Mario Meunier

(Saint-Jean-Soleymieux, 1880 - Le Crozet, 1960)

 

Un itinéraire intellectuel et politique


par
Claude Latta        

Les Foréziens conservent le souvenir de Mario Meunier par le nom donné en 1963 au collège de Montbrison. Mario Meunier était décédé trois ans auparavant au Crozet, près de la Pacaudière, mais il était né à Saint-Jean-Soleymieux. Montbrison plaçait donc son collège sous le patronage et le vocable de l'un des plus grands hellénistes français. L'année suivante, à Saint-Jean-Soleymieux, le 2 août 1964, une cérémonie se déroula devant sa maison natale, située dans le bourg, en face de l'église. Une plaque commémorative fut apposée sur la façade.

Mario Meunier était un grand helléniste, traducteur de Platon, Sophocle, Euripide et d'autres grands de la littérature grecque, traducteur aussi - on le dit moins - des auteurs latins. Les ouvrages et les articles de Mario Meunier nous permettent de parcourir avec lui son itinéraire intellectuel et politique qui est l'objet de cet article.


Saint-Jean-Soleymieux
(cliché C. Latta)

Les origines familiales

Marius Laurent, dit Mario Meunier, est né 12 décembre 1880, fils de Mathieu Benoît Meunier et d'Antoinette Méjasson. Il était l'aîné de huit enfants.

La famille Meunier habitait Saint-Jean-Soleymieux depuis au moins le XVIIe siècle. Les Mosnier - c'est l'orthographe du nom de la famille jusqu'au début du XIXe siècle - sont cultivateurs à Saint-Jean-Soleymieux. Puis, sans doute au hasard d'un acte d'état civil et par le caprice d'un secrétaire de mairie, les Mosnier deviennent Meunier, avec le grand-père de notre hélleniste. Les alliances matrimoniales se font, au cours des siècles avec des Mondon, Gentialon, Gagnaire, Méjasson, Chauve, Machon et Rivel, tous originaires soit de Saint-Jean-Soleymieux, soit des villages voisins, Apinac, Boisset-Saint-Priest, Estivareilles, La Montagne-en-Lavieu, Margerie-Chantagret, Marols, Soleymieux (Cf. arbre généalogique) .


Le grand-père, Laurent Meunier, est boulanger et garde-champêtre. Le père, Mathieu, dit Hippolyte Meunier, est, lui aussi, boulanger. Il est " mort de chagrin " pendant la première guerre mondiale, " de savoir son fils prisonnier en Russie " . La mère n'avait qu'un seul livre, c'était l'Histoire de la Bible .

Les années de formation

Le petit Mario Meunier fréquente jusqu'à 12 ans l'école de Saint-Jean-Soleymieux, alors tenue par les frères maristes. Il obtient son certificat d'études qui demeura son seul titre universitaire. Il est enfant de chœur dans l'église de Saint-Jean-Soleymieux (XVe siècle), célèbre par sa crypte - et c'est son curé, l'abbé Grimaud, qui lui apprend le latin. Ses maîtres ayant remarqué son intelligence envoient Mario Meunier à la maison-mère des maristes, à la Valla, près de Saint-Chamond . De là, Mario Meunier fut envoyé au collège libre d'Aiguebelle , en Savoie, enfin chez les bénédictins de Marseille où il fut vraisemblablement novice , mais sans entrer ensuite dans les ordres. Chez les bénédictins, Mario Meunier aborde l'étude du grec. Son professeur l'apprend au jeune garçon comme une langue vivante, comme une langue qu'il faut lire directement. Mario Meunier écrit :


Maison natale de Mario Meunier
(cliché C. Latta)
" Mon professeur de grec était un bénédictin qui connaissait à fond la langue d'Homère. Non seulement il en possédait tous les secrets, mais surtout il excellait à communiquer l'enthousiasme qui l'animait […] Je n'ai pas connu l'ennui de feuilleter désespérément un dictionnaire. Nous lisions ensemble les auteurs grecs et, quand un mot m'arrêtait, cet admirable maître s'essayait d'abord à m'en faire deviner le sens, puis me le découvrait lui-même si ma jeune science restait à court. A chaque beau passage, à chaque image émouvante, il m'arrêtait, commentait, citait les auteurs français, jusqu'aux plus modernes, qui s'en étaient inspirés " .

En décembre 1900, Mario Meunier entra à l'abbaye Saint-Anselme à Rome qui avait un Athénée pour les enseignements de la philosophie et de la théologie : ce qui semble bien confirmer que Mario Meunier ait eu d'abord une vocation religieuse. Mais, en mars 1901, il partit au service militaire qui le conduisit à Langres, au 21e régiment d'infanterie de ligne . Est-ce à son retour qu'il abandonna sa formation religieuse ? Cependant, il n'avait pas perdu la foi et resta, toute sa vie, un catholique fervent.

Débuts littéraires

Après sa sortie de l'abbaye bénédictine, le jeune Mario Meunier participa à la fondation, avec de jeunes Marseillais, de la revue Le Feu qui rassemblait un groupe d'écrivains pleins de talent et d'avenir : le poète Émile Sicard, le graveur Valère Bernard, Edmond Jaloux, Francis de Miomandre. Les revues jouaient alors un rôle très important dans la vie intellectuelle française. Mario Meunier publia plusieurs textes dans Le Feu : des poèmes, dont "Au Dieu du désert" ; un essai "Elisée Reclus et l'idéal anarchique" ; des études historiques : "Saint-Victor de Marseille", "La métropole Saint-Sauveur à Aix" ; "Madame de Sévigné à Marseille". C'est également pendant son séjour à Marseille qu'il, sous l'égide de cette revue, sa première traduction, Antigone, de Sophocle, parue en 1907.

En août 1910, Mario Meunier monta à Paris pour devenir le secrétaire de Rodin. Celui-ci, dont le caractère "tournait au despotisme " (Judith Cladel) venait de se brouiller avec son secrétaire précédent, le poète Rainer Maria Rilke. Mario Meunier avait été recommandé au sculpteur par Valentine de Saint-Point , écrivaine et artiste. Francis Carco qu'il avait connu à Marseille - il était chargé de récolter de la publicité pour la revue Le Feu - fit à Mario Meunier les honneurs nocturnes de la capitale et le mena à Montmartre. S'il ne devint pas pour autant l'un des membres de la "bohême" parisienne, il resta toujours fidèle à l'amitié de Carco.
Mario Meunier, secrétaire de Rodin s'appliquait à répondre au volumineux courrier du sculpteur et l'aida dans la correction des épreuves de son ouvrage sur les cathédrales. Il admirait le sculpteur :

"Rodin était une puissance spontanée, une force instinctive qui devinait tout et qui possédait un goût et un don d'admiration inépuisable. […] Personne ne m'a donné à ce point la sensation du génie ". Il essayait aussi de résister au sculpteur, assez tyrannique, afin de garder pour lui un peu de temps pour pouvoir écrire… Il lui servit aussi, à l'occasion, de modèle, en particulier pour le buste de Mozart. Rodin n'hésitait pas, en effet, à faire poser des "sosies" - ou soi-disant tels - lorsqu'il estimait qu'ils ressemblaient aux personnages qu'il devait représenter !
Mario Meunier fut ensuite (1912-1913) le secrétaire de la danseuse américaine Isadora Duncan, jeune femme libre et fantasque, qui habitait dans le même hôtel particulier que Rodin et qui révolutionna la pratique de la danse par un retour au modèle des figures antiques grecques. Par sa liberté d'expression, elle apporta les premières bases de la danse moderne et voulait redonner toute sa place à la beauté et à l'harmonie du corps. A la veille de la guerre, Mario Meunier publia chez Figuière, deux traductions qui confirmaient sa réputation naissante : les Poésies de Sappho (1911) et Le Banquet de Platon (1914).

Prisonnier dans un camp de représailles

Quelques jours après la parution de son Banquet de Platon, ce fut la déclaration de guerre. Mobilisé comme sergent au 16e d'infanterie caserné à Montbrison, Mario Meunier était de ces jeunes soldats partis de la caserne de Vaux vers la gare de Montbrison sous les vivats de la foule massée sur l'avenue Alsace-Lorraine. Le régiment fut envoyé d'abord en Alsace puis dans les Vosges. Après la retraite, il se retrouva en Picardie, près de Noyon, au Nord de Paris. Mario Meunier fut fait prisonnier en septembre 1914 à Dreslincourt avec les restes de sa compagnie presque anéantie par les combats : le 16e RI avait tenu tête à deux divisions allemandes ! Dreslincourt, où l'avance allemande avait été stoppée, fut le lieu de violents combats pendant une grande partie de la guerre.


Mario Meunier a laissé un récit de sa captivité qui est un document d'autant plus intéressant que le souvenir des prisonniers de guerre de 1914-1918 a été éclipsé par ceux de 1940-1945. Mario Meunier fut d'abord envoyé à Quedlinburg, en Saxe-Anhalt , où les prisonniers étaient entassés dans des baraques ouvertes à tous les vents et nourris de pain et de "décoction de glands" . Il éprouva, avec ses camarades, " le sentiment de ne plus s'appartenir, d'être parqué comme un bétail haï dans un enclos trop étroit " . Puis, en juillet 1915, il fut transféré dans le camp de Merseburg , dans la même région de Saxe-Anhalt. Il fut désigné en tête de la liste de quarante otages qui répondaient sur leur vie de la docilité de leurs camarades. A Quedlinburg, Mario Meunier avait, comme sous-officier, refusé de travailler. A Merseburg, il refusa de contribuer à la désignation de certains de ses camarades qui auraient été considérés comme " bien notés " et qui auraient bénéficié d'une amélioration de leur condition. Catalogué comme "forte tête", il fut alors envoyé dans le camp de représailles FR. K. III où un long voyage de plusieurs jours dans des wagons à bestiaux le conduisit jusqu'en Lituanie. Le camp de Bialowies était situé en pleine forêt dans la zone annexée par les Allemands après la paix de Brest-Litovsk. Les prisonniers étaient là, leur dit-on, "pour souffrir", en représailles du traitement infligé à des prisonniers allemands envoyés au Maroc qui étaient, soi disant, maltraités et "gardés par des soldats noirs". Quant aux prisonniers français, ils n'étaient - leur dit l'officier allemand - que des " apaches " et des " forbans " (ils avaient été mêlés à des prisonniers de droit commun de la centrale de Loos).


Pendant huit mois, Mario Meunier subit un véritable régime concentrationnaire : les prisonniers charriaient des pierres pendant onze heures par jour. Ils dormaient dans de simples tentes et souffrirent du terrible hiver russe. Le quotidien était fait d'appels incessants, de brimades et d'interdictions, de fouilles fréquentes. La faim surtout tenaillait les prisonniers. Les colis arrivaient éventrés, le courrier ne leur parvenait que trois mois après son envoi. Deux prisonniers furent exécutés sommairement ; les morts d'épuisement ou de maladie étaient fréquentes. Mario Meunier a bien analysé l'état d'esprit des prisonniers :
"De plus en plus nos pensées devenaient courtes […] Rien ne fixant nos idées, on ne songeait à rien. Nous ne nous demandions même plus quand prendrait fin notre supplice " .
Mario Meunier se lia, dans ce camp, d'une amitié indestructible avec l'imprimeur Marcel Seheur et l'illustrateur Lucien Boucher : dans les années d'après-guerre, le premier imprima certains de ses livres et le second les illustra. Finalement, en juin 1918, les Français survivants furent ramenés en Allemagne même et purent être transférés en Suisse pour raisons sanitaires. La guerre se termina peu après. De son passage à Bielowies, Mario Meunier rapporta un témoignage émouvant, Un camp de représailles FR K III, écrit à Nice où il reprenait des forces, et publié par Berger-Levrault, en 1919.
Traduire les œuvres grecques
Après guerre, Mario Meunier vit de sa plume, à la fois journaliste - critique littéraire - et écrivain, donnant chaque année, outre un ou deux ouvrages, de nombreux articles aux revues et journaux. En avril 1919 - il a 39 ans - il épouse Jeanne Dalliès, une jeune harpiste qui travailla pour la musique de scène de Charles Dullin, Jacques Copeau et Louis Jouvet. Il en eut trois enfants, Claude, Eliane et Benoîte. Dès lors, les œuvres vont se succéder. Traducteur de Platon, de Sophocle, de Sappho, de Nonnos, d'Euripide, de Pythagore, d'Hiéroclès, de Proclus, Mario Meunier donne aux textes anciens une nouvelle jeunesse. En 1924, l'Académie couronne sa traduction d'Isis et d'Osiris de Plutarque ; en 1925, celle des Vers d'Or de Pythagore.

Ces traductions sont respectueuses des textes mais elles refusent un mot à mot sclérosant. Elles ont pour but de faire lire les œuvres. Il y avait certainement pour Mario Meunier quelque témérité à s'aventurer sur le terrain occupé par les érudits et les universitaires. Il faisait précéder ses traductions d'une introduction, qualifiée de "prolégomènes". L'entreprise de Mario Meunier fut une réussite grâce à l'appui des lecteurs qui achetaient ses livres. Il fut publié par de grands éditeurs (Albin Michel, Grasset, Plon) et le nombre des rééditions montre leur succès ; parfois le texte était publié par un " petit " éditeur qui faisait appel, pour l'illustration, à l'un de ces artistes dont Mario Meunier était l'ami : Edouard Edy-Legrand, Lucien Boucher, Antoine de Roux et Berthold Mahn. Leurs œuvres donnent de l'éclat à ses livres et le font participer, après la première guerre mondiale, à la renaissance du livre illustré et des éditions bibliophiles.
Mario Meunier entreprend aussi sa grande Légende dorée des Dieux et des Héros, en deux tomes, puis Les Légendes épiques de la Grèce et de Rome, les Récits sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament, sorte d'anthologie des Livres Saints, enfin La Légende de Socrate. Il collabore en même temps aux Nouvelles Littéraires, au Mercure de France, au Journal des Débats, au Figaro. Dans le Forez, il était un des fidèles chroniqueurs des Amitiés Foréziennes et vellaves de Jean Tenant, revue littéraire stéphanoise très active, d'orientation très traditionaliste, politiquement proche de l'Action Française. Ses voyages en Grèce sont nombreux et, là aussi, il se fait de solides amitiés. Il prône l'étude des Lettres grecques, "gardiennes de la civilisation" ; il défend l'enseignement du latin et du grec qui ont "de par leur propre étude, une valeur éducative incomparable. Les habitudes de réflexion, de méthode et d'analyse auxquelles l'esprit doit se plier s'il veut saisir tout le mécanisme de ces langues, en font une des disciplines les plus robustes et les plus stimulantes de l'esprit". Mario Meunier fut aussi un bon connaisseur et traducteur de la littérature latine, traduisit Salluste et surtout Virgile. Sa curiosité intellectuelle était grande puisqu'il publia aussi, dès 1921, des fabliaux du Moyen Age.

Une œuvre de vulgarisation

La volonté de rendre accessibles les grands textes de l'Antiquité est, chez Mario Meunier, un souci constant : non seulement par une traduction à la fois fidèle et élégante des textes, mais par une présentation qui les éclaire, en allant à l'essentiel. Mais il a aussi un souci de vulgarisation : dans la Légende dorée des Dieux et des héros - son livre sans doute le plus connu - il écrit certes une nouvelle "Mythologie", avec deux grandes parties : la vie des Dieux et des héros ; la guerre de Troie et les aventures d'Ulysse ; la vie et les aventures d'Enée et la fondation de Rome. Elle est rédigée sans paraphrase, dans un style alerte, avec de belles illustrations (photos de la Grèce et de la statuaire grecque). On peut cependant regretter que les principales sources ne soient pas indiquées au fur et à mesure que le récit s'écoule. Quant aux Récits sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament, ils partent de la constatation que la culture religieuse connait un déclin qui est un obstacle pour la culture de "l'honnête homme" :


" Comment, sans connaitre la Bible, arriver à entendre la langue que nous parlent les vitraux de Chartres les émaux de limoges, les tapisseries d'Aubusson, les tympans et les porches de nos cathédrales ? "


L'intuition a des échos contemporains. Mario Meunier annonce son objectif :
" Ce livre n'a pas la prétention de donner au lecteur une connaissance un peu approfondie de la Bible ni d'en remplacer le texte original. Mais, s'il peut l'inciter à prendre contact avec la lettre et l'esprit des écrits de l'Ancien et du nouveau testament, notre effort n'aura pas été tout à fait inutile " .Mario Meunier utilise alors des méthodes comparables à celles de la Légende dorée : utilisation des textes de la Bible mais aussi d'autres sources (textes de Flavius Josèphe ou des évangiles non canoniques) , récit au style simple et efficace.

Retour en Forez
Mario Meunier effectua de nombreux séjours dans son pays natal et y revint même habiter en 1939, sa maison natale. Il se promenait dans la campagne, admirait les vieilles croix de chemin, tâchait de faire restaurer la crypte romane de sa vieille église. Un "ancien" de Saint-Anthême, Victor Bransiecq, qui venait en vacances chez son grand-père à Saint-Jean-Soleymieux, se souvient que Mario Meunier l'avait aidé à mener les vaches, "un bâton d'une main, un livre de l'autre" . En Forez, Mario Meunier appartenait au groupe culturel qui s'était formé à Saint-Etienne autour de Jean Tenant et de sa revue, les Amitiés foréziennes et vellaves, revue littéraire, régionaliste et décentralisatrice . Jean Tenant était politiquement proche de Charles Maurras et de l'Action Française.
Mario Meunier fut aussi le défenseur du patrimoine forézien. Il était membre de la Diana où il fit quelques communications (dont l'une sur les tapisseries de Saint-Bonnet-le-Château). Il participa aux hommages rendus à Victor de Laprade. A Saint-Jean-Soleymieux, il fit restaurer la croix du Trait d'union et la crypte de l'église et contribua au rétablissement de la fête de Notre-Dame-sous-Terre (le 8 septembre).

1940 : Mario Meunier et la Révolution Nationale

Mario Meunier devient, pendant l'Occupation l'un des éditorialistes du Mémorial qui est, à Saint-Etienne, l'un des soutiens inconditionnels du régime de Vichy et même de la politique de Collaboration. L'attention avait été attirée sur ce point par Monique Luirard. Citons quelques textes de Mario Meunier :

Après la Débâcle et l'armistice :


"Par sa faute, la France vient de connaître le plus épouvantable malheur qu'elle ait subi depuis plus de mille ans. Pour nous en affranchir, il dépend de nous tous, de la conscience éclairée de chacun de rappeler les causes qui ont appelé sur notre chère patrie un aussi cruel et prompt châtiment […] Soyons forts de toutes les vertus recouvrées de nos pères et souvenons-nous, en ces jours de douleur et d'expiation, que l'héroïsme […] est dans le cœur qui supporte " .

Faute, châtiment, expiation, supporter le châtiment : nous trouvons là le vocabulaire de toutes les Contre Révolutions, le langage des périodes de défaite dans lesquelles on prône, comme en 1815, la repentance et l'expiation des fautes (en 1815, les fautes de la Révolution, en 1940, celles du Front Populaire). L'adhésion à la personne du maréchal Pétain et à la Révolution Nationale est bien sûr centrale. Mario Meunier insiste sur le retour à la terre et sur le rôle des paysans qui ont gardé les qualités apprises des ancêtres et qui ont un contact direct avec le sol de la patrie. Quand, en 1941, un "vent mauvais" commence à souffler , Mario Meunier demande aux Français de continuer à se rassembler autour du Maréchal. Et d'utiliser une métaphore qui rappelle qu'Ulysse, pour être sûr de ne pas dévier de la route qui le ramenait vers Ithaque, s'était attaché au mât de son navire : aux Français d'écouter "la voix qui parle en eux" .

Après Montoire, Mario Meunier se rallie à la politique de Collaboration avec l'Allemagne :


" Le redressement de notre beau pays dépend pour une large part de l'instauration d'un ordre nouveau qui tend à se créer en vertu même du principe désormais acquis de collaboration entre vainqueurs et vaincus. Pourvu qu'elle soit loyale et continue, cette collaboration est le plus sûr garant de salut pour la France et de l'organisation rénovée de l'Europe "


Pourtant Le Mémorial essaye lui-même de se rassurer sur le bien-fondé de son adhésion à la politique de collaboration :

"Nous savons que le Maréchal Pétain n'aurait pas accepté si l'honneur n'avait pas été sauf " .

La réflexion politique de Mario Meunier débouche sur une notation étonnante sur l'histoire de la France elle-même :

" La France, on l'oublie trop souvent, n'est pas née du génie romain […] C'est au sang celtique qu'il faut attribuer la sensibilité de son âme et l'héroïsme ardent de son courage. Après tout, les Francs, issus comme les Celtes de la race germanique, furent les véritables fondateurs de la France " .


Mario Meunier reniait là tout son passé d'helléniste, lui qui avait écrit, évoquant ses années d'apprentissage :

" Je fus pénétré de l'importance de la littérature grecque ; je sentis quelle avait été son influence sur notre culture "


Le rôle de l'historien n'est pas de juger mais de comprendre. Pourquoi ces positions politiques ?

- Le choc de la défaite - inimaginable pour les Français victorieux en 1918 - a traumatisé les esprits. Si la France avait été battue, c'est qu'elle avait été trahie et affaiblie par la République. Il fallait la rénover : la Révolution nationale lui proposait le redressement. Le Maréchal faisait au pays le "don de sa personne".

- Chez un traditionaliste comme Mario Meunier, l'illusion de participer à la restauration des "valeurs" - comme il restaurait les vieilles croix de ses chemins - a aussi été déterminante. Mario Meunier était proche de l'Action Française de Charles Maurras. La Révolution nationale était la Revanche contre la "gueuse " (la République). Mario Meunier invita Maurras à venir faire une conférence à Saint-Etienne - dans le cadre des Amitiés Foréziennes

Charles Maurras et Mario Meunier
devant la Diana

- et à Montbrison. Le 24 mai 1941, il fit au Lux à Montbrison (aujourd'hui le cinéma Rex) une conférence sur Frédéric Mistral qui attira beaucoup de monde. Maurras essaya de montrer la conformité qui existait, selon lui, entre l'esthétique de Frédéric Mistral et la pensée du Maréchal Pétain. Mario Meunier présenta Maurras au public. Il lui fit aussi visiter la salle de la Diana L'engagement de Mario Meunier fut d'autant plus remarqué que l'équipe des Chartes du Forez - le comte de Neufbourg, Marguerite Gonon, Edouard Perroy - fit connaître publiquement sa désapprobation et refusa d'assister à la conférence de Maurras.

- L'anticommunisme, surtout, a joué un grand rôle. On voit Mario Meunier instrumentaliser lui-même sa connaissance de l'histoire grecque en publiant un ouvrage consacré à L'
Utopie Communiste en Grèce et à Rome, dont le titre est assez explicite. L'ouvrage était publié par une maison d'édition liée au pouvoir et précédée d'une introduction de René Gillouin, l'un des thuriféraires du Maréchal.

L'attachement au passé, au patrimoine et à l'histoire locale rejoignait le mythe du retour à la terre : beaucoup d'érudits locaux et d'écrivains régionalistes furent ainsi séduits par la Révolution nationale, Henri Pourrat, dans l'Auvergne voisine ou Louis Mercier à Roanne, sans voir quels étaient l'enjeu idéologique de la guerre et la nature du nazisme avec lequel on prônait la Collaboration : étonnante myopie politique !

 

En 1943, Mario Meunier se concentre sur les activités culturelles : tournée de conférences en Espagne et au Portugal, émission régulière de musique à Radio Clermont-Ferrand , participation au cercle littéraire des Amitiés à Saint-Etienne où on lit des textes et où on fait du théâtre . Dans Le Mémorial les articles de Mario Meunier sont, en 1943, moins nombreux que dans la période précédente : huit articles seulement en 1943 : ces textes sont consacrés à l'exaltation de plusieurs valeurs dont le sens est rappelé : la discipline sans laquelle "la France ne pourra reconquérir l'intégrité de son âme, vaincre l'adversité, et reprendre sa place dans l'ordre européen " ; la Patrie, qui est d'abord "la maison où nous sommes nés, les biens et la terre que nos aïeux ont acquis et conservés" ; la Nation et le rappel "des gloires de [nos] pères et des vertus de [nos] ancêtres ; la "Bonne souffrance" qui est rédemptrice (Mario Meunier cite le mystique allemand Heinrich Suso ("Souffrir est une courte souffrance ; avoir souffert est une longue joie" ) ; le Salut par la Foi sans laquelle "rien de décisif ne peut être accompli " . Mario Meunier rappelle aussi "le prestige du nom français" observé au cours de sa tournée de conférences en Espagne et au Portugal . Il en appelle enfin à la Charité pour combattre la Haine, "cette sombre déesse au visage d'enfer" qui fait de nombreux morts et "détruit nos cathédrales" (cette dernière allusion vise les bombardements alliés en France).



Programme de la séance du 4 mai 1941
au cinéma Lux à Montbrison ;
Charles Maurras est accueilli par Mario Meunier avant de prononcer une conférence :
L'esprit de Mistral et la réforme du maréchal Pétain

Ces articles reprennent donc les thèmes de la Révolution nationale (la Patrie, la Nation, le prestige de la France) et sont imprégnés du dolorisme des périodes d'expiation (les bienfaits de la souffrance). On retrouve aussi, de façon voilée quelques thèmes de la propagande de Vichy (les bombardements alliés). Mais, il n'y a pas de références à des sujets précis d'actualité. Les articles de Mario Meunier sont un peu comme hors du temps, sans références explicites à l'actualité : comment parler de la Patrie sans dire que celle-ci est occupée et humiliée ? Comment évoquer la discipline sans dire que l'on pense à celle qui doit se manifester autour du maréchal ?
La participation de Mario Meunier au Mémorial cesse au début de 1944. Mario Meunier s'est mis en retrait : déception de voir la Révolution nationale rangée par le gouvernement de Pierre Laval au rayon des vieilles lunes ? rupture avec Vichy lorsque Pétain est débordé par les excès de la Collaboration ? ou, plus simplement, prudence alors que la Victoire change de camp ?

Comment Mario Meunier a-t-il traversé l'année 1944 et la période de la Libération ? Nous ne le savons pas. Mais, il ne semble guère avoir été inquiété puisqu'il n'apparaît pas parmi les noms de ceux qui ont été poursuivis devant les chambres civiques et qu'il n'est pas, non plus, sur la "liste noire" du Comité National des Ecrivains ; le biographe de Mario Meunier, Jean Combe est muet sur cette période. Mario Meunier publie à la Libération deux ouvrages, Achille aux pieds légers (1944), et une traduction d'Œdipe à Colone, tragédie de Sophocle (1945). A Saint-Etienne, Le Mémorial a été confisqué à ses propriétaires..

Travaux et honneurs

Après la guerre, Mario Meunier continua son œuvre : outre des traductions et des travaux érudits qui concernent des auteurs oubliés (Lucien de Samosade, par exemple), il s'attaqua à plusieurs grands chantiers :

La traduction (1949) des tragédies de Sophocle (Œdipe roi, Œdipe à Colone, Antigone), parfois jouées dans une adaptation qui lui avait été demandée.

La traduction de l'Iliade et l'Odyssée d'Homère, publiée pendant la guerre mais reprise en 1956 et à nouveau publiée en 1961 : textes qui avaient nourri sa Légende dorée : c'était le sommet de sa carrière d'helléniste.

Les traductions de Virgile (L'Enéide, 1958, Les Bucoliques et Les Géorgiques, 1958).
Mario Meunier quitta Saint-Jean-Soleymieux en 1952 : les médecins lui recommandaient pour son cœur de vivre dans un pays dont l'altitude serait moins élevée que celle de son village. Il s'installa en pays roannais, au Crozet , près de La Pacaudière, où il passa ses dernières années, dans une belle maison ancienne à pans de bois qui avait appartenu à un officier du duc de Bourbon ("la maison du Connétable") ; c'est là qu'il aménagea son bureau et vécut pendant huit ans. Il s'éteignit le 5 août 1960.

Les honneurs vinrent reconnaître son travail. Mario Meunier avait déjà reçu, en 1924, le prix de l'Académie Française et, en 1932, le grand prix de la Société des gens de lettres. L'Académie française lui donna en 1947 son Grand Prix de Littérature, décerné pour l'ensemble de son œuvre, ce qui n'était pas rien, sans doute, pour l'autodidacte de Saint-Jean-Soleymieux. Il fut fait commandeur de la Légion d'honneur. A ses obsèques, célébrées au Crozet, l'amitié du peuple grec fut illustrée par la présence de l'attaché d'ambassade qui déposa sur le cercueil les insignes de Grand Officier de l'Ordre du Phénix.

Pour conclure

Cet article a voulu retracer l'itinéraire d'un homme et montrer ce qui, dans son œuvre, sert l'intelligence que nous avons d'une civilisation qui fait partie de notre héritage. Il a mis en lumière les étapes d'une vie, traversée, comme celle de ses contemporains, par deux guerres mondiales, dont il n'est pas toujours sorti indemne. Il reste beaucoup de champs à explorer : l'interruption de son séjour chez les bénédictins, sa vie personnelle et familiale, son attitude en 1944.


Nous avons voulu aussi montrer la complexité d'un l'homme et le caractère parfois inattendu de son parcours. Au-delà de l'helléniste couvert d'honneurs, il y a en effet, dans le déroulement de la vie de Mario Meunier, une complexité plus grande et une vie moins rectiligne qu'on pouvait le croire à première vue : l'élève des Maristes, le novice bénédictin, le rédacteur de revue en province, le secrétaire de Rodin qui côtoie des personnages vaguement sulfureux de la bohême parisienne - Francis Carco, Valentine de Saint-Point et Isadora Duncan -, le prisonnier stoïque du camp de représailles, l'humaniste érudit et travailleur, le journaliste égaré par la dérive de l'idéologie et par le malheur des temps - la culture ne rend pas forcément lucide en politique - , l'amoureux inconditionnel du Forez et de son patrimoine. Au-delà de l'image d'Epinal du petit berger forézien - qu'il n'a été que pendant quelques vacances de son enfance - devenu un grand helléniste, tous ces personnages composent le portrait d'un homme infiniment plus complexe qu'on ne le croyait.
Claude Latta

Bibliographie




 

Les ouvrages et articles de Mario Meunier sont indiquées dans l'ordre chronologique de la 1ère édition. Les rééditions sont mentionnées à la suite de la 1ère édition. Les ouvrages auxquels Mario Meunier a participé sont indiqués sous les noms d'auteurs, y compris celui de Mario Meunier. Les titres d'ouvrages sont en italiques, les titres d'articles sont placés entre guillemets.
1907
- Sophocle, Antigone, traduction de Mario Meunier, Marseille, Le Feu, 1907.
1911
- Sappho, Poésies, traduction de Mario Meunier Paris, Figuière, 1911.
1913
- " Eschyle et la Crau ", Le Feu, 99, juillet 1913.
1914
- Platon, Le Banquet, traduction de Mario Meunier Paris, Figuière, 1914, édition revue, Albin Michel, 1947, 1948..
1919
Un camp de représailles FR- K - III, Nancy-Paris-Strasbourg, Berger Levrault, 1919, 64 p.,
1920
- La Batrachomyomachie, poème attribué à Homère, traduction de Mario Meunier, ill. Lucien Boucher, Paris, Marcel Seheur, 1920.
1921
- Fabliaux du Moyen-Age (Guillaume au faucon et sa suite, Les trois aveugles de Compiègne, Bérengier au long cul), bois gravé de Lucien Boucher, Paris, Marcel Seheur, 1921.
- Chants X XI et XII des Dionysiaques de Nonnos de Panapolis, [avec une traduction de l'Hymne au soleil], traduction de Mario Meunier Paris, Eugène Figuière, Paris, 1921, rééd. Guy Tredaniel, 1982.
- Pour s'asseoir au foyer de la maison des Dieux, Paris, Albin Michel, 19211922
- Platon, Phédon ou de l'immortalité de l'âme, traduction de Mario Meunier, Paris, Payot, 1922, 1923, 1926, édition revue, Paris, Albin Michel, 1952
- Platon, Phèdre ou De la beauté des âmes, traduction de Mario Meunier Paris, Payot, 1922, rééd. Paris Albin Michel, 1960.
1923
- Euripide, Les Bacchantes, traduction de Mario Meunier, Paris, Payot, 19231924
- Plutarque, Isis et Osiris, traduction de Mario Meunier, Paris, L'Artisan du Livre, 1924, rééd. avec avant-propos, prolégomènes et notes de Mario Meunier. Paris, Trédaniel, 1979.
1925
- La Légende des dieux et des héros, Librairie de France, 1925, 2 vol. rééd. Albin Michel, 1943, rééd. 1946, 1956, 1965, 1980, 1994, Paris, Club des Libraires, 1959. Rééd. dans Jean-Louis Vaudoyer et Mario Meunier, La Mythologie, tome II, La légende dorée des dieux et des héros. Club du livre, collection Visage de la culture 1960
- " Rodin dans son art et dans sa vie ", Les Marges, n° 48, 1925.
1926
- La légende de Socrate, Piazza, 1926, rééd. Albin Michel, 1965
- " Saint Bruno " dans [collectif], La vie et les œuvres de quelques grands saints, avant-propos de Gabriel Mourey, tome I, Paris, Librairie de France, 2 vol., 1926.
1928
- Aristophane, Les oiseaux, traduction et adaptation scénique de Mario Meunier, Illustrations de Lucien Boucher, Paris, L'Artisan du Livre, Marcel Seheur, 1928.
1929
Récits sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament, Paris, Librairie de France, 1929, rééd. Albin Michel, 1941, 1953, rééd. de la première partie dans Récits de la Bible, Clovis, 1998


1930
- Pythagore, Les Vers d'Or, traduction de Mario Meunier, Paris, L'Artisan du Livre, 1930, rééd. Paris, Guy Trédaniel, éditions de la Maisnie 1987
- Mario Meunier, Anatole Le Braz, Charles Le Goffic, Ernest Renan, La Bretagne. Pèlerinages dans les sites et sur les chemins où ont vécu, travaillé et aimé les artisans de sa grandeur, s.l., Librairie Rombaldi, s. d. [vers 1930] .
- Ettore Romagnoli, Albert Besnard, Henry Bordeaux, Camille Jullian, Louis Madelin, Pierre de Nomhac, Général Gouraud, Marcel Héraud, comte Manzoni, marquis d'Andigné, André Bellesort, Gabriel Boissy, Jérôme Carcopino, Maurice Croiset, professeur Ernoult, Gabriel Faure, Fernand Gregh, Paul Hazard, Mario Meunier, Alfred Rebelliau, Ernest Reynaud, Jean Rivain, Le message de Virgile, Librairie de Paris Firmin-Didot et Cie, 1930.
- Préface de : Gina Sandri, Chant neptunien. Paris, Les Oeuvres représentatives, 1930.
1931
- Salluste le philosophe, Des Dieux et du monde, traduction, prolégomènes et notes de Mario Meunier, Paris, L'Anneau d'Or, éditions Vega, 1931.
- Louis Piérard, Mario Meunier, A. Michalacopoulos, Patrick Ramsay, Pantéléimon, Gabriel Boissy, Charles Bernard, Lascelles Abercrombie, R.A. Furness, Angelos Sikelianos, M. Malakassis, S. Stéphanidis, Paul Vanderborgt, Katsimbalis, M. Tombros, A. Théodoropoulos, Hommage à Rupert Brooke et à la poésie immortelle, Athènes, Imprimerie Hestia, 1931.
- Virgile, Le Moretum, et Frédéric Mistral, L'Ode à la race latine, texte de Virgile en latin avec la traduction en français de Mario Meunier, et en provençal, de Mistral. lithographies d'Alfred Lombard, Lourmarin, Cahiers de la Collette, 1931.
1932
- Sappho, Poésies suivies des Odes d'Anacréon et des Anacréontiques, traduction de Mario Meunier, Paris, Grasset, 1932, rééd. traduction nouvelle de Mario Meunier, avec des illustrations de Sylvain Sauvage, Paris , Chamontin, 1941.
1933
- Guy Chastel, Albert Déchelette, Charles Forot, Charles Maurras, Louis Mercier, Mario Meunier, Louis Pize, Pierre Séchaud, A la mémoire de Victor de Laprade (1812-1883, Saint-Etienne, Editions des Amitiés, 1933.
1934
- Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, traduction de Mario Meunier, Paris, Garnier, 1934, rééd. 1945, rééd. Pensées par moi-même suivies du Manuel d'Épictète, traduction, préface et notes par Mario Meunier, Paris, Flammarion, GF, 1964, 1969.
1935
- Théano, Périctione, Phyntis, Melissa et Mya, Fragments de lettres de femmes pythagoriciennes, traduction de Mario Meunier, Paris, L'Artisan du Livre, 1935.
- Aristote, Cléanthe, Proclus, Hymnes Philosophiques, traduction, avant-propos, prolégomènes et notes par Mario Meunier, Paris, L'Artisan du Livre, 1935.
" Les Epistres morales d'Honoré d'Urfé ", Les Amitiés foréziennes et vellaves, n° 14, 1935/3.
1936
- Appolonius de Tyane ou le séjour d'un Dieu parmi les hommes, Paris, Bernard Grasset, 1936, rééd.suivie des Vers d'Or de Pythagore, Paris, Robert Laffont, 1976, rééd. Editions d'Aujourd'hui, 1978.
- " Appolonius de Tyane en Ethiopie ", Mercure de France, n° 9145, 1er août 1936.
1937
- " L'humanisme et les nécessités d'aujourd'hui ", Mercure de France, n° 926, 15 janvier
- " Les tapisseries de l'hospice de Saint-Bonnet-le-Château ", Bulletin de la Diana, 26-2, 1937
1941
- L'Utopie Communiste en Grèce et à Rome, introduction de M. René Gillouin, Clermont-Ferrand, Les Cahiers de la Jeune France, Organe de la Rénovation Nationale, n° 7, 1941,
1942
_ Lucien, Dialogues des Dieux, avant-propos et traduction de Mario Meunier, 27 dessins par Antoine de Roux Marseille, Robert Laffont, 1942
" La croix du Crozet ", Bulletin de La Diana (27-5), 1942.
1943
- Homère, L'Odyssée. traduction nouvelle de Mario Meunier, ill. de Berthold Mahn, Paris, Union Latine d'Éditions, 1943, 2 volumes.
- Homère, L'Iliade. traduction nouvelle de Mario Meunier, ill. de Berthold Mahn, Paris,
Union Latine d'Éditions, 1943, 2 volumes.
1944
- Achille aux pieds légers, Marseille, Le Sagittaire, 194
1945
- Sophocle, Œdipe à Colone, traduction de Mario Meunier, Paris, Jacques Haumont, 1945.
1947
- Hymnes de Synésius de Cyrène, traduction prolégomènes et notes de Mario Meunier, Paris, Bateau ivre, 1947, rééd. Paris, Albin Michel, 1947, Plan de la Tour, Editions d'aujourd'hui, 1980.
- Lucien de Samosade, La déesse syrienne, traduction, prolégomènes et notes de Mario Meunier avec, Paris, Janick, 1947, rééd. Trédaniel, 1980, 1996.
- " Le cheval de Troie ", Formes et Couleurs, n° spécial Le Cheval. 1947.
1949
- Sophocle, Trois tragédies (Œdipe roi, Œdipe à Colone, Antigone), traduction de Mario Meunier, Paris, Albin Michel, 1949, rééd.1950
1951
- Jacques de Lacretelle, Jean-Louis Vaudoyer, R. Agathoclès, Maurice Bedel, Jean Desternes, André Fraigneau, Mario Meunier, Paul Morand, Roger Peyrefitte, Henri Philippon, Janine Ribes, André de Richaud et André Thérive, préface de Jean Cocteau, La Grèce, Paris, éditions Odé, 1953, rééd.1956.
1955
- Dans les pas des héros et des dieux, photos de Pierre-Jean Launay, Paris, Hachette, 1955
1956
- Homère, Iliade, traduction de Mario Meunier, Paris, Albin Michel, 1956
1958
- Virgile, L'Enéide, I et II, traduction de Mario Meunier. Illustrations d'Edy Legrand, Paris, Union Latine d'Editions et Club Bibliophile de France. 1958, Paris 2 volumes
- Virgile Les Bucoliques. Les Géorgiques. Traduction de Mario Meunier. Illustrations de Berthold Mahn. Paris, Union Latine d'Editions et Club Bibliophile de France. 1958
- Lucrèce, De Natura Rerum, De la Nature, traduction de .Mario Meunier. Bois originaux de Jean Chièze, Union Latine d'Editions et Club Bibliophile de France. 1958.
- Préface de : Geneviève Tabouis, Sybaris. Les Grecs en Italie. Paris, Payot, 1958
1961
- Homère, Odyssée, traduction de Mario Meunier, Paris, Albin Michel, 1961, rééd. 2000, Lausanne, La guilde du livre, 1961, Sevillana, 1973.
- Homère, Iliade, Odyssée, Paris, Albin Michel, 2 vol, 1961
- Virgile, Les Bucoliques, les Géorgiques, l'Enéide, Paris, Club du Bibliophile, 1961
- Lucrèce, De Natura Rerum , Paris, Club du Bibliophile, 1961

                                                               Sur Mario Meunier :

- "Généalogie de Mario Meunier ", Forez Généalogie, bulletin de l'Association généalogique de la Loire, n° 6.

- Fournier (Marguerite), "Mario Meunier, le petit montagnard devenu le plus grand helléniste contemporain", Village de Forez, n° 17, janvier 1984.

- Combe (Jean), La vie et l'œuvre de Mario Meunier, Saint-Etienne, Editions Dumas, 1967.

Mario Meunier et la période 1939-1944 :

- Lorcin (Jean), "Un exemple de régionalisme culturel : Les Amitiés foréziennes et vellaves entre les deux guerres ", Montbrison, Festival d'Histoire de Montbrison, 1989.

- Luirard (Monique), Le Forez et la Révolution Nationale, Saint-Etienne, CEF, 1972.

- Devun (Blandine), La vie culturelle à Saint-Etienne pendant la Seconde guerre mondiale, Saint-Etienne, Publications de l'Université, 2005.

(Claude Latta, "Mario Meunier : un itinéraire intellectuel et politique"
dans Ô Forez ! Bulletin des Amis du pays
de Saint-Bonnet-le-Château, n° 19, 2010)

 

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Claude Latta, Mario Meunier
et pour les compléments :
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L'helleniste Mario Meunier

MARIO MEUNIER, LE PETIT MONTAGNARD

DEVENU LE PLUS GRAND HELLENISTE CONTEMPORAIN

par Marguerite Fournier-Néel

Le 2 août 1964, à Saint-Jean-Soleymieux, petit chef-lieu de canton des monts du Forez, une cérémonie se déroulait devant une maison toute simple du bourg, à l'occasion de la pose d'une plaque commémorant la naissance du plus illustre enfant du pays : Mario Meunier.

C'est là, en effet, qu'il naquit, le 12 décembre 1880. Il était l'aîné de huit enfants. Son père exerçait le métier de boulanger.

Très attaché à son pays natal, Mario Meunier en parlait avec émotion :
Mes premières années, écrivait-il à un ami, se passèrent dans ces sites montagneux qui me remplissaient d'admiration, à tel point qu'il m'arrivait de pleurer quand le soleil du soir revêtait de splendeur et de sérénité leur sauvage rudesse, leur âpre solitude.

Le petit Mario Meunier fréquente jusqu'à 12 ans l'école de Saint-Jean-Soleymieux, alors tenue par les frères maristes. Il obtient son certificat d'études qui demeure son seul titre universitaire. Il est enfant de chœur dans la belle église du XVe siècle en gothique forézien et c'est son curé, M. l'abbé Grimaud, qui lui apprend le latin.

Ses maîtres ayant remarqué son intelligence l'envoient à la maison-mère des Maristes, à la Valla, près de Saint-Chamond, puis, de là à la Trappe d'Aiguebelle, enfin auprès des Bénédictins de Marseille où il aborde l'étude du grec. Son professeur connaît à fond la langue d'Homère. Il lui en dévoile tous les secrets et lui communique son enthousiasme.

Grâce à lui, dit Mario Meunier, je n'ai pas connu l'ennui de feuilleter désespérément un dictionnaire. Nous lisions ensemble les auteurs grecs et, quand un mot m'arrêtait, cet admirable maître s'essayait d'abord à m'en faire deviner le sens, puis me le découvrait lui-même si ma jeune science restait à court. A chaque beau passage, à chaque image émouvante, il m'arrêtait, commentait, citait les auteurs français, jusqu'aux plus modernes, qui s'en étaient inspirés. Ainsi, je fus pénétré de l'importance de la littérature grecque ; je sentis quelle avait été son influence sur notre culture, sur la formation de notre âme, et je compris que le maintien de cette culture était la condition du développement harmonieux de tout notre être.

Mario Meunier porta lui-même la robe de Bénédictin mais ne prononça pas de vœux. Pendant qu'il résidait à Marseille, il fonda avec Émile Sicard, Valère Bernard, Edmond Jaloux, Francis de Miomandre la revue Le Feu. C'est également pendant son séjour à Marseille qu'il publia sa première traduction de grec, Antigone, parue en 1907.

De 1912 à 1914, Mario Meunier fut à Paris le secrétaire du grand sculpteur Rodin qu'il aida dans la rédaction de son livre sur les cathédrales. De cette époque date son amitié avec Francis Carco qui, l'ayant accueilli à son arrivée à Paris, lui fit les honneurs nocturnes de la capitale.

Rodin, écrit Mario Meunier, m'a produit une impression formidable et il a eu sur moi une bienfaisante influence. C'était une puissance spontanée, une force instinctive qui devinait tout et qui possédait un goût et un don d'admiration inépuisable. Aucun écrivain ni personne n'a produit sur moi pareille impression. Personne ne m'a donné à ce point la sensation du génie.

La guerre vint mettre fin à cette collaboration. Sergent au 16e d'infanterie à Montbrison, Mario Meunier partit dès les premiers jours avec son régiment. Il fut fait prisonnier en septembre 1914 à Dreslincourt. Envoyé en 1916 dans un camp de représailles sur le front russe, il y scella deux solides amitiés : celle de l'imprimeur Marcel Seheur et celle du bon imagier Lucien Boucher. Aussi bien, lorsque, sorti de l'enfer, il reprendra son activité littéraire, ses premières œuvres seront illustrées par Lucien Boucher et éditées par Marcel Seheur. De son séjour en Allemagne, que vint interrompre, heureusement, son transfert en Suisse, il a rapporté les éléments d'une émouvante plaquette : Un camp de représailles FR K III publié en 1919.

Dès lors, ses œuvres vont se succéder : Les lettres anciennes, écrit Roger Giron, constituent son domaine, le beau jardin où il promène avec ferveur ses pensées et ses rêves. Traducteur de Platon, de Sophocle, de Sappho, de Nonnos, d'Euripide, de Pythagore, d'Hiéroclès, de Proclus, il rend aux textes anciens une jeunesse éternelle. En 1921, il offre au grand public une esthétique lyrique de la vie intitulée : Pour s'asseoir au foyer de la maison des dieux. En 1924, l'Académie couronne sa traduction d'Isis et d'Osiris de Plutarque ; en 1925, celle des Vers d'Or de Pythagore.

M. Mario Meunier entreprend alors sa grande Légende dorée des Dieux et des Héros, en deux tomes, puis Les Légendes épiques de la Grèce et de Rome, les Récits sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament, sorte d'anthologie des Livres Saints, enfin La Légende de Socrate. Il collabore en même temps aux Nouvelles Littéraires, au Mercure de France, au Figaro et autres grandes revues françaises. Ses voyages en Grèce sont nombreux et, là aussi, il lie de solides amitiés. Il est vraiment épris de ce peuple et de sa culture. Il écrit :

Les lettres grecques sont les gardiennes de la civilisation. Elles sont indispensables à la haute éducation intellectuelle. Comment s'appuyer pour former une âme d'homme sur des systèmes d'éducation qui sont sans racines dans le passé et qui ne sont fondés que sur le caprice passager d'une hypothèse plus ou moins scientifique qui, comme toutes les hypothèses, ne saurait vivre longtemps...


... Plus que tous les autres peuples, les Grecs ont su mettre du mouvement et de l'ordre dans leur pensée et, par cela même, la rendre vivante. Aussi, si l'on veut arriver à pénétrer cette pensée, c'est par la voie des lettres qu'il faut s'y engager. D'ailleurs, le latin et le grec ont, de par leur propre étude, une valeur éducative incomparable. Les habitudes de réflexion, de méthode et d'analyse auxquelles l'esprit doit se plier s'il veut saisir tout le mécanisme de ces langues, en font une d
es disciplines les plus robustes et les plus stimulantes de l'esprit.

Mario Meunier qui effectua de nombreux séjours dans son pays natal n'y termina cependant pas sa vie. C'est en pays roannais, au Crozet, qu'il passa ses dernières années, dans une belle maison ancienne dite du Connétable où il s'éteignit le 5 août 1960 entouré de l'affection de son épouse, de ses deux filles et de son fils.

A ses obsèques, auxquelles assistaient de nombreuses personnalités du monde des lettres, l'amitié du peuple hellène fut manifestée par M. Commadopoulos, attaché d'ambassade, qui déposa sur le cercueil les insignes de grand officier de l'Ordre du Phénix. M. Mario Meunier commandeur de la Légion d'honneur, était déjà officier de l'Ordre du Sauveur de Grèce. Il avait reçu, en 1931, le grand prix de la Société des gens de lettres de France.

La ville de Montbrison possède un bronze de cet illustre écrivain, œuvre du sculpteur grec Costes Dimitriadis, qui figurait précédemment au musée du Luxembourg.

Par délibération du conseil municipal du 23 décembre 1963, la Ville décidait de donner le nom de Mario Meunier à son collège municipal le plaçant ainsi sous le vocable d'un des plus grands hellénistes du monde, né au pays de Forez.

Marguerite Fournier

(Village de Forez, n° 17, janvier 1984)



(cliché J. Barou)
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Le Forez s'apprête à honorer la mémoire

du brillant helléniste Mario Meunier


Faisant suite à notre article du 30 janvier, nous sommes heureux d'apprendre que la municipalité de Saint-Jean-Soleymieux, ayant à sa tête M. Brignon, conseiller général, a décidé d'apposer une plaque commémorative sur la maison où Mario Meunier naquit, le 12 décembre 1880. Cette cérémonie se déroulera probablement au printemps.

De son côté, la ville de Montbrison, qui a donné le nom du grand écrivain à son lycée municipal, va sous peu y installer le buste que l'on peut voir actuellement dans le cabinet de Me Croizier, maire.


Bronze du sculpteur grec
Costas Dimitriadis offert
à la ville de Montbrison en 1964
(photo de presse, 1964)
Voilà à ce sujet quelques précisions qui nous ont été données sur la provenance de cette œuvre d'art par Mme Mario Meunier :

"Ce n'est pas moi, écrit-elle, qui ai offert le bronze de Costas Dimitriadis, directeur des Beaux-Arts d'Athènes, souvent à Paris. Exposé à Paris; il avait été acheté par l'Etat pour le musée du Luxembourg. Le Sénat , débordant, voulut récupérer les galeries et le Musée s'installa aux Tuileries : celui-là, débordant à son tour, on bâtit le musée d'art Moderne, quai de Tokio
Mais l'art moderne actuel ne laisse aucune place au "figuratif". C'est alors qu'il me vint à l'idée de demander au Conservateur, M. Jean Cassou, un vieil ami de mon mari, d'en faire don à son pays natal : le Forez ? Mais, achat de l'Etat, il doit figurer dans un bâtiment de l'Etat.

"
Mme Mario Meunier nous exprime aussi sa joie de voir le nom de son mari donné au lycée : "Quel modèle donner à des enfants que ce petit montagnard partant un matin à pied, en l'hiver 92-93 , de Saint-Jean-Soleymieux à la Valla, travaillant avec ardeur et accumulant des œuvres instructives et attrayantes par la sérénité et la joie intérieure qui en émanent !…" Tel est certainement l'avis du principal du lycée, M. Tauzia, qui ne manquera pas d'évoquer devant ses jeunes élèves la magnifique et féconde carrière de Mario Meunier.
En terminant nous nous devons de rectifier une erreur qui s'est produite dans notre précédent article : Mario Meunier était commandeur de la Légion d'Honneur et non simplement chevalier comme nous l'avions indiqué, nous référant à un texte datant de 1939. Une autre petite inexactitude : M. Joxe, ministre de l'Education nationale n'était pas venu en personne à ses obsèques, le 5 août 1960, à Crozet, mais il avait envoyé une couronne et s'était fait représenter par M. Rickard, sous-préfet de Roanne. Ceci n'enlève rien à la gloire de notre illustre compatriote et nous ne souhaitons qu'un chose : voir cette gloire rayonner sur son Forez natal.

Marguerite- V. Fournier
[presse locale,14 février 1964]
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Documents

24 mai 1941, Charles Maurras, Pierre Varillon et Mario Meunier

sont au cinéma Lux à Montbrison



(Journal de Montbrison du 17 mai 1941)

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24 février 1942, Mario Meunier présente Antigone à Montbrison,

affiches du spectacle



(archives De la Diana)


(archives de la Diana)

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Conception : David Barou
documentation et suivi : Joseph Barou
questions, remarques ou suggestions s'adresser :

 

 


Mis à jour le 29 juin 2015