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Textes en lignes :

Le préfet Louis Lépine

candidat d'union républicaine
à Montbrison 1913
(fomat pdf, 9 p.)

 

Pierre Robert fera ensuite
une belle carrière politique


(
photo du journal

Le Montbrisonnais
du 9 octobre 1937)

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Sauvain,
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Mise à jour : 28 mars 2014
 



Louis Lépine
en gouverneur général de l'Algérie
(supplément du Petit Journal du 17 octobre 1897)


1913 : le préfet Lépine

en campagne

à Montbrison

Printemps 1913, le petit monde politique de Montbrison s'agite. Le décès du député-maire Claude Chialvo entraîne une élection législative. Les radicaux-socialistes ont le vent en poupe. Le pays montbrisonnais peut basculer à gauche.

La retraite de l'infatigable M. Lépine

Et voilà qu'entre en scène un candidat inattendu. Ce n'est pas n'importe qui ! Louis Lépine : "l'ami des rois, des princes et des ministres" disent ses amis. Né le 6 août 1846 à Lyon, il fait son droit puis la guerre de 1870. Devenu avocat, il quitte vite le barreau pour une brillante carrière dans l'administration : sous-préfet de Lapalisse, de Montbrison, de Langres, de Fontainebleau, préfet de l'Indre puis secrétaire général de la préfecture de police de Paris. En 1891, il est préfet de la Loire puis le 12 juillet 1893, préfet de police de Paris jusqu'en 1913 avec une brève interruption, de 1897 à 1899, où il est gouverneur général de l'Algérie.

Il donne toute sa mesure comme préfet. Ferme, actif, il paie de sa personne et acquiert une grande notoriété. Présent partout, il réglemente la circulation, invente le bâton blanc, arme les agents de ville du revolver, crée brigades cyclistes et brigades fluviales... Les groupes anarchistes sont infiltrés par ses hommes, les manifestations réprimées, la grève des postiers de 1908 cassée, la "bande à Bonnot" neutralisée... De plus, il organise le célèbre "concours" (1902) destiné à récompenser inventeurs et artisans.

En 1913, à 67 ans, Lépine prend sa retraite. Une retraite active. Et Montbrison lui permet d'entrer en politique. Car il a des attaches foréziennes. Il a épousé Marie Dulac, une Montbrisonnaise. De temps à autre il habite son château de Sauvain. Son principal adversaire est le radical Pierre Robert, 38 ans, avocat et gérant du journal le Montbrisonnais. La campagne est passionnée. Elle peut se résumer en deux slogans : A Lépine, l'Union républicaine. A Robert, la République sociale.


Une campagne électorale sans merci

Les radicaux se plaignent de ce que leur candidat est "abreuvé de calomnies". Les détracteurs de Robert insinuent en effet qu'il a partie liée avec les révolutionnaires, suprême accusation dans une région modérée telle le Forez !

Quant au Montbrisonnais, le journal de Pierre Robert, il tape à bras raccourcis sur Lépine. L'article du 21 juin est un chef-d'œuvre du genre : "Le candidat Lépine : un programme inexistant, une profession de foi nulle, un homme ridicule et ignorant... Vraiment les électeurs, au lieu d'envoyer ce vieil incapable à la Chambre feraient mieux de l'expédier, avec un carton d'écolier sous le bras, aux cours du soir d'éducation civique ... et morale !" Pourtant Lépine est couvert de titres et de diplômes et membre de l'Institut ! Mais qu'importe. C'est une campagne électorale.

Le dimanche 29 juin, les citoyens font leur choix. Lépine obtient 8 136 voix (49,3 %) et Robert 7 935 voix (48,1 %). Lépine, malgré sa notoriété, n'est pas élu au premier tour. Ce ballottage est perçu comme un échec. La lutte sera chaude. Au deuxième tour le 13 juillet 1913, Lépine est élu de justesse avec 9 118 voix (50,55 %) contre 8 917 voix (49,45 %) à Robert.

Epilogue

Louis Lépine quitte bien vite l'appartement qu'il a loué quai des Eaux-minérales, pour Paris. L'élection de Montbrison n'a été pour ce grand commis de l'Etat qu'une brève parenthèse. En 1914 il se présente dans la Seine, à Sceaux, où il est battu par une coalition socialiste. La politique ne lui a pas réussi. Il se tourne vers d'autres activités.
Arrive la Grande Guerre. Lépine est au Comité de Secours national, devient inspecteur général des prisonniers de guerre, commissaire aux effectifs.

Il est aussi administrateur de la Compagnie du canal de Suez, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, du Conseil supérieur de l'Assistance publique, de la protection de l'enfance, des Pupilles de la Nation, du Conseil de l'Ordre de la Légion d'honneur... L'inlassable M. Lépine meurt,le 9 novembre 1933, à Paris, à 87 ans, sans avoir vraiment pris de retraite.

Joseph Barou

[La Gazette du 27 octobre 2006]



Louis Lépine (1846 - 1933)

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