
Un reposoir dans la rue Tupinerie
Le
temps des grandes processions
de Fête-Dieu à Montbrison
A Montbrison,
cité qui depuis le Concordat de 1801 est partagée en deux
paroisses, deux processions de Fête-Dieu rassemblaient traditionnellement
les paroissiens de Notre-Dame et de Saint-Pierre. La première
le jour de la fête et la seconde le dimanche suivant. Ainsi chacun
des curés avait, à son tour, la place d'honneur.
Sous la présidence
de Son Eminence
le cardinal-archevêque de Lyon
Les cérémonies du 25
juin 1843, jour de la "seconde procession de Fête-Dieu"
déploient tout leur faste car elles sont - et c'est très
exceptionnel - présidées par Son Eminence le cardinal-archevêque
de Lyon, Monseigneur de Bonald.
Les façades sont tendues de draps blancs que les bonnes familles
réservent à ce seul usage. Des arcs de triomphe de feuillage
enjambent les rues. Outre le clergé des paroisses avec des cohortes
d'enfants de chur, tout le petit séminaire avec ses prêtres
et collégiens est sur les rangs. Habits chamarrés des
suisses portant cannes et hallebardes, soutanes et soutanelles rouges,
surplis de dentelle, flambeaux, encensoirs
un déploiement
de couleurs
Sous le dais de velours orné de quatre plumeaux blancs le prélat
porte le Saint-Sacrement dans un soleil d'or. Il avance à petits
pas sur un tapis de pétales de rose. Sa lourde chape brodée
d'or scintille de mille feux. Tout autour flotte un léger nuage
d'encens
Tout le petit peuple écolier
Une belle place est réservée aux enfants
des écoles, déjà nombreux à Montbrison.
Ecoutons le chroniqueur du Journal de Montbrison :
"En tête de la colonne du centre,
marchaient, habillées et voilées de blanc, les jeunes
élèves des dames Saint?Charles ; venait ensuite leur pensionnat
et les différents pensionnats de demoiselles, toutes aussi en
robes et voiles blancs ; et enfin, toujours dans le même costume,
les jeunes personnes de la congrégation, chantant des cantiques.
L'aile de droite se composait des petits orphelins de la Providence
et celle de gauche des petites filles de la Charité, les uns
et les autres vêtus d'étoffes couleur bleu de ciel...
Venaient ensuite les nombreux enfants des écoles de la Doctrine
Chrétienne, sous la conduite de leurs vénérables
et pieux instituteurs. Cinquante de ces jeunes enfants formaient au
centre un petit bataillon carré, marchant en mesure, chantant
des cantiques dont les beaux airs, se mariant dans le lointain à
ceux du chur des jeunes filles, produisaient le plus magique effet..."
.
La ville entière
Suivent les diverses congrégations et confréries,
chacune sous leur bannière. Le corps des sapeurs-pompiers de
la ville prête son concours pour rehausser l'éclat du défilé.
Puis arrivent les gens ordinaires, en foule, hommes et femmes dûment
séparés.
De reposoir en reposoir, la ville entière, - les deux paroisses
confondues -, chemine en faisant escorte à un prince de l'Eglise
qui a bien voulu visiter son peuple fidèle. Enfin dans l'église
illuminée et odorante se déroulent tous les fastes de
l'antique liturgie lyonnaise.
Joseph Barou