Retour à l'accueil

 
 
 


Voir aussi les pages :

Société

Vie d'autrefois

Bibliographie :

René Rombaud,
Les fugitives, précis anecdotique et historique
de la coiffure féminine à travers les âges,

Société d'éditions modernes
parisienne, Paris, 1955

"Chapeaux à la mode"
dans Le Miroir
du 19 octobre 1919

 


Chazelles
et ses chapeaux

 

Conception
David Barou

textes et documentation
Joseph Barou


questions, remarques ou suggestions

s'adresser :

Forez
 




Chapeau d'Albert Petit et Carrière, Paris, 1912

 

Chapeaux bas, Mesdames !

 

Autrefois, les couvre-chefs avaient, c'est sûr, une bien plus grande importance que de nos jours. Chapeaux, casquettes, képis, coiffes et bibis de toutes sortes étaient indispensables pour assurer à tous un minimum de dignité.

A chacun son couvre-chef

Un vieux Montbrisonnais, Jean Soleillant, se souvient : "Pour les hommes, j'ai été, disons, dans les premiers à sortir tête nue, dans les années 32-33. Auparavant, les hommes portaient le chapeau… Le canotier était une coiffure très légère, très confortable, paraît-il. Les hommes portant le panama étaient rares. Il était réservé à l'élite".

Pour les femmes, "le chapeau était absolument obligatoire, d'ailleurs ma mère en a toujours porté. Elle allait chez la modiste car, bien sûr, on changeait souvent de chapeau". Modistes et chapeliers exerçaient un métier plaisant et rémunérateur. A Montbrison, en 1933, Mlle Kopp avec Mmes Dumas et Meyer coiffaient les dames, MM. Perrin et Migeat fournissaient les messieurs.

Pour les hommes, le chapeau permettait des gestes de politesse : se découvrir galamment pour saluer une dame, le toucher négligemment pour dire bonjour à un ami. Au rebours, il servait aussi à provoquer, tel le libre-penseur, canotier sur le crâne et cigare aux lèvres devant la procession de la fête-Dieu. Bref, un accessoire indispensable qui, de plus, rangeait chacun dans sa classe sociale : la casquette à l'ouvrier, le chapeau au bourgeois, le képi au militaire… et la coiffe à la vieille paysanne.

Charmant mais encombrant

Pour les femmes, tout se complique. Car ce cher chapeau peut être volumineux. Et devenir gênant au spectacle. En janvier 1912, pour la représentation des Mystères de Noël, salle Saint-Pierrre, les dames doivent éviter des coiffures semblables à "la tente d'Abraham" pour ne pas gêner les voisins. Même problème en mars 1912. Une "fête de l'aviation" réunit la bonne société au théâtre municipal. Et le chroniqueur du Journal de Montbrison prévient :

"Les dames seront priées de déposer leurs chapeaux qui pourraient gêner les personnes placées aux seconds rangs. C'est un geste gracieux qui répondra à la galanterie de ceux qui se feront un devoir de laisser aux dames les premières places." Pour l'occasion, une petite salle est transformée en vestiaire. Cependant il serait mieux, recommande-t-on, pour éviter les retards, de venir au théâtre "en cheveux, coiffées seulement d'une mantille". Mais c'est bien osé !

M. le préfet s'en mêle…

Plus grave encore, le chapeau peut devenir un vrai danger ! Et en octobre 1912, le préfet de la Loire prend un décret pour protéger les bonnes gens :

"Considérant que la partie acérée des épingles fixant les chapeaux féminins dépasse parfois la coiffure de plusieurs centimètres, sans être munie d'aucun appareil protecteur, et que des accidents se sont produits" ils seront interdits dans les "endroits fréquentés par un public nombreux" . Ainsi plus de chapeaux dans les salles de spectacle, les gares, les voitures publiques, les tramways… Sauf si les épingles sont munies "d'un cache-pointe constituant une protection suffisante".

Et il ne s'agit pas de plaisanter car "Messieurs les Sous-préfets, les Maires, le commandant de gendarmerie, les agents de contrôle des voies ferrées, les Commissaires de police, gardes champêtres sont chargés d'assurer l'exécution du présent arrêté…"

Cet acte d'autorité freina-t-il quelques abus ? Il ne fut sans doute pour rien dans la presque totale disparition des chapeaux féminins. Ah ! la mode ! Elle est difficile à gouverner.


Joseph Barou

Sources : presse locale de 1912 (bulletins paroissiaux, Journal de Montbrison) et souvenirs de Jean Soleillant, "Montbrison autrefois", Cahier de Village de Forez, n° 2, octobre 2004.


[la Gazette du 11 mai 2007]

Publicité pour la chocolaterie Weiss,
Saint-Etienne
(début du 20e siècle)