

Vincent Durand (1831-1902)
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Buste de Vincent Durand, oeuvre de Millefaut,
salle de la Diana, Montbrison
Dans
le beau silence d'août et de septembre, comme une grosse
abeille, bourdonne la batteuse...
Le volant de la locomobile
se met
en marche,
lentement d'abord,
puis plus vite,
puis très vite, stimulé, semble-t-il, par les halètements
de la cheminée...
Au même instant,
une fureur
de mouvement,
un délire d'activité
s'est emparé
de tous les hommes.
L'esprit enflammé et
trépidant de la machine les a saisis, et, possédés,
va les agiter pendant des heures
et des heures,
dans la poussière,
dans le soleil,
dans le vacarme
qu'ils augmentent de leurs propres clameurs.
Et, précipitées
à coup de fourche,
du haut
des meules,
les gerbes s'abattent
sur le palier
où trois hommes s'acharnent immédiatement
sur elles : le premier
les délie,
le suivant étale la paille, le dernier,
d'un mouvement
rapide et précis,
les enfourne
dans la batteuse.
Toute la journée,
ces hommes feront couler entre leurs mains un fleuve de paille,
et n'auront de trève
que celle que la machine elle-même voudra bien accorder...
On voit danser
"les demoiselles",
palettes animées
d'un
mouvement vertical, qui apportent
la paille égrenée,
et la laissent glisser
le long d'une claie.
Elle n'a pas le temps d'arriver au sol, la paille, que les lieurs
- ils sont une demi-douzaine -
se ruent sur elle,
la rassemblent,
la pressent du genou,
et, armés du "billou" qu'ils manoeuvrent comme
une dague,
le plongent au coeur
de la gerbe,
comme s'ils voulaient
la tuer.
En fait, ce simulacre
de violence aboutit
à nouer le lien
dont ils viennent
de la ceinturer.
Cependant, un peu en arrière, dans
une zone déjà plus calme, se construit le "paillis",
énorme meule en dos d'âne qui ressemble de loin à
une église de paille dont on aurait oublié le clocher.
Mais la batteuse a d'autres serviteurs encore...
Louis Mercier,
Petites Géorgiques, 1923
Pour
connaître ce poète
cliquer :
Louis
Mercier
(présentation
par le
Père Jean Canard)
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Foréziens
Vincent
Durand
(1831-1902)
Naissance et enfance
Né le 9 mai 1831 à Saint-Martin-la-Sauveté.
Fils d'un juge de paix.
Devenu tôt orphelin de père, Vincent est élevé
à Domois (Ailleux) dans le domaine
de sa famille.
Education
A 8 ans, il devient pensionnaire au collège
des Minimes de Lyon où il reste un an seulement. Les élèves
sont renvoyés à cause d'une épidémie de scarlatine.
Vincent tombe gravement malade, se rétablit, rechute...
Après cette expérience malheureuse son instruction est confiée
à des précepteurs (grands séminaristes
ou prêtres) jusqu'à la classe de rhétorique.
En 1849-1850, sa mère va habiter un an avec lui à Lyon pour
qu'il y puisse y suivre la classe de philosophie du lycée. Il réussit
le baccalauréat avec mention "bien".
La vocation d'archéologue
Vincent rentre à Domois où il s'occupe d'abord de
travaux d'agriculture, d'arpentage et de voirie (rectification de chemin),
d'administration.
Sa vocation d'archéologue commence à la suite de travaux
qu'il aide à effectuer chez les de Saint-Pulgent : relevés
pour des nivellements ; découverte à cette occasion d'un
tronçon d'une voie romaine.
L'oeuvre
Historien, archéologue, dessinateur, peintre, les talents
de Vincent Durand sont multiples et son oeuvre considérable : 169
titres dans sa bibliographie. Il s'est intéressé à
tout ce qui touche l'histoire du Forez.
Il collabore à la Revue Forézienne
de Louis-Pierre Gras et, surtout, participe aux travaux de la Diana
donnant 150 communications dans les 12 premiers tomes du Bulletin.
Il est secrétaire de cette société savante de 1888
à 1902.
Il écrit plus de 20 000 lettres à ses amis qui sont, pour
beaucoup, des érudits locaux.
L'homme
C'est un homme original et profondément désintéressé,
d'un esprit élevé. Son caractère est pourtant marqué
par l'indécision. En 1863, il manque volontairement un concours
qui lui aurait permis de devenir agent-voyer d'arrondissement. Il reste
célibataire.
Il s'affirme chrétien fervent et, politiquement, conservateur.
Chevalier de la Légion d'honneur il est décoré par
le maréchal de Mac-Mahon. Il reste maire de son village jusqu'à
sa mort.
Fin de vie
A la fin de sa vie, il devient progressivement aveugle, totalement
à partir de janvier 1900.
Il meurt le 28 janvier 1902.
Inauguré le 20 juin 1904, son buste en bronze qui orne la salle
de la Diana est une uvre de E. Millefaut.
Pour en savoir plus voir :
Robert Périchon, Edouard Crozier, "Vincent
Durand", cahier spécial de Village de Forez, Montbrison
1996.
Vincent
Durand dessinateur
Battages
à Ailleux en août 1884
(crayon et pastel de Vincent
Durand)

La batteuse bourdonne

La poussière, le soleil,
le vacarme

Un fleuve de paille

Une église de paille
dont on aurait oublié le clocher
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