Patois vivant



Belle grange à Arcy
(Essertines-en-Châtelneuf)

 

La blouse neuve

Gilbert Passel

(souvenir d'enfance)

(patois d'Essertines-en-Châtelneuf)

enregistré au cours d'une veillée du groupe Patois Vivant
au Centre social de Montbrison
, 13, place Pasteur

pour écouter cliquer ci-dessous

(2 min 22 s)

Je vais vous raconter - ça c'était en 1948 - et je n'étais pas bien vieux parce que je suis né en 1939. Et, à ce moment, il n'y avait pas de chevaux [chez nous] et mon père avait quand même 8 cartonnées [8 000 m² environ] de vigne, aux Plantées et à Pierre-à-Chaux.

Et, à ce moment, pour piocher, pour remplacer le cheval, on avait deux vaches. Mais une fois à la vigne, on ne leur mettait qu'un petit joug, chacune à leur tour. Et nous, avec mon frère, on y allait à pied et mon père descendait avec une moto. Il avait une 100 Ravat, - s'il y en a qui ont entendu [parler de] ces motos Ravat -, une 100, il avait.

Bon, et le samedi d'avant, ma mère alla au marché. Elle m'acheta une blouse, grise - je m'en rappelle toujours. Alors elle dit : Je t'achète une blouse pour aller à l'école. Nous n'étions pas bien riche. Elle achetait bien ce qu'elle pouvait, elle aussi. Alors je lui dis : Je vais la prendre pour aller à la vigne ! Elle dit : Non, tu vas l'abîmer, si tu la déchires après il n'y aura plus rien. Gare au père !

Ah ! Je dis : Si, si ! La mère était bonne pâte, elle me dit : Prends-la. Alors avec mon frère, nous sommes descendus avec les deux vaches jusqu'à la vigne. Et puis, chacun notre tour, nous menions la vache par devant et le père menait la piocheuse, quoi !

Et entre-temps, il me dit - comme il y avait une loge - il medit : File faire chauffer le plat de riz sur le feu. Je mets du bois, je m'approche trop, je brûle ma blouse ! Un trou, ici. Alors après, que faire ? Je ne voulais pas le faire voir au père. Eh bien ! tout le jour, comme ça, j'étais comme ça, une poignée comme ça [le jeune Gilbert cache les dégâts en tenant dans sa main serrée le tissu brûlé].

Mon père ne l'avait pas vu, rien. Nous remontions bien avec mon frère, avec les vaches, tout. Mais en arrivant à la maison le père dit : Oui, oui, ç'a bien marché. Il a fait beau, ç'a bien marché. Nous étions fatigués, quand même: 12 kilomètres. Et puis, descendre, monter, ça faisait 24, plus toute la journée.

Alors ma mère me dit : Mais, qu'est-ce que tu fais, ici ? Je me mis à pleurer. Qu'est-ce que tu fais ? Enlève ta main. Quand elle vit le trou !..

Allez, dis rien, elle me dit : Cache-le. On verra bien demain avec ton père, ça. Elle ne voulait pas me faire engueuler parce qu'il était un peu comme moi, il n'était pas bien commode. C'est tout ce que je peux bien dire. Mais c'est réel.

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mise à jour le 16 août 2011