Il
faut que je vous parle d'un mariage qui s'est passé à
Germagneux : la Justine de chez Jambin. J'étais toute gamine,
j'étais à l'école, bien sûr. Je ne
sais pas l'âge que j'avais, pas bien vieille toujours.
Il y avait un mariage qui se passait à Germagneux : une
fille qui se mariait avec un de Châtelneuf. Alors l'institutrice
nous fit sortir
["passer dehors"] pendant la récréation
pour pouvoir voir ce qui se passait.
Nous
avons vu toute une bande de chars à bancs qui montaient.
Ils étaient tous pareils : c'était tout peint -
et il y en avait une bande - c'était tout enrubanné,
tout enrubanné. Oh ! la la ! On disait : On n'en a jamais
vu comme ça. Et, bien sûr, ils montaient. Ils faisaient
un beau mariage quoi. D'abord, ils étaient nombreux...
Il y avait même des belles-soeurs de ma mère qui
étaient des cousines germaines
[de la mariée].
Et
quand ils furent en haut du "village" [le
hameau] -
à cette époque [ça
se faisait],
et ça se fait certainement encore à d'autres endroits,
- ils avaient barré
[la route] pour empêcher de partir [la mariée].
Ils avaient mis un fil de fer et puis une table pour les recevoir,
quoi. Alors, il y avait des gâteaux, des liqueurs, quoi
! Bien sûr, il fallait qu'elle [la mariée] descende.
Ils ne passaient pas, autrement.
Mais
nous regardions surtout ce qui était tout enrubanné
; c'était tout... les chevaux, c'était tout harnaché,
ça brillait, partout. Eh ben ! bon sang ! Eh ben ! c'est
un beau mariage !
Et
moi non plus, j'étais tout à fait gamine, je n'en
avais jamais vu comme ça. Et puis quand ils eurent fait
[franchi le barrage]... ça dura un moment. Et puis il
y avait l'accordéon, en tête, qui jouait. Je n'avais
jamais entendu ça. C'était intéressant...
Ils
mettaient l'assiette, la corbeille, pour mettre des sous, bien
sûr. Et puis après, ils firent un bon mariage.
Et
puis, quelque temps après - ils appelaient ça le
rouchin (1)-
[avec] les
sous qu'ils avaient ramassés, ils se réunissaient,
ils choisissaient un moment qui leur accordait mieux pour inviter
ceux de la noce et puis ceux qui avaient participé à
la haie (?),
à les barrer, quoi... Alors se passait une bonne veillée.
On mangeait, s'il n'y en avait pas assez [de
l'argent],
il y en a qui ajoutaient. Et puis je ne me rappelle plus si ça
s'est fait - j'étais toute gamine.
*
* *
Mais
tout ce que je me rappelle, il y avait un autre mariage qui s'était
fait à Germagneux. J'étais bien plus vieille parce
que... Alors ici, ils avaient fait allumer les jeux, les feux
de joie pour carnaval. Alors je ne voulais pas y aller parce que
c'était pendant la guerre. On n'avait pas tout ce qui fallait.
Et puis mon homme était prisonnier. Je ne voulais pas y
aller. Et j'y allais quand même ; ça se passait au
village.
Et il y avait deux salles. Ils nous reçurent bien. Tout
ce qu'ils pouvaient : des châtaignes, du vin, du café.
Il se but... Il se passa une bonne nuit, jusqu'à sept heures
du matin. Il y avait deux salles : d'un côté les
vieux, de l'autre les jeunes. Ils avaient chacun leur accordéoniste.
Et les jeunes disaient : Baste pour ça ! Ils ne
pouvaient pas rentrer. C'était fermé à l'intérieur.
Ils faisaient le tour de la "croisée" [la
fenêtre],
après ils disaient :
Oh
! la la ! Venez voir les vieux comme ils s'amusent. Ils s'amusent,
ils s'amusent mieux que nous. Et c'est fermé, on ne peut
pas y aller.
Et
il y avait de ces femmes - qui étaient vieilles -, qui
levaient la gigue, qui levaient la gigue. Puis il y en avait qui
avaient bu un petit coup [un
petit "canon"].
Ils ne savaient pas... Mais ils faisaient des jeux que je n'avais
jamais vus parce que je n'étais pas bien vieille d'abord
mais il y en avait de plus vieilles qui y étaient... Ils
s'amusaient bien plus.
*
* *
Mais
j'ai assisté aussi, à un endroit où j'étais
placée où la belle-fille s'était mariée,
le garçon s'était marié l'année d'avant.
Et pour le carnaval, aussi, ils firent un feu de joie. Ils firent
un grand feu, pour le Mardi gras, le dimanche après le
Mardi gras. Et puis, par devant, quand on y alla, c'était
tous des couples, garçons et filles, tous en couple. Les
mariés n'étaient pas les premiers, c'étaient
les jeunes qui étaient les premiers et les mariés
en dernier. Et il y en a un, qui était devant, qui balayait,
qui balayait, qui balayait jusqu'à ce qu'ils soient arrivés
au feu de joie.
Et
puis, là aussi, ils firent un bon feu qui dura un moment
parce que les jeunes avaient accroché ça [le
bois] tout
le dimanche. C'est le dimanche soir que cela se passa. Et là
aussi, nous avons passé toute la nuit, toute la nuit à
danser jusqu'à sept heures du matin. Je m'en suis rappelé,
ici, parce que j'y avais assisté. J'étais placée
à cet endroit. Et ça se passa bien, quoi. Ce fut
une veillée merveilleuse, quoi. Eh ben ! Mon vieux. Et
puis ils s'amusaient bien. Les uns chantèrent des chansons
qui étaient bien vieilles. Et puis on s'est bien amusé,
quoi.
Ils
avaient donné du jambon, du saucisson, des gâteaux.
Ils avaient fait des gâteaux. Il y avait aussi des cacahouètes.
Il y avait vin blanc, vin rouge. Il y avait du "quina"[Quinquina].
Ici, nous avons passé un dimanche, une veillée,
toute une veillée merveilleuse. Je n'ai rien oublié.
Et voilà.
(1)
Festin de retour de noces, cf. rouchain L.-P. Gras, Dictionnaire
du patois forézien, 1863.

Mariage
à Saint-Bonnet-le-Courreau, vers 1930,
l'accordéoniste est en tête du cortège
cliché
de Marcel Roinat extrait de Marcel et Simone Roinat-Dumont,
"Saint-Bonnet-le-Courreau, années 1930-1950",
Cahier de village de Forez, 2009
L'ouvrage du Thérèse Guillot
: Dans le temps à Germagneux,
Village de Forez, 1999, est disponible au Centre social
de Montbrison