Dessin de Vincent Durand (archives Diana)

Bandits en Forez

 

1851 : guet-apens sur la route de Feurs
Un voiturier met en fuite deux brigands
qui voulaient le dépouiller

Le"Journal de Montbrison" du 27 février 1851 nous relate un fait divers qui s'est déroulé il y a un siècle et demi sur les routes de la Plaine : rien moins qu'un acte de brigandage. Il souligne le rôle important qu'avait Feurs comme marché et nœud de communications au centre de la plaine du Forez.

Entre chien et loup

Le 22 février 1851, sur les 7 heures ½ du soir, Benoît Dumas, voiturier au service de M. Dufour, marchand de vin à Saint-Germain-Laval, marche sur le bord de la grand-route de Roanne à Saint-Etienne (la nationale n° 82). Il dirige seul plusieurs voitures chargées de tonneaux de vin en cheminant en tête des chevaux de la première charrette. Le village d'Epercieux est dépassé, et Feurs n'est plus qu'à une demi-lieue. Heureusement ! Car c'est l'heure crépusculaire. Entre chien et loup, une mauvaise rencontre est toujours possible.

Deux brigands : le "grand" et le "petit"

Benoît arrive déjà tout près la belle propriété de M. Bouchetal-Laroche. Laissons parler le chroniqueur de l'époque. Son récit vif et pittoresque s'enrichit du langage des mauvais garçons :

"Un individu d'une haute stature sortant subitement de derrière une haie lui demande la bourse ou la vie. Au même instant, un autre individu plus petit que le premier, s'approcha de son camarade et lui dit à haute voix : "c'est un trimbaleur de ouate, il doit avoir de l'atout, il faut le refroidir", (c'est un roulier, il doit avoir de l'argent, il faut le tuer). Aussitôt, le voiturier qui, sans comprendre l'argot, voyait bien qu'on allait lui faire un mauvais parti s'arma de son couteau et attendit".

Un rugissement horrible

"Les deux malfaiteurs se jetèrent sur lui et une lutte vigoureuse s'engagea entre eux ; se voyant à bout de force, Benoît Dumas, pour en finir, plongea le couteau qu'il tenait dans le flanc du plus grand des deux brigands qui tomba en poussant un rugissement horrible ; son complice, effrayé, prit la fuite, et le pauvre voiturier, débarrassé, rejoignit ses voitures, abandonnant son couteau dans le flanc de son agresseur".

A la gendarmerie de Feurs

"Peu de temps après la gendarmerie, informée de ce fait, se rendit sur le lieu indiqué par le déclarant mais ne trouva ni le malfaiteur ni la trace de son sang. Cependant Benoît Dumas avait ses vêtements en lambeaux ce qui ferait supposer que son récit est exact et qu'il a été vraiment l'objet d'une attaque. La justice informe". (1)

Retrouva-t-elle le grand malandrin avec un couteau entre deux côtes ? Hélas, nous ne savons pas comment se finit l'histoire. Mais Benoît l'avait échappé belle et n'avait pas été "refroidi". Il en fut quitte pour faire rapiécer ses vêtements et s'acheter un nouveau couteau !

Ce fait divers nous rappelle que le banditisme a existé de tout temps, et que les pirates de la route ne sont pas d'aujourd'hui.
                                                                                                                                        Joseph Barou


(1) Journal de Montbrison du 27 février 1851, n° 1102 ; archives de la Diana.

Place de l'église à Feurs au milieu du XIXe siècle

 

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1857, attaque dans les bois de Trelins

A rapprocher de l'histoire de la dame blanche racontée par Pierre Dumas, nous avons relevé dans les colonnes du Journal de Montbrison du 7 juin 1857, n° 1680, un curieux fait divers relaté par Michel Bernard :   
                                                       

Le 24 du mois dernier [mai 1857], le nommé Antoine BOUDIER, propriétaire en la commune de Saint-Georges-en-Couzan, allant à Bussières consulter la sorcière dont beaucoup de gens de campagne ont fait leur médecin, se trouvait, au milieu de la nuit, dans un bouquet de bois, sur le territoire de Trelins, à cent pas de la route de Montbrison. En cet endroit il vit sortir du fourré un homme de haute taille, maigre, vêtu d'habits de couleur obscure, qui vint le saisir au collet en lui demandant son argent et en cherchant à l'entraîner dans le bois.

Boudier donna à ce malfaiteur un coup de coude dans la poitrine, le renversa et lui asséna sur la tête un coup de bâton qui a dû lui faire une blessure, car il est taché de sang, puis il se sauva en criant à l'assassin.

Arrivé sur la route il rencontra deux voituriers de Montbrison, leur fit le récit de ce qui venait d'avoir lieu, et les pria de le suivre dans le bois pour y retrouver le voleur. Les voituriers refusèrent et l'engagèrent même à ne pas retourner dans le bois, en alléguant qu'on pouvait craindre d'avoir affaire à une bande dont ce malfaiteur aurait fait partie.

Ces faits résultent d'une déclaration tardivement faite à la justice par Boudier. Il paraît qu'il y a lieu d'ajouter foi à sa déclaration ; mais on doit regretter que cet homme qui avait fait d'abord preuve d'intelligence et d'énergie, après s'être vainement adressé aux voituriers, n'ait pas prévenu immédiatement l'autorité locale dont les recherches auraient peut-être amené l'arrestation du malfaiteur du bois de Trelins.

Pour le Bulletin local, Bernard.

 

Eglise de Trelins

 

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Au début du XXe siècle :

Histoire de loup-garou et de dame blanche


Il était trois ou quatre...

Autrefois, il y avait beaucoup de "dames blanches", beaucoup de sorcières, et beaucoup d'hommes qui faisaient peur. Et parfois, ils n'étaient pas du tout habillés de blanc, ils vous faisaient peur tout de même.

Toujours est-il qu'il y en avait bien un, habillé de blanc. Et mon grand-père revenait tous les samedis de Saint-Etienne avec ses chevaux qui transportaient des piquets.

Et un jour il était attendu, et il vit bien qu'il y avait des gens qui étaient ici. Ils étaient trois ou quatre. Ils passaient devant le cheval, le tiraient par la bride, et puis ils bousculaient mon grand-père.

Il se dit : "Eh  bien mon vieux, s'ils me font ces "grimaces" tout le long du chemin !"

Avec un drap sur la tête

Un peu plus loin, mon grand-père avait un copain. Il lui dit : "Tu ne pourrais pas m'accompagner un peu, parce que j'ai trop peur. Ils sont quatre ou cinq, avec un drap sur la tête qui tournent autour de moi". Et l'autre dit : "Eh bien d'accord, puisque c'est comme ça,. je m'en vais y aller !" Et il prit un piquet du chargement, un bon gourdin, et il dit : "A nous deux, nous verrons bien , le premier qui s'approche !..."

Et ils commençaient à s'approcher mais ils n'osaient pas bien. Finalement ils continuèrent leur chemin en faisant comme s'ils ne les voyaient pas, mais le copain de mon grand-père avait toujours son piquet à la main : il s'en servait de canne. Il se tenait du côté du char et un moment il s'en écarta.  Et l'autre arrive et se met à le bousculer comme ils faisaient avant. Tout d'un coup, l'autre tire son piquet, lui assène un coup sur la tête. L'homme est à bas. Il lui dit : "Tiens, le loup-garou est mort !"

Et l'autre lui dit : "Malheureux, tu m'as tué !"

Mais ils ne le relevèrent pas,  ils sont partis et ils n'ont jamais su de qui il s'agissait.

La dame blanche de Feurs

Il y a eu aussi une dame blanche à Feurs, ce n'est pas vieux, il y a tout au plus une dizaine d'années.  Et le bonhomme, je le connais bien. On l'appelait Le Furet. Ce qui est sûr c'est qu'il avait ses préférés. Il allait attendre les femmes, mais du côté du cimetière de Feurs.

Il s'était fabriqué des souliers avec des ressorts, et c'était un homme qui était très agile. Il se promenait le long de la route qui longe le cimetière. Et il sautait comme ça, un coup sur la route, un coup dans le cimetière. Mais il ne faisait jamais de mal à personne.

Et puis il y eut des plaintes aux gendarmes : plus personne ne voulait passer sur la route.  Mais cela dura bien quatre ou cinq ans. Et puis les gendarmes se mirent beaucoup et l'attrapèrent.  Ils ne l'ont pas mis en prison parce qu'il n'avait tué personne !

                                                                                 Pierre Dumas

[Extrait de Patois Vivant, bulletin du groupe patois de l'Association des usagers du Centre Social
de Montbrison, n° 9, novembre 1981)

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Avril 1912 :

Agression sur la grand'route de Mornand à Montbrison


Dans la nuit du 3 au 4 avril, un meunier de Beaurevert, M. Moutot, rentrant en voiture chez lui, aurait été arrêté près de mornand par trois individus dont l'un sauta à la bride de son cheval tandis qu'un autre cherchait à monter dans le véhicule, et qu'un troisième faisait le guet.

Le meunier, sans perdre son sang-froid, assena un coup de manche de fouet sur la tête de l'homme qui arrêtait le cheval.

Il lâcha la bride et l'animal partit à fond de train, laissant là ses agresseurs qui n'ont, du reste, pas été retrouvés.

                                                         [Entrefilet du Montbrisonnais, avril 1912]

Le Journal de Montbrison, concurrent direct du Montbrisonnais, relate l'agression par un communiqué un peu plus long :



Journal de Montbrison du 6 avril 1912

Conception
David Barou
textes et documentation
Joseph Barou


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mise à jour : 1er octobre 2015