La Providence de Rigaud

Maison d'enfants Jean-Baptiste d'Allard

                                                                                                  par Marguerite Fournier


On désigne toujours à Montbrison sous le nom de "Providence de Rigaud" le bel immeuble dominant la ville des hauteurs de Rigaud dont l'appellation actuelle est "Maison d'enfants Jean-Baptiste d'Allard".

En lui donnant, il y a une trentaine d'années, le nom de son fondateur, le conseil d'administration de la maison rendait un hommage tardif à un gentilhomme forézien grand bienfaiteur de notre cité qui, en 1836, s'était plus particulièrement intéressé au sort des orphelines pauvres. Il avait fait construire à grands frais sur un terrain lui appartenant un vaste bâtiment pour les accueillir et les héberger jusqu'à leur majorité en les rendant capables de gagner leur vie. Ce fut d'abord par le tissage de la soie et la fabrication de la dentelle, puis par des travaux de lingerie.

Ainsi naquit la Providence sous la direction des Sœurs de Marie-Joseph dont il est bon de rappeler l'historique. Nous devons ces renseignements à notre ami Jo Barou qui eut dernièrement le plaisir de rencontrer un groupe de ces religieuses venues à Montbrison.


Jean Baptiste d'Allard
   

Les Sœurs des Prisons

La fondatrice de l'ordre se nomme Anne-Marie Quinon. Elle est née le 8 septembre 1799 à Saint-Priest dans la banlieue de Lyon. sixième enfant d'une famille de petits commerçants.



 Anne-MAarie Quinon (1799-1858)

 

A l'âge de dix-huit ans, le 26 septembre 1817, elle est reçue comme "Charlotte" à la prison Saint-Joseph de Lyon. Les "Charlottes" étaient des femmes qui, à Lyon, formaient une société charitable consacrée à la visite des prisonniers. Elles constituaient une petite communauté et vivaient dans la prison. En 1819 elles étaient affiliées aux Sœurs Saint-Joseph.

En avril 1820, Anne-Marie Quinon prend le voile et devient Sœur Saint-Augustin. En 1824, à vingt-cinq ans, elle devient supérieure de la communauté résidant à la prison Saint-Joseph de Lyon.

C'est en 1824 que les Sœurs Saint-Joseph arrivent à la prison de Montbrison. Elles devaient rester chez nous cent quarante-neuf ans de 1824 à 1973, date de leur départ définitif.

Outre leur présence à la maison d'arrêt, elles avaient beaucoup d'autres activités. On les rencontrait au "Bureau de bienfaisance municipal" dans leur maison du Calvaire, distribuant aux indigents de la soupe et des bons de pain... On les voyait aussi à l'église Saint-Pierre où elles accomplissaient diverses tâches matérielles, celle de chaisière en particulier... Mais elles excellaient aussi à l'ouvroir où elles initiaient les jeunes filles à des travaux de broderie et de lingerie...

           
                                    

La "Providence du Calvaire"
(clichés J. Barou)

On les appelait aussi plus communément les Sœurs de la Providence. Nous les avons bien connues avec leurs amples jupes noires auxquelles s'accrochaient parfois trois ou quatre bambins avides de protection... Leurs voiles noirs soulignés d'un trait d'azur... Le bandeau blanc éclairant leur visage... Nous avons connu aussi la triste cohorte des orphelines tout de noir vêtues elles aussi, descendant deux par deux de Rigaud pour se rendre à la messe à Notre-Dame.

Leur seule coquetterie était une médaille suspendue à un ruban de couleur variant suivant leur âge : rouge pour les petites, vert ou bleu pour les moyennes, violet pour les plus âgées !...

Religieuses et orphelines faisaient en quelque sorte partie du paysage montbrisonnais aussi l'annonce de leur départ, au début de 1973, jeta-t-elle la consternation dans notre cité. On multiplia les démarches pour les conserver, mais ce fut en vain ; on se heurta à une décision irrévocable, motivée, comme tant d'autres, hélas ! à notre époque par le manque de vocations religieuses. Celles qui restaient furent rappelées à la maison-mère du Dorat (Haute-Vienne) et affectées aux prisons qu'elles servaient encore (celles de Fresnes. Fleury-Mérogis, le dépôt de la Préfecture de Police de Paris, la Centrale de femmes de Rennes, Cahors...). C'est pour cela que l'ordre avait été fondé, les maisons d'enfants et autres établissements de bienfaisance ne venaient qu'après...

Depuis 1973 il n'y a plus à Montbrison de Sœurs de la Providence mais la maison de Rigaud existe toujours. Avec une nouvelle direction et un personnel qualifié elle continue à recevoir des enfants confiés soit par la Direction Départementale d'Action Sanitaire et Sociale (DDASS) soit par le tribunal à la suite de problèmes familiaux. II y en a actuellement une cinquantaine.

1967 a vu la création d'un lycée d'enseignement technique élevé sur le terrain de Rigaud à proximité de la Maison d'enfants. Il est fréquenté par plus de deux cents élèves qu'il prépare à des carrières sanitaires et sociales. A la Maison d'enfants comme au lycée, le nom de Jean-Baptiste d'Allard est à l'honneur... Et c'est justice.

Un autre nom qui devrait l'être c'est celui d'Anne-Marie Quinon, la fondatrice des Sœurs de Marie-Joseph. Pourtant personne ne sait qu'après une vie de dévouement et de prière, elle a voulu venir finir ses jours à Montbrison, dans la maison de l'ouvroir du Calvaire où elle meurt le 4 août 1859 dans une chambre près de la chapelle. Elle a été inhumée le 7 août 1859 au Dorat.
Le groupe de religieuses que Jo Barou y a rencontré il y a quelques jours venait dans notre ville comme en pèlerinage... Ne serait-ce pas un nom à ajouter au florilège des saints qui, à travers les âges, ont protégé Montbrison ?

Marguerite-Victor Fournier

La Providence de Rigaud

Cartes postales anciennes





Dans la chapelle

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En décembre 1916, décès de Mère Saint-Jean-Baptiste,
de la communauté des religieuses de Marie-Joseph de la Providence du Calvaire



Journal de Montbrison
(décembre 1916)

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Ecole de la Providence de Rigaud

devenue le lycée Jean-Baptiste d'Allard





Spectacle donné dans la salle du Rex le 5 juin 1962
par les élèves de l'école de la Providence de Rigaud

(clichés de Marguerite Fournier)

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Centenaire de la Providence

1836-1936



 

Conception : David Barou
documentation et suivi : Joseph Barou
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Mis à jour le 16 février 2015