du Rozier. On se procura deux canons et des approvisionnements. Ces préparatifs se faisaient au milieu de fêtes nombreuses dont l'intéressante maison de Meaubou était en quelque sorte le centre ; préludes riants de la catastrophe affreuse dont cette estimable famille devait être bientôt la victime (25).

Cette formation était composée de soixante hommes d'élite parfaitement équipés et montés qui formèrent un escadron remarquable par sa brillante tenue autant que par son courage (26) . Seule la cavalerie avait un véritable uniforme ce qui ajoutait à son prestige et augmentait, s'il en était besoin, son attrait : un surtout bleu de roi à passe-poil rouge, boutonné jusqu'au cou ; une ceinture en filet rouge et blanc, un pantalon de Nankin, de grosses bottes et un chapeau à la française, dont la calotte garnie d'une croix plaquée et formée de deux lames de fortes tôles, pouvaient garantir d'un coup de sabre… Chaque cavalier avait un sabre, une carabine sur l'épaule, un poignard, et une paire de pistolets à la ceinture (27).

La cavalerie forézienne, par sa cohésion, son expérience des combats et son intrépidité, se révèle d'une redoutable efficacité (combat de Salvizinet).

Aux côtés des nobles anciens officiers on note la présence de sept gendarmes. Il semble bien naturel que ces défenseurs traditionnels de l'ordre se soient majoritairement ralliés aux Lyonnais qui paraissaient un recours contre les extrémistes.

Les gens de loi

Un deuxième groupe important est constitué par les gens de loi : 7 notaires, 4 anciens procureurs, 3 avoués,
3 clercs d'avoué, 2 avocats, 2 conseillers du roi... C'est la catégorie sociale qui est la plus engagée et la plus divisée par les événements de la période révolutionnaire. Deux sentiments contradictoires la partagent :

- d'une part les gens de justice sont l'élite du tiers état, sa tête pensante. Beaucoup adhérent aux idées nouvelles.

- d'autre part la notoriété, l'aisance, les alliances avec la petite noblesse auxquelles ils aspirent, le fait qu'ils détiennent souvent des offices font que d'autres sont plus conservateurs ou franchement contre-révolutionnaires.

Des familles même sont divisées (28).

On trouve aussi une dizaine d'agriculteurs-propriétaires (en majorité nobles), deux médecins, un chirurgien, deux rentiers, deux domestiques, et divers métiers ; un ingénieur, un géomètre, un teneur de livres, un instituteur, un écrivain, un étudiant et un diacre.

Les commerçants et artisans


Les commerçants et artisans constituent le groupe numériquement le plus important. Mais il est très hétérogène quant aux situations. Il y a loin des bourgeois cossus comme les fabricants de rubans Praire de Neyzieu (29) aux simples tisserands ou du marchand de chevaux aisé au petit commis de magasin. Les travailleurs manuels ne sont pas rares : charpentiers, armuriers, tonnelier, ferblantier, "clincailler", horloger... ainsi que les petits commerçants : boulangers, épiciers, pâtissier, chapelier, perruquier... Ils servent dans l'infanterie et pour les artisans dans le corps des canonniers, l'artillerie étant l'arme "technique".

Pourquoi ces gens du peuple se sont-ils laissés entraîner dans cette aventure ? Il semble qu'aient joué des relations de voisinage et de clientèle, surtout à Montbrison petite ville où la noblesse tenait le haut du pavé. Ainsi les Siaume, le père et les deux fils tous charpentiers, sont-ils, au cours de leur procès, accusés d'être des amis des Girard de Vaugirard qui habitent le même quartier.

D'autres ont simplement suivi leurs maîtres comme Denis Jean Marie Gros, de Coutouvre, domestique d'un noble ou François Mongarel, cuisinier du marquis de Nicolay.

Enfin peut-on penser que quelques-uns ont été abusés et croyaient sincèrement défendre la République ou tout au moins leur patrie ? Ils ont suivi des gens distingués, influents pour aller combattre dans cette armée départementale qui marchait, il faut s'en souvenir, sous des drapeaux tricolores portant comme devise "Liberté, Egalité, Fraternité". Cependant certains volontaires s'abstenaient soigneusement de porter la cocarde tricolore. Un détail vestimentaire, "la ganse blanche", est l'insigne particulier ou du moins considéré comme tel, des royalistes de l'armée départementale. Ainsi le docteur Gény, chirurgien, 50 ans, est arrêté
pour avoir fait le service dans les chasseurs à cheval avec les Muscadins, il s'est caserné avec eux et a porté la ganse blanche (30) .

 

Le destin des volontaires foréziens

Nobles ou roturiers, bourgeois ou petites gens, les volontaires foréziens paient très cher leur engagement ; parmi les 143 foréziens dont nous avons relevé le nom :

- 82 sont condamnés et exécutés à Lyon (57 %)

- 22 sont condamnés et exécutés à Feurs (15 %)

- 9 sont tués au cours du siège.

Un quart seulement échappe à la répression ; 11 sont condamnés à une peine de détention, 9 sont acquittés, 6 s'évadent ou émigrent...

Les rescapés, s'ils sont nobles, bénéficient à la Restauration de quelques honneurs. Jacques Duguet du Bullion qui parvient à s'échapper en se cachant dans une charrette de paille et continue à combattre jusqu'en 1796 dans l'armée de Condé est fait chevalier de Saint-Louis en 1814. Denis Gémier des Périchons (31)qui parvient à s'enfuir revient après Thermidor et fait carrière sous tous les régimes : député en 1805, officier de la Légion d'honneur en 1811, baron de Ier empire (1813), rallié à Louis XVIII, élu à la chambre des Cent-Jours, conseiller général de la Loire...

S'ils appartiennent au peuple comme les frères Siaume, charpentiers, ou le ferblantier Collardet, ils reprennent simplement leur ancien métier. La campagne de Forez et le siège de Lyon n'a été qu'un bref et malheureux épisode dans leur existence, un moment où ils ont cru accomplir leur devoir.

     
                                                                                                                                                               Joseph Barou
Notes

(1) Louis-François Perrin de Précy (14 janvier 1742, Ancy-le-Duc, Saône-et-Loire ; 25 août 1820, Marcigny, Saône-et-Loire) ; ancien officier de l'armée royale. Pour sa biographie cf. A. Portallier, Tableau général des victimes et martyrs de la Révolution en Lyonnais, Forez et Beaujolais, Saint-Etienne, imp. Théolier, 1911.

(2) Arrêté du 5 juillet 1793 et procès-verbal des délibérations de la Commission populaire du 13 juillet 1793, cités par A. Balleydier, Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la Révolution française, Paris, 1845, t. I, p. 286-292.

(3) Engagement meurtrier entre les Muscadins en garnison à Saint-Etienne commandés par l'adjudant général Servan et un escadron de dragons de Lorraine renforcé de paysans de la région. Servan est fait prisonnier et les Lyonnais ont 27 morts. Ce combat donne lieu à des atrocités relatées par Edouard Perrin, Le tombeau des Muscadins, imp. Eleuthère Brassart, Montbrison, 1918. Cf. aussi A. Balleydier, op. cit. t. II, p. 55-56 et C. Joachim Puy, Expédition des Lyonnais dans le Forez, Saint-Etienne, imp. Théolier, 1889.

(4) Combat marqué aussi par des atrocités, de la part, cette fois, des Muscadins qui ont un seul tué alors que leurs adversaires, une foule de paysans inorganisés, comptent une centaine de tués. Cf. Balleydier, op. cit., t. II, p. 85-87

(5) Coup de main effectué à partir de Montbrison avec 204 fantassins et 48 chasseurs à cheval de l'armée départementale commandés par de La Roche-Négly. Il permet la capture d'une centaine d'hommes, de 50 chevaux et de deux chariots de fusils qui, avec le général Nicolas, sont transférés à Lyon. Cf. Puy, op. cit., p. 142 et Balleydier, op. cit., t. II, p. 51-54.

(6) Selon C. Joachim Puy, Expédition des Lyonnais dans le Forez, Saint-Etienne, imp. Théolier, 1889.

(7) Jean-Baptiste-François-Théodore du Rozier de Magneux, fils de Marie-Guillaume et de Benoîte Bernou de Rochetaillée, ancien élève de Juilly, ancien capitaine de dragons, blessé le 29 septembre 1793 au siège de Lyon et décédé le 30.

(8)Gabriel-François de La Roche-Négly, né le 4 octobre 1757 à Chamblas-en- -Velay, ancien élève de Juilly, capitaine au Royal-Auvergne, chevalier de Saint-Louis, démissionnaire en 1792. C'est lui qui commande l'Armée départementale dans sa retraite vers Lyon. Condamné et fusillé à Lyon le 25 octobre 1793.

(9) Cf. Puy, op. cit. p. 71.

(10) Pétition de Relogue, père et fils, A.D. Rhône, 42 L 187, cité par Colin Lucas, "Actes du colloque Gilbert Romme", Revue d'Auvergne, tome 79, 1965, p. 273-291.

(11) A. Balleydier, op. cit.

(12) A. Balleydier, op. cit.

(13) C'est là qu'est mortellement blessé le colonel du Rozier.

(14) Tous les officiers sont des nobles à deux exceptions près : Fleury Gras, né à Montbrison, 38 ans, écrivain, lieutenant des grenadiers et Thomas Vallin dit Desjardins, demeurant à Saint-Etienne, 40 ans, teneur de livres, commandant de bataillon.

(15) Pierre Bergeron, de Roanne, cultivateur, 20 ans,
Jérôme Bourg, chapelier, né à Saint-Chamond, 18 ans, sert dans les fusiliers,
Jean-Marie-Louis Dervieux, de Saint-Etienne, "clincaillier", 20 ans,
Pierre Groselier, de Montbrison, surnuméraire de l'enregistrement, 18 ans.
Abraham Plasson de Lacombe, né à Valeilles, 17 ans, chasseur.
Pierre Lattard du Chevallard des Audinets fils, né à Montbrison, 18 ans.
Pierre-Etienne de Lesgallery, fils cadet, demeurant à Montbrison, 18 ans.
Jean Magdinier, tonnelier, né à Sainte-Agathe-en-Donzy, 19 ans ; c'est lui qui conduisit en Forez et sauva le général Précy.
Martin-Despomey, de Montbrison, 19 ans.
Joseph Mathevon, fils du maire de Rive-de-Gier, commis-toilier, 18 ans,
Antoine Relogue fils, né à Feurs, 17 ans.
Joseph-Marie de Rochefort, né à Feurs, officier de marine, 19 ans.
Pierre Sibeau, né à Boën, demeurant à Montbrison, cultivateur, 18 ans.
Jacques Turquet fils, de Montbrison, garçon perruquier, 20 ans.
Jean-Pierre Girard de Vaugirard, né à Champdieu, officier, 20 ans.

(16) Jean-Thomas d'Aboin de Cordes, de Firminy, noble, 61 ans,
Etienne Basset, demeurant à Saint-Chamond, commissaire à terrier, 62 ans.
Jean-François Buys, venu de Saint-Etienne à Lyon, officier de gendarmerie, 66 ans,
Louis de Lafont, de Saint-Paul-en-Jarez, marchand de soie, noble, 69 ans.
Marcellin de Lesgallery-Dutaillou, de Montbrison, ancien officier, 63 ans.
Antoine Joseph Relogue, de Feurs, rentier, ancien procureur, 65 ans.
(17) Quatre frères de la famille de Maubou combattent avec les Lyonnais :
- Jean-Pierre Chappuis de Maubou, de Montbrison, ancien capitaine au régiment de dragons de Lanau, chevalier de Saint-Louis, 49 ans.
- Pierre Chappuis de Maubou, ancien lieutenant-colonel d'artillerie, 45 ans.
- Pierre-Antoine Chappuis de Maubou de Saint-Julien, ancien major au régiment d'Orléans, 44 ans.
- Pierre-François Chappuis de Maubou de Saint-Julien, ancien officier d'artillerie, 41 ans.
(18) Camille de Meaux, dit Merlieux, né à Montbrison, 57 ans, ancien capitaine au régiment de Bourbon.

(19) Pierre Lattard du Chevalard des Audinets, père, né à Montbrison, 53 ans, ancien capitaine.

(20) Comte Camille de Rochefort, né à Feurs, demeurant à Arthun, 50 ans, ancien officier.

(21) Hugues Genestel de Saint-Didier, né à Aurec, demeurant à Cleppé, 30 ans, ancien élève de Juilly, lieutenant, démissionnaire en septembre 1752.

(22) Jacques Duguet du Bullion, écuyer, né en 1756, capitaine au régiment d'Angoulême, quitte l'armée le ler mars 1791 quand on exige le serment.

(23) François de Boubée, né à Montbrison, demeurant à Peurs, 46 ans, capitaine de dragons, démissionnaire au moment de l'organisation des armées de la République.

(24) Le collège de Juilly, près de Meaux, était tenu par les Oratoriens et jouissait d'une renommée nationale. Le comte de Grésolles, député aux états généraux de 1789 pour la noblesse de Forez ainsi que le chevalier de La Roche-Négly étaient aussi d'anciens élèves. L'influence de Juilly a été étudiée par l'abbé E. Bonnardet, Les Lyonnais au collège de Juilly.

(25)Manuscrit de M. de Poncins cité par C. Puy, op. cit., p. 33.

(26) A. Balleydier, op. cit., t. I, p. 270.

(27) A. Balleydier, op. cit., t. I , p. 326.

(28) Cf. les travaux de Claude Latta, notamment Trois conventionnels montbrisonnais : J. B. Dupuy, Pierre Dubouchet et Claude Javogues, Cercle généalogique et héraldique de l'Education nationale, n° 14, déc. 1987, p. 10-31.

(29) Deux frères :
- Louis Joseph Praire-Royet, maire de Saint-Etienne, 37 ans, négociant en rubans.
- Claude-Antoine Praire de Neyzieu, de Saint-Etienne, 35 ans, fabricant de rubans, chef de bataillon de la garde nationale de la ville.

(30) A.D. du Rhône, Feurs L VIII, cité par Portailler, op. cit.

(31) Denis Gémier des Périchons né en 1758 à Montbrison, élève à Juilly, sous-lieutenant aux dragons de Penthièvre, décédé en 1835.

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