Un aspect du catholicisme social :

l'œuvre des Petits bergers du Forez

fondée par l'abbé Percher

(1910-1914)

Au début du siècle, nombreux sont les enfants des familles d'agriculteurs qui doivent, dès douze ans, parfois avant, s'en aller travailler "chez les autres".

"Dans les petites fermes, où il y avait beaucoup d'enfants, l'aîné, après la première communion, était placé dans une grosse ferme comme petit valet. Le petit valet faisait tous les travaux de la maison. Il aidait surtout la maîtresse : aller chercher une brassée de bois sous le hangar, faire cuire les pommes de terre dans la chaudière pour les cochons, battre le beurre le vendredi, aller tirer à boire dans un pot à la cave, bercer les enfants quand il y en avait, marcher devant les bœufs... abreuver les vaches avec de gros seaux de bois, aller chercher de l'eau à l'abreuvoir, nettoyer I'étable et le samedi aider la bonne pendant que les patrons étaient à la ville" (1).

Fondation et premiers pas

Les conscrits de la grande et pacifique armée des travailleurs de la terre

Devenu "boro", le jeune garçon se trouve brusquement séparé de sa famille, dans une maison étrangère, entièrement soumis à des maîtres parfois durs. Moralement il subit l'influence, qui n'est pas toujours bénéfique, des domestiques plus âgés : grand valet et servantes.

Il quitte l'école, perd les camarades de son âge, ne peut plus suivre le catéchisme s'il n'a pas déjà fait sa première communion et souvent ne va plus à la messe.

Sa situation matérielle, surtout dans la plaine du Forez, laisse à désirer. Le repas frugal, voire insuffisant, ne se prend pas à la table des maîtres. Pain noir et lard rance font partie de l'ordinaire. Le lit, fréquemment partagé avec un autre domestique, se trouve à l'étable. D'un Noël à l'autre, pas un seul jour de congé ne coupe l'année.

Issu d'une famille pauvre, exploité, mal nourri, mal logé, laissé sans éducation et sans affection, le petit valet de douze ans fait alors partie du sous-prolétariat des campagnes. Il reste vulnérable et sans protection.

Pourtant ce "
petit peuple intéressant" comme dit le chroniqueur d'une feuille paroissiale (2) fournit un travail indispensable à la bonne marche des grandes exploitations et un complément de ressources dont bien des familles nombreuses ne pourraient se passer. "C'est dans ses rangs, que se recrute la grande et pacifique armée des travailleurs de la terre" (3), les fermiers, métayers et journaliers du lendemain.

L'œuvre des bergers et bouviers

En 1910, un Comité d'amis des domestiques se constitue à l'initiative de quelques laïcs et de plusieurs prêtres du Montbrisonnais. Son but est de prendre en charge les jeunes bergers et bouviers du Forez en leur apportant une aide morale et matérielle au moyen d'une "association fraternelle des jeunes domestiques".

Effectivement, au printemps 1911, l'Association des jeunes domestiques du Forez (A.J.D.F.) se constitue officiellement. Cette organisation originale "réunit à la fois l'action d'un patronage, d'une société de secours mutuels et d'un syndicat" (4). Da notre région elle aura le mérite s'intéresser aux plus défavorisés et, dix-huit ans avant la création de J.A.C., de tenter de changer les mentalités dans le monde rural.

Les buts de l'A.J.D.F. sont d'abord moraux et spirituels. Il s'agit de regrouper les petits valets leur donner un enseignement religieux et des conseils "appropriés leur situation". Une pression exercée sur les maîtres afin qu'ils permettent et même encouragent la pratique religieuse de leurs employés.

De bons livres et un lit pour chacun

L'œuvre des petits bergers a un rôle éducatif et culturel. Des séances récréatives procurant aux associés "le moyen de se recréer en commun, à leurs instants de loisir, loin des entraînements du dehors"(5). "Livres et revues honnêtes et instructifs" sont mis à la disposition des enfants.

L'association s'intéresse aussi à la situation matérielle des petits valets, se préoccupent de leur placement, de leur couchage, de leur formation professionnelle et de leur avenir. Elle souhaite organiser un bureau de placement "afin de faciliter entre maîtres et ouvriers sérieux, des engagements profitables aux uns et aux autres"(6) . Une caisse dotale doit assurer à l'âge du mariage la possession d'un pécule.
L'association, qui n'a qu'une lointaine ressemblance avec un syndicat, défend pourtant une catégorie professionnelle, cherchant à améliorer une situation difficile. Pour cela elle s'adresse aux trois parties concernées : parents, maîtres et domestiques.

Les parents doivent trouver dans l'association "une sauvegarde pour leurs enfants", les maîtres gagner d'avoir à leur service "des jeunes gens sérieux et stables", les domestiques préparer ensemble un meilleur avenir, "la main dans la main, comme de jeunes frères de la même profession"(7) .
L'association se met progressivement en place. Des réunions d'information sont organisées à la cure de Savigneux le 3 septembre 1911, à Chalain-le-Comtal et à Magneux-Haute-Rive, le 17 septembre. L'abbé Percher y expose les buts de l'œuvre.

Au même moment le chansonnier Henri Colas fait un triomphe dans la nouvelle salle des œuvres de la rue du Collège à Montbrison, en chantant :

Restez aux champs
Petits et grands;
Soyez fidèles à la terre,
Aimez-la comme votre mère,
Petits et grands
Restez aux champs !

Oh ! ne quittez pas vos chaumières,
Vos seuils usés, vos jolis toits.
Restez dans vos campagnes fières,
Dans vos forêts et dans vos bois !
Aimez la douce poésie
Qui plane autour de vos berceaux,
Met tant de charme à votre vie,
Et tant de grâce à vos coteaux !
(8).

Mais l'auditoire ne compte certainement pas beaucoup de petits valets de la plaine.

Sous la présidence de M. Bouchetal de la Roche

Les sections locales regroupant les domestiques au niveau de la paroisse se constituent. Elles sont sous la direction du curé ou d'un vicaire "aidé d'un laïc dévoué". Les sections locales se regroupent en comités cantonaux et un comité départemental coiffe l'ensemble. L'association a l'ambition de s'étendre à tout le Forez.

En fait l'A.J.D.F. s'implante surtout dans les cantons de Montbrison, Feurs et Boën. Feurs est la plus ancienne et plus importante section avec cinquante membres dès 1911. L'association a une certaine influence dans une quinzaine de villages de la plaine : Poncins, Epercieux, Pouilly-lès-Feurs, Chalain-d'Uzore, Saint-Etienne-le-Mollard, Savigneux, Magneux-Hauterive, Chalain-le-Comtal, Sainte-Agathe-la-Bouteresse, Saint-Laurent-la-Conche, Chambéon, Bellegarde-en-Forez, Champdieu, Mornand, L'Hôpital-le-Grand. Les effectifs des sections vont de 5 à 20 membres, sauf pour celle de Feurs et l'on peut évaluer le nombre total des adhérents à un peu plus de deux cents en 1913.

Les comités cantonaux sont sous l'autorité des curés-archiprêtres. Ils comprennent les directeurs de toutes les sections et leurs adjoints laïcs. Le curé-archiprêtre et trois délégués élus représentant le canton au comité général qui se réunit chaque année au printemps, alternativement à Feurs et Montbrison.

En 1914, M. Antoine Bouchetal de la Roche préside le comité général qui comprend notamment l'abbé Detour, vicaire à Feurs, les abbés Freyssinet et Percher, le curé Rondel et M. Marius Delomier (9).
L'A.J.D.F. a aussi des liens avec la Chronique sociale de France de Lyon. L'abbé Detour fait un rapport sur l'association au congrès de l'Union des associations ouvrières catholiques qui se déroule les 22, 23 et 24 juillet 1913 à Bourges.

L'Ami de la terre forézienne

Pour se développer et faire avancer ses idées de progrès l'A.J.D.F. publie l'Ami de la terre forézienne. Ce journal semestriel tire à plus de deux mille exemplaires (10) et a son siège 12, rue de la République à Feurs. S'adressant autant aux jeunes domestiques qu'à leurs maîtres, il est diffusé à la sortie des offices au prix de 3 centimes pour la propagande mais le prix marqué se monte à 10 centimes. Des brochures, articles tirés à part, sont éditées par l'association, telles que celle qui concerne la réforme du couchage (11).

Une feuille, à périodicité irrégulière, intitulée Correspondance intime aux directeurs des sections et autres membres conseillers assure un lien entre les responsables de l'œuvre et répercute les recommandations du comité général
(ci-dessous le n° 9, janvier 1914, archives de la Diana)



Dans les sections locales

Les sections organisent des réunions le dimanche, plus ou moins fréquemment suivant la saison et les travaux des champs. A Feurs, les réunions ont lieu l'après-midi, de une heure à trois heures, les premier et troisième dimanches du mois. Au programme il y a des chansons, des leçons d'agriculture et un peu de vannerie.

A Pouilly, les rencontres commencent à deux heures par l'assistance aux vêpres et se poursuivent jusqu'à six heures. Activités et jeux sont variés. A Saint-Etienne-le-Molard, on joue au tonneau et aux boules, à Savigneux, aux quilles. A Sainte-Agathe-la-Bouteresse les associés viennent tous le dimanches à une heure, font une partie de boules, assistent aux vêpres, viennent ensuite cinq minutes à la cure, chanter une chanson ou écouter un morceau de phonographe avec quelques conseils au milieu" (12).

Les jeunes bergers pratiquent aussi le tir ; chaque section reçoit une carabine et un concours est organisé pendant l'été 1912. Les responsables expliquent le but de l'activité : "Nous nous sommes arrêtés à l'installation d' un tir, car nous regardions plus loin que la nécessité immédiate d'une distractions... Nous avons voulu que l'enfant, habitué très jeune à manier un fusil, soit, un jour, bon soldat parce que bon tireur" (13).

Activités culturelles, travail manuel et vie spirituelle

Activités culturelles

Chaque section dispose d'un carnet de pour l'inscription des dépenses courantes : cartouches de tir, boissons en été, petites récompenses... Pour les dépenses plus importantes, il faut en référer au comité général car c'est l'Eglise qui finance l'association comme une œuvre. on fournit également aux sections des imprimés "de la communion du mois et des cartes d'associés".

Une bibliothèque composée de romans est à la disposition des bergers. Le choix ne doit pas être considérable car la numérotation des ouvrages s'arrête à 34. Mais combien d'enfants savent suffisamment lire pour puiser dans ce modeste fonds. Ont-ils le goût et le temps de lire près de la brouette de fumier ou dans les champs.

L'association dispense aussi une certaine formation professionnelle, notamment dans la forte section de Feurs, avec la visite de fermes modèles et des causeries instructives sur les techniques agricoles.
Périodiquement, des séances récréatives sont organisées. Ainsi en janvier 1912, "des séances de projections lumineuses sur la vie du Christ" se déroulent à Saint-Etienne-le Molard, Savigneux, Chalain-d'Uzore, Chalain-le-Comtal à l'intention des jeunes domestiques, de leurs parents et de leurs patrons. "Elles ont pleinement réussi : partout on fait salle comble" (14) .

Dans un but éducatif l'A.J.D.F. publie un recueil de chansons destiné à "éloigner des jeunes domestiques la chanson malsaine et immorale et à la remplacer par la chanson à sentiments nobles et élevés".

Travail manuel en gardant les troupeaux

Pour éviter aux bergers les dangers de l'oisiveté à laquelle ils sont condamnés durant la garde de leur troupeau, le comité général s'adresse à la "Ligue nationale pour le relèvement des industries rurales et agricoles" (15).

Cet organisme envoie à l'A.J.D.F. des modèles de petits paniers et s'engage à "payer d'une manière raisonnable" la production des bergerots foréziens. La matière première s'avère facile à trouver en Forez. Cette activité est mise en place à Feurs. Des personnes dévouées enseignent un peu de vannerie aux enfants et ce travail doit "augmenter leur petite bourse".

Première fête annuelle de l'association : Feurs

Le 21 mai 1911, la section de Feurs organise la fête annuelle de ses adhérents. C'est la première manifestation importante de l'Association. Elle coïncide ave la parution du premier numéro de l'Ami de la terre forézienne.

Cinquante-deux membres participent à la journée. Le programme commence, comme il se doit, par la messe, à 10 h avec l'allocution de M. le chanoine Chassagnon (16), directeur diocésain des œuvres de la Loire. Puis les sociétaires défilent au son du tambour dans les principales rues de Feurs et M. Marius Gonin, de la Chronique sociale de Lyon saluent les participants à la cure. Le journal est distribué puis un repas pris en commun. Des concours divers, des jeux (grenouille, course à la boule) remplissent l'après-midi.

La fête se renouvelle les années suivantes et c'est chaque fois l'occasion de montrer la vitalité de l'association et de répandre ses idées.

Les bergers autour de la crèche

Dans certaines sections, Noël est l'occasion d'organiser une veillée. En 1913 "à Feurs,18 associés, dans les grands, dans ceux qui sont placés toute l'année, répondirent à l'invitation qu'ils avaient reçue, et de huit à onze heures, ils entendirent la lecture de contes ou chantèrent le chant des bergers. A onze heure, ils prirent une tasse de café chaud, puis écoutèrent remémorer le grand mystère de la Nativité du Christ.

Tous imprégnés d'une religieuse émotion, ils gagnèrent l'église et suivirent les messes avec recueillement ; un bon nombre communièrent. Puis l'on retourne au local de la veillée où un saucisson, du pain, un verre de vin, du, papillotes et des oranges attendaient les petits réveillonneurs
(17).

A Savigneux, dix domestiques assistent à la veinée de Noël : "Tous se sont et ont communié à la messe de minuit" (18) . Le réveillon consiste pour eux en une brioche, une barre de chocolat et une orange. Toutes ces merveilles ont de quoi faire rêver les petits valets, quant aux responsables de l'œuvre, ils s'enthousiasment : "Touchantes fêtes de douceur religieuse et de gracieuse tradition ! Comme nous nous sentions fiers de l'association qui ramenait à L'Enfant Jésus ses premiers adorateurs... !" (19). Les bergers reviennent à la crèche !

Retraite fermée à l'Hermitage

Toujours sur le plan spirituel, pendant I'été 1913 une "retraite fermée" "est organisée pour les associés. Voici la projet par le comité général : "Il s'agit de rechercher cinq à dix associés capables d'un examen de conscience approfondi, puis de leur obtenir une permission d'un dimanche d'août ou septembre avec la moitié du samedi.

Ces enfants seraient conduits à l'Hermitage de Noirétable où, dans un cadre admirable, ils auraient le samedi soir quelques exercices de piété avec confession et le dimanche messe, communion, instructions, procession, etc., jusqu'au milieu du jour. Rentrée le dimanche soir (20).

Il y a beaucoup de conditions difficiles à remplir au moment où les travaux des champs battent leur plein et nous ne savons combien de petits bergers purent bénéficier de ces petites vacances.

Auprès des petits et des pauvres

Les bureaux de placement

Un bureau de placement fonctionne à Feurs dès 1911 sous la responsabilité de l'A.J.D.F. En janvier 1912, l'association crée un bureau de placement à Montbrison "afin de rendre service à la fois aux cultivateurs et aux enfants qui veulent se louer dans la plaine" (21). L'A.J.D.F. a fait l'objet d'une déclaration officielle selon la loi de 1901 et le bureau est légalement autorisé.

L'abbé Freyssinet, vicaire à Notre-Dame et directeur de la section de Montbrison en est le responsable.
Ce service est ouvert à partir du 11 février 1912, au n° 6, de la rue du Cloître Notre-Dame, à côté de la cure, le jour du marché de 10 h à 11 h et l'après-midi de 13 h à 14 h.

Le bulletin paroissial donne ses modalités de fonctionnement. Ce bureau de placement dont les services sont gratuits n'intervient pas pour la fixation du gages ; le cultivateur s'entend directement avec les parents. Le bureau ne s'occupe pas du placement des domestiques filles. Il exige seulement deux promesses de la part de l'employeur :

1) L'enfant devra faire partie de l'Association des jeunes domestiques du Forez.
2) L'enfant aura la liberté de remplir ses devoirs essentiels...


Des petites annonces passant aussi par le canal des bulletins paroissiaux . Dès 1913 la caisse dotale est mise en place.

Il faut que chacun fasse son lit

Les petits bergers couchent dans l'étable
Et rêvant, auprès des boeufs accroupis,
D'un gîte bien doux, d'un lit confortable,
Ils dorment heureux les braves petits !

(Chant des petits bergers)


Le tableau est pittoresque, pourtant la première préoccupation des responsables de l'association concerne le couchage des domestiques.

Dans une lettre d'encouragement adressée au curé de Feurs, Mgr Sevin, archevêque de Lyon rappelle que le curé d'Ars signalait déjà ce problème : "Avec quelle vigueur et quelle liberté apostoliques il [le curé d'Ars] flétrit la promiscuité du jour et de la nuit à laquelle on condamne ces enfants".

La loi fait obligation aux patrons, dans les villes de fournir un lit à chaque employé qu'ils logent. En 1910, M. Compère-Morel, député socialiste, avait demandé à la Chambre des députés l'extension de cette mesure aux régions rurales, mais en vain.

Avec des motivations différentes le bureau de l'association va dans le même sens que le parlementaire. Il recommande que chaque domestique dispose d'un lit contre la routine des fermiers qui, à tort ou à raison, ne veulent pas laisser coucher le bétail seul (24). "Il est surtout indispensable d'insister pour que chaque domestique fasse son lit. C'est là en effet le seul moyen en notre pouvoir pour remédier à l'usage de certaines fermes où les lits sont faits par les servantes" (25), pratique que le bureau juge dangereuse. Il est nécessaire aussi "de recommander aux associés la plus grande propreté possible du corps et dans l'habillement" (26) .

L'association fait de la propagande auprès des syndicats agricoles pour des "machines à badigeonner" destinées à tenir étables et galetas plus propres (27).

Trop de fils de patrons

L'association se heurte à de nombreux obstacles. Sauf à Feurs et dans quelques villages de la plaine, elle ne pas à s'implanter durablement. Le clergé paroissial sur lequel elle s'appuie semble parfois trop en attendre ; le curé d'une paroisse située où commence la côte exprime sa déception : " J'ai trois enfants de ma paroisse placés dans la plaine ; ils devaient encore dans cette année suivre le catéchisme... Pourtant ils ne le suivent pas. Or l'association des Jeunes domestiques du Forez existe dans la plaine..." (28).

Dans les sections les plus importantes les fils de maîtres sont la majorité reproche-t-on à l'A.J.D.F. et cela change la nature du mouvement. Le comité général admet qu'il y a là un problème mais qu'il est difficile d'exclure cette catégorie de jeunes paysans.

Certains parlant de crise de croissance de l'association, d'autres avancent que l'A.J.D.F. "n'est rien du tout" (29).

La journal, qui est semestriel, se révèle difficile à diffuser et les changements de paroisse fréquents des petits domestiques empêchent une action suivie.

Le bon temps évoqué par Mgr Sevin

Le principal reproche que l'on pourrait faire à l' action est celui d'être, au fond, conservatrice, ne cherchant qu'à aménager une situation déplorable, l'exploitation d'enfants, sans réellement la mettre en cause.

La lettre de Mgr Sevin est révélatrice : ce qui choque le prélat est moins la pauvreté qui enlève dès onze ou douze ans des enfants à leur famille que le fait que les maîtres soient moins pratiquants. L'archevêque de Lyon ne regarde pas l'avenir mais, il évoque le passé, le temps béni où il y avait entre les maîtres et les serviteurs, surtout les plus jeunes, "
des liens analogues à ceux qui unissent les parents et les enfants : l'affection était réciproque. Les maîtres aimaient et ils surveillaient et ils reprenaient, non seulement lorsque leurs intérêts étaient en jeu, mais encore lorsque ceux du bon Dieu étaient en cause. Serviteurs et enfants unis autour du père et de la mère de famille priaient ensemble matin et soir, Fréquentaient ensemble l'église et les sacrements. Tous les jours, les maîtres abandonnent davantage ces pratiques essentielles de la vie chrétienne. Eux qui les dédaignent ne peuvent exiger avec autorité que leurs serviteurs en tiennent compte "(30). Où est-il, le bon vieux temps ?

Quelques progrès pour ceux qui gardent les oies dans la plaine

Manifestation forézienne du christianisme social, l'Association des Jeunes Domestiques du Forez reste cependant une organisation paternaliste et moralisante. Néanmoins l'œuvre des bergers ne se préoccupe pas seulement de la vie religieuse. de ses "associés". Elle cherche encore à améliorer leurs conditions de vie. Utilisant le crédit de l'Eglise, elle s'adresse à tous les jeunes domestiques et à tous les maîtres. Son action réelle mais limitée a contribué à améliorer le sort des petits bergers et bouviers, de ceux qui, adolescents ou encore enfants, allaient "garder les oies dans la plaine". 1914-1918, beaucoup de bergers et de bouviers rejoindront d'autres champs, ceux des batailles de la Grande Guerre.

Joseph Barou

(1) Jean Chambon, Patois Vivant, n° 4, mai 1979.
(2) Bulletin paroissial de Notre-Dame de Montbrison, n° 239, du 9-10-1910.
(3) Bulletin paroissial de Notre-Dame de Montbrison, n° 239, du 9-10-1910.
(4) Ami de la Terre Forézienne, n° 2, décembre 1911, citant L'avenir des gens de maison, organe du syndicat professionnel des domestiques parisiens.
((5) Bulletin paroissial de Notre-Dame, n° 239, du 9-10-1910.
(6) Bulletin paroissial de Notre-Dame, n° 239, du 9-10-1910.
(7) Bulletin paroissial de Notre-Dame, n° 239, du 9-10-1910.
(8) Ami de Théodore Botrel et d'origine bretonne comme lui, Henri Colas se présente comme "un chemineau, semeur de bonnes chansons, pour le Christ pour la Patrie" (Bulletin paroissial de Saint-Pierre, n° 153, du 15 octobre 1911).
(9) Citons aussi dans les fondateurs de l'association Marius Gonin, cofondateur et secrétaire général de la Chronique sociale de France, animateur des Semaines sociales et figure du christianisme social. Les animateurs de I'œuvre des bergers, furent les abbés Laffay (Chalain-d'Uzore), Planchet (Savigneux), Villemagne (Magneux-Hauterive), Valandru (Chalain-le-Comtal), Vergnay...
(10) 2 250 exemplaires pour le numéro 6.
(11) 1 000 exemplaires pour la brochure Réforme du couchage vendue 0,50 F la douzaine.
(12) Ami de la terre forézienne n° 2, décembre 1911.
(13) Ami de la terre forézienne n° 2, décembre 1911.
(14) Bulletin paroissial de Saint-Pierre, n° 167, du 21 janvier 1911.
(15) Ami de la terre forézienne n° 2, déc. 1911.
(16) Hyacinthe Chassagnon (1964-1922), né à Bas-en-Basset (Haute-Loire) ; aumônier du Pensionnat Saint-Louis, vicaire général à Saint-Etienne en 1915, évêque d'Autun en 1922.
(17) Correspondance intime, n° 9, janvier 1914.
(18) Correspondance intime, n° 9, janvier 1914.
(19) Correspondance intime, n° 9, janvier 1914.
(20) Correspondance intime, n° 7, juillet 1913.
(21) Bulletin paroissial de Saint-Pierre, n° 166, 28 janvier 1912.
(22) Bulletin paroissial de Saint-Pierre, n° 166, 28 janvier 1912.
(23) Quelques-unes de ces petites annonces :
"Un cultivateur du bourg de Champdieu demande un berger de 12 à 13 ans pour fin mars ou commencement avril", (n° 173 du 3 mars 1913).
"On offre un petit berger de 12 ans qui se louerait au commencement du mois de mai" ( 7 avril 1912).
(24)Correspondance intime n° 9, janv. 1914.
(25) Correspondance intime n° 9, janv. 1914.
(26) Correspondance intime n° 9, janv. 1914.
(27) Suivant la lettre du baron de Jerphanion du syndicat agricole de Sury, citée par Correspondance intime n° 7 de juillet 1913.
(28) Correspondance intime n° de juillet, 1913.
(29) Correspondance intime n° de juillet, 1913.
(30) Lettre de l'archevêque de Lyon à A. Bouchetal de la Roche, président de l'A.J.D.F. du 13 janvier 1914, citée par correspondance intime n° 9 du mois de janvier 1914.


Essor du Forez n° 1803, du 15 mai 1981, n° 1805 du 29 mai 1981, n° 1806 du 5 juin 1981 et n° 1807 du 12 juin 1981]

 

Le fondateur





Extrait du Bulletin trimestriel de l'Association des Anciens Elèves et Professeurs
de l'institution Victor-de-Laprade,
n
uméros 19 et 20 - novembre 1938

 

 


Mis à jour le 16 février 2015